Accueil  FAQ  Rechercher  Membres  Groupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
S'inscrire au DARWIN'S GAME, c'est montrer de quoi nous sommes capables et prouver que nous sommes l'avenir. Une seule regle : survivre. A partir de maintenant, c'est chacun pour soi. Nous devons oublier qui sont nos freres, nos femmes, nos amis, parce qu'aujourd'hui ils sont nos ennemis. Tuer ou etre tue est notre seule motivation. Le jeu debute.



Le forum appartient à sa fondatrice Alaska. Le forum est optimisé pour Chrome. Toute copie partielle ou complète est interdite.
LE FORUM EST FERME POUR LE MOMENT. MERCI D'AVOIR ÉTÉ LA.


 La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)
Répondre au sujetPoster un nouveau sujet

Invité
Invité


MessageSujet: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Sam 16 Jan - 1:00

La nuit profonde du noir de tes yeux
mélusine et pelagius




Les yeux de Pelagius peinaient à distinguer les objets de la pièce dans la nuit noire. Il avait cette désagréable sensation de flotter dans l’air, son esprit incapable de le matérialiser dans l’espace pourtant connu de la chambre. Il était sur un bateau voguant vers la lame bleue infini, tanguant vers l’avant, à bâbord toute, il resserrait les draps fins dans ses mains par peur de passer par-dessus bord, à bâbord, vite, à bâbord. Une tempête, droit devant, menaçante, les nuages grondant de colère à la vue du fragile Cousteau qui s’agrippait aux voiles de son lit perdu dans l’immensité du vide. Et puis, après un fracas, le silence. Plus rien d’autre à sa vue que le plafond blanc fraichement peint, et, à ses côtés, le corps de sa femme faiblement éclairé par les rayons de lune qui perçaient à travers les fenêtres. Elle était calme, ses côtes se soulevaient doucement au rythme de sa respiration apaisante. Celle de Pelagius était lourde, s’accélérait encore sous l’effet du cauchemar que le vieux venait de faire. Toujours le même rêve, ce même vieux marin perdu dans un bateau à la forme aléatoire voguant sur une mer déchainée, déchirée, et au loin, cet orage menaçant, cet amas nuageux de colère, de feu et de sang. Et à chaque fois, les deux mêmes bruits sourds, les deux mêmes traînés de poudre dans l’air. A bâbord, à bâbord, il criait, gémissait, se tordait sous les draps, à bâbords toutes moussaillons ! Mais il était déjà trop tard. Les missiles étaient déjà tirés. Ils se dirigeaient, menaçants, vers le radeau de fortune du vieux Cousteau, le pauvre Cousteau. Condamné à revivre presque chaque nuit ce moment tragique où il avait perdu trente-sept marins. Ce moment où il avait ramassé une vingtaine de gamins agonisants, en morceaux, en lambeaux. Ils gémissaient, c’était leurs gémissements qui hantaient le plus le vieux loup de mer, ce genre de gémissent qui vous laisse une marque au plus profond de vous-même, ce petite bruit qui vient du plus profond des entrailles, qu’on a pas la force de lâcher mais qui pourtant trouve son chemin jusqu’à nos cordes vocales. Le gémissement de la mort.

Pelagius se redressa, laissant le drap tomber sur ses jambes endolories par le sommeil. Le visage dans ses mains, il essayait de se calmer, retrouver un rythme cardiaque normal. Pense à l’océan. Pense à la grande étendue bleue qui ne s’agite jamais. Mais c'était une pensée vaine. Il y avait toujours trop de remous dans ses pensées, tout était calme puis, sorti de nulle part, un barracuda venait disperser sauvagement un banc de sardines. C’était la respiration de Mélusine qui le calmait. Toujours la même respiration, calme, timide, fragile. Comme si on pouvait la casser à n’importe quel instant. Si fragile et pourtant si forte. « Mélusine. » Il se tourna vers sa table de nuit, mais il n’y avait rien dessus, tout était encore dans ses cartons depuis le déménagement récent. Ses yeux peinaient à s’habituer à la faible luminosité de la lune, et il y avait trop peu de voitures qui passaient dans la rue pour qu’il ait une bonne vue de son nouveau territoire. Un appartement. Lui qui ne pouvait jamais se satisfaire de l’étendue infinie de la mer venait s’enfermer dans un appartement. Mais si c’était le prix à payer pour suivre Mélusine, il pourrait installer son bateau dans une flaque d’eau et ne jamais plus la quitter. « Mélusine, je me souviens plus où est la salle de bain. » Il essaya de tâter le sol, à la recherche de sa canne, mais elle n’était pas là, sûrement restée dans le salon, où à l’entrée de la chambre, n’importe où mais pas près de lui. Il en était encore là, vieil infirme, coincé dans son lit, livré à lui-même, incapable de se débrouiller seul. Seul. Il avait passé des mois seul dans une cabine, époque à l'époque il se sentait moins seul qu’aujourd’hui, et pourtant, elle était là, à côté, et pas à des kilomètres de lui. La distance n’avait jamais été aussi grande entre eux. Et ce soir, Pelagius la brisa d’un mouvement, en se penchant vers elle, glissant sa main le long du bras chaud de sa femme. « Mon amour, tu dors ? » Question désespérée que l’on pose au milieu de la nuit. A traduire : s’il te plait, ne me laisse pas seul.

darwinsgame.com (c) 2015


Dernière édition par Pelagius Cousteau le Mer 20 Jan - 12:13, édité 2 fois

Invité
Invité


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Mer 20 Jan - 10:57
« Dormais. »

Les yeux de l'amour désespérément appelé par le marin au milieu des vagues du lit s'entr'ouvrent. Son cerveau, comme toujours exerce une rapide connexion avec ses pensées, puis avec le reste de son corps ; son bras frissonnant de la caresse de son mari se réchauffe. Elle dégage ses paupières de ses yeux encore rougis du sommeil dont monsieur Cousteau l'a extirpée il y a quelques secondes et les frotte légèrement, excite les cellules de ses pupilles, défonce ses vaisseaux rosés par ses phalanges tièdes. Il lui semble prendre un temps éternel comparé à d'habitude pour se réveiller. C'est normal, lui indique son esprit embrumé qui fracasse ses yeux sur la vitre embuée de la fenêtre, il fait encore nuit. Ses doigts tâtonnent jusqu'à trouver son téléphone portable afin de regarder l'heure ; elle est connectée, Mélusine, et ses réflexes sont bien présents maintenant qu'elle vit avec son temps. Il est quatre heures du matin ; elle a cours dans quelques heures. Malgré tout, elle ne ronchonne pas. Elle retrace dans son esprit les quelques paroles proférées par son mari/

« Je suis là. »

Son bras se soulève avec douceur dans l'air, caresse les rayons de lune qui traversent la chambre qui n'est pas encore voilée par les rideaux. Ces derniers l'aideront à avoir un sommeil plus lourd et alors, il sera plus difficile à la réveiller, il faudra utiliser autre chose qu'une simple caresse, peut-être une technique plus appuyée, entre des cuisses fossilisées ?
La salle de bains, oui, bien sûr, la salle de bains.

« La porte au fond du couloir, en face des toilettes. » répond-elle avec une voix d'un charme ensommeillé, restant calme malgré le fait qu'il l'ait tirée de ses rêves.

Ses rêves, elle ne s'en souvient pas. Sans doute dormait-elle si profondément que les images sont encore enfoncées dans son inconscient de sorte qu'elle ne puisse pas les saisir de nouveau une fois retournée à la réalité. C'est quelque peu frustrant, mais elle s'en détache. Elle s'adapte, Mélusine, elle s'est toujours adaptée. Elle se redresse à son tour, sur son coude, remarque à la lueur du clair de lune qu'elle s'est endormie dans une telle position que les draps ont laissé les marques rouges de leurs plis sur sa peau blanche, et que l'un de ses bras sur lequel elle dort s'est engourdi. Elle le secoue ; elle n'est plus toute jeune et toute vive, Mélusine, et c'est encore pire depuis quelques semaines.
Depuis que tout ça a commencé.

Mélusine percute que si son mari l'appelle, c'est qu'il ne peut se débrouiller. Elle les revoit la veille au soir discuter rapidement dans le salon, échanger quelques mots par dessus des assiettes en carton, sur des cartons, fatigués du déménagement. Elle revoit la canne, dont il se sert.

« Je t'avais dit de la prendre avec toi. » chuchote-t-elle.

Ce n'est pas un reproche ; elle n'est pas en colère. Elle se lève, naturellement, dans sa fragilité obligée, puis contourne le lit, ses longs doigts suivant la courbe du cadre du pied, puis gagne entre les cartons, avec une discrétion effrayante de fantôme, l'entrée de la chambre. Elle actionne alors l'interrupteur et l'ampoule encore nue pendant au bout de ses câbles illumine la pièce d'une clarté qui lui fait plisser les yeux.

« Viens, je t'emmène. » dit-elle, se joignant à lui.

Dévouée Mélusine.

Invité
Invité


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Mer 20 Jan - 12:20

La nuit profonde du noir de tes yeux
mélusine et pelagius




La voix étouffée de Mélusine finit par émerger des profondeurs des draps. « Dormais. » Bien sûr, à cette heure, il n’y avait que le vieux Cousteau pour se réveiller. Mélusine se frottait les yeux, comme une enfant, avec l’apathie typique de celui qui ne réussit pas à quitter les bras de Morphée. Mais elle ne se rendormit pas, elle ne se rendormait jamais quand on avait besoin d’elle, elle était toujours là Mélusine, même quand ça la faisait souffrir, même quand elle ne voudrait pas être là, elle restait. Parce qu’elle était comme ça, le cœur qui déborde sur son esprit de biologiste, les sentiments qui viennent bousculer la raison pourtant si développée chez la scientifique. Son bras se détacha du toucher du vieux marin pour aller chercher l’heure, décidément pas l’heure d’être réveillée. « Je suis là. » Pelagius la regardait avec une tendresse non dissimulée dans le regard, la vision de sa femme perdue au milieu de la nuit lui réchauffait le cœur, cœur encore affolé par le cauchemar qu’il venait de faire. « La porte au fond du couloir, en face des toilettes.Ah oui, c’est vrai. » Il revoyait leur nouvelle salle de bains, minuscule, en vérité pas plus petite que leur ancienne salle de bains, mais minuscule à ses yeux, coincée au fond d’un couloir tout aussi minuscule, située bien trop loin de la chambre. Mélusine finit elle aussi par se redresser, faisant face à Pelagius, les marques de l’oreiller barrant son visage, ses cheveux un peu fous caressant encore les draps du lit, descendaient en cascade le long de son dos. « Je t'avais dit de la prendre avec toi.Mouais je sais. » Le vieux marin lâcha un râlement agacé à la remarque de sa femme, qui n'était pourtant pas une reproche – jamais de sa part – ni même une remontrance, juste une observation, elle était tout le temps à veiller sur lui, à lui rappeler de prendre cette fichue canne qu’il s’obstinait à oublier partout. Parce qu’il se refusait à la voir comme une prolongation de son corps. Il s’évertuait à penser qu’il n’avait pas besoin d’elle. Et maintenant, il était là, coincé de son côté du lit, impossible d’aller jusqu’au lavabo le plus proche pour se passer de l’eau sur le visage. Parce qu’il avait besoin de cette foutue canne pour marcher. Il en avait plus besoin que n’importe quoi d’autre. C’était avec elle qu’il allait finir, sa canne, c’était elle qu’on verrait sur les photos plus tard – si quelqu’un avait l’idée farfelue de regarder des photos de lui – c’était elle qui restera quand il se retrouvera seul dans une maison de retraite pour aliéné. Et ce n’était décidément pas avec cette canne qu’il voulait passer le reste de sa vie. Pas dans ce mariage forcé. Il voyait plus sa canne que sa femme. Et il n’aimait pas ça.

La lumière de la pièce vint agresser ses pupilles habituées à l’obscurité si bien qu’il dû se cacher les yeux derrière ses petites mains ridées le temps de s’habituer à la lumière. « Viens, je t'emmène. Merci mon amour. » C’était une vie d’habitude : les surnoms, les attentions, toujours les mêmes, les mon amour, les laisse-moi t’aider. Ça tuait un peu l’intention, qui était pourtant toujours là au fond de Pelagius, les sentiments résistants farouchement à la force de l’habitude, sans succès. Sans doute parce que le corps ne suivait plus. Il n’était même plus capable de monter un étage sans s’arrêter, comment pouvait-il continuer à être un mari dévoué et efficace ? Des années de va et viens et maintenant une présence lourde, figée, inanimée. Pelagius se décida à se lever, sortant ses petites jambes de sous la couette. Et la lumière frappait en plein sur sa cicatrice, sur cette peau luisante qui lui prenait tout le genou. On devinait encore les quelques traces des anciennes opérations, quelques sillons creusés autour de sa rotule en morceau maintenu par des bouts de plastique qui le faisait couiner. Couiner. Ça en disait long sur la blague qu’il était devenu. Et la blague était tellement drôle qu’elle le déprimait à chaque fois qu’il posait les yeux sur son genou mutilé, son petit genou ridicule, cette balafre dégueulasse. Cousteau restait assis sur le bord du lit à la regarder. Cette horreur. « Non finalement ça va. Je voulais juste me rafraîchir. Mais ça va mieux. » Elle allait sûrement voir le mensonge – honteux – de Pelagius, mais n’allait peut-être rien dire. Elle était douce Mélusine, toute la douceur dont il avait besoin, mais elle avait parfois du mal avec les mots, sans doute la rigueur scientifique en elle qui cherchait à sortir une phrase bien construite sans trouver laquelle. Parce qu’il n’y avait rien à dire à Cousteau, il ne voulait rien entendre, il était resté ce gamin des rues borné, incapable de prendre un conseil sans s’offusquer, incapable de montrer sa faiblesse, se réfugiant derrière un mur de sarcasme et de fausse virilité qui ne lui allait pas bien. Un vrai clown, une bonne blague, ce Cousteau. « T’as cours demain, j’aurais pas dû te réveiller. Je suis désolé. Allez, viens te recoucher. » Il tendit la main pour rapprocher Mélusine près de lui, il n’avait qu’une seule envie, enfouir sa tête au creux de son cou, se cacher dans ses immenses cheveux noirs, remplacer le bruit des gamins agonisants par la douce mélodie de son cœur qui bat. Mais il ne le ferait sûrement pas, parce qu’il avait peur de la déranger, du fin fond de son esprit paranoïaque, il y avait cette petite voix qui continuait de lui dire qu’une femme comme Mélusine n’avait pas envie d’être touchée par un infirme comme lui. Qu’il l’a dégoutait autant qu’il se dégoutait lui-même.


darwinsgame.com (c) 2015

Invité
Invité


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Mer 27 Jan - 3:00
La bonne fée Mélusine reste debout, à côté de l'interrupteur, dans le pouvoir suprême d'illuminer l'existence de son mari comme dans celui de la plonger dans l'obscurité la plus totale. Ses doigts sont encore figés dans la caresse du mur après avoir actionné le mécanisme lorsque Pélagius lui avoue que finalement, non, tout ira bien, qu'il a peut-être juste pris plaisir à la réveiller pour s'assurer qu'elle était toujours là pour lui. Sa femme le regarde, les yeux encore ensommeillés cherchant le mensonge ; elle le trouve, bien sûr. Son mari n'a rien d'un flemmard, et il obtient ce qu'il désir si seulement il lève son séant de son lit. Mélusine comprend son erreur : en voulant illuminer sa nuit, elle a aussi braqué un projecteur sur l'une des plus grandes hontes de l'ancien Marine. Elle acquiesce alors, d'un lent signe de tête.

« Très bien. J'ai besoin de me rafraîchir, moi aussi. Je reviens. »

Elle lui adresse le sourire tendre de celle qui assure que tout va bien alors qu'elle s'en va à la mort, un peu comme ceux que lui tendait son mari lorsqu'il s'en allait en mer. Puis elle s'échappe de la chambre, ses longs cheveux noirs flottant derrière elle à la manière de l'aura d'une sombre sorcière. Le couloir s'illumine, sa chemise de nuit bruisse derrière elle, puis elle gagne enfin la salle de bains que Pélagius ne veut pas pénétrer. Son regard fiévreux des longues et lourdes nuits croise celui de son reflet. Sa paume se pose sur sa peau, à travers le tissu de sa chemise de nuit, près d'un ventre qui n'abritera jamais personne. Une crispation anime ses doigts fins, qui s'arrachent finalement de la chemise pour s'enrouler autour d'un verre qu'elle remplit d'une eau claire. Cette dernière bascule rudement dans sa gorge. Elle remplit de nouveau le verre puis quitte la salle de bains sans un regard en arrière.

Avant de rejoindre la chambre, Mélusine traverse le couloir avant de pénétrer dans le salon. Véritable champ de bataille, il l'accueille de sa mer géométriques de cartons éventrés. Elle sillonnes ce décor qu'elle ne connaît pas encore totalement, et les doigts de sa main libre se saisissent de la canne oubliée, effectivement, là où elle l'a dit. Le bout de l'objet frappe doucement le sol et la femme Cousteau s'y appuie un instant, le temps de prendre conscience que la vieillesse la poursuit elle aussi, comme une ombre qui ne demande qu'à l'envelopper à l'instar de la nuit noire dans ce salon qu'elle n'a pas pris le temps d'allumer.
Comme un fantôme, la Mélusine revient dans le couloir, sans bruit. Elle dévore comme en fuite la distance qui la sépare de la chambre à coucher qu'elle regagne. Son mari n'a pas bougé. Ce qui est rassurant est aussi effrayant.

« Tiens. » indique-t-elle d'une voix douce.

Pas une seule fois ses doigts n'effleurent ceux de son mari ; elle dispose avec un tendre respect le verre sur le bord de la tête de lit, et la canne contre le mur, juste à côté. Puis elle retourne du côté de la porte qu'elle referme, comme pour empêcher les monstres qui peuplent les cauchemars de son mari de pénétrer dans leur bulle intime. L'ampoule s'éteint quand elle appuie sur l'interrupteur, puis elle contourne sagement le lit pour regagner la mer de draps comme son mari le lui a demandé. Elle se glisse docilement sous les couvertures.

« Ca va mieux ? » s'enquiert-elle.

Invité
Invité


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Jeu 4 Fév - 15:28

La nuit profonde du noir de tes yeux
mélusine et pelagius




Les yeux encore collés par le sommeil de Mélusine ne mirent pas longtemps avant de se poser eux aussi sur le mensonge de Cousteau. Honteux, le regard fuyant, le vieux marin préféra cacher son genou balafré sous la couette, alors que la grande brune filiforme ignora sa main tendue. « Très bien. J'ai besoin de me rafraîchir, moi aussi. Je reviens. » Et le fantôme de son sourire hanta la pièce alors que le bruissement du tissu s’éloignait dans le couloir sombre. Mélusine disparaissait dans l’obscurité. Et il se retrouvait seule, pendant une éternité, perdu dans le temps, flottant sur le lit échoué contre le rocher d’une île pourtant si familière, mais qui lui semblait ce soir inconnu. Chicago. La ville à feu et à sang. Les gens qui se tiraient dessus à bouts pourtant, se connectaient pour se venger et se déconnectaient pour finir le travail. Et lui, il était là, à se languir de l’absence de Mélusine. A se dire qu’il ne pouvait pas vivre sans elle, alors qu’il avait passé plus de trente ans à la délaisser quotidiennement pour ses bateaux, ses sous-officiers, ses petits voyages en mer. Oh, il pensait souvent à elle, tout le temps. Mais maintenant, c’était différent. C’était lui qui restait à la maison, à attendre son retour, à espérer que rien ne lui soit arrivée, qu’elle n’ait rencontré personne de mieux que lui. Et faire mieux que Cousteau n’était pas difficile. Il suffisait d’avoir deux genoux en bon état. Le bruit de canne dans le salon le fit sursauter. Elle allait la ramener. Bien sûr qu’elle allait la ramener, la gentille Mélusine, parce qu’elle savait bien qu’il en avait besoin de cette foutue canne, elle n’avait jamais peur de la ramener près de lui, en douceur, comme pour lui rappeler sans vouloir lui faire peur. Lui rappeler qu’elle était là pour lui. Mais il ne voyait que la canne, la petite canne en bois, la fragile et minuscule brindille qui lui bouffait la vie. Il ne voyait qu’elle quand Mélusine revint dans la chambre, il ne voyait que les récifs meurtriers alors que la lumière rassurante du phare tentait de le ramener à la raison. « Tiens. » dit-elle en posant délicatement le verre près de lui, tout en prenant soin de le contourner, évitant tout contact avec lui. « Merci. » Il attrapa délicatement le verre alors que Mélusine replongea la pièce dans l’obscurité, ne laissant apercevoir que l’ombre de sa chemise de nuit. Elle ressemblait à une voile maltraitée par les vents, décroché du mat, qui détalait vers la mer comme pour échapper à la rigueur ds marins. Une voile libre, qui ne voulait plus être touché par les homme. Alors Pelagius avait arrêté de la toucher. Ou peut-être étais-ce le contraire, avait-elle arrêté de se mettre en valeur une fois que le loup de mer ait arrêté de la regardé ? Il ne s’en souvenait plus. Depuis l’accident, il se souvenait surtout de la masse qui pesait sur sa poitrine, sur ses bras, sur ses jambes, sur chaque partie de son corps. De ce truc qui manquait de lui tomber sur le coin de la gueule à chaque moment et qui l’empêchait de penser correctement.

Mélusine se glissait dans le lit sans un bruit alors que Pelagius reposait le verre vide sur la table. « Ça va mieux ?Mm. » Il ne trouva rien d’autre à lui dire alors qu’il se glissait lui aussi sous les draps, soulevant sa jambe abimée de ses mains pour la ranger docilement sous les draps encore chaud. « Ça va toujours mieux quand tu es là, mon amour. » Des mots, encore des mots mais aucun geste pour répondre au silence pesant qui reprenait ses droits dans la chambre. Elle était sans doute déjà en train de se rendormir, glisser sans se retenir vers les bras de Morphée alors que la lune caressait doucement et sans gêne ses cheveux noirs. Doucement, comme un enfant timide, Pelagius finit par tendre la main pour touchotter les pointes étonnamment douces des cheveux de sa femme. Elle devait sans doute ne pas sentir ce geste désespéré, discret, qui marquait pour la deuxième fois en une même nuit le franchissement de la barrière qui s’était dressé entre eux. Deux fois en une nuit. C’était deux fois plus que les huit dernières années réunies. Il finit lui aussi par s’allonger, se tournant cette fois vers sa femme. Il pouvait entrevoir ses côtes se soulever au rythme de sa respiration légère, presque inaudible. Il resta à l’observer quelques minutes, sans savoir vraiment quoi faire, avant de se décider. C’était une main, timide, qui sinuait entre les plis des draps, remontait à contrecourant avant de trouver la terre ferme. Elle remonta le bras de la douce en l’effleurant timidement avant de rencontrer l’obstacle du tissu. Ce n’était pas le moment de renoncer. Il passa à la seconde offensive, se rapprochant d’elle, venant coller son petit corps de lâche contre l’immensité du sien, encastrer le tissu détendu de son caleçon usé contre la toile de jute rêche et sèche qui recouvrait sa mémé, enfouissant son visage au creux de son cou, se perdant dans le méandre de ses cheveux tentaculaires avant d’enfin atteindre sa peau chaude pour y déposer un baiser. Furtivement, sa main avait quitté son bras pour venir effleurer sa jambe, remontant avec douceur les kilomètres de tissus qui lui recouvraient ses jambes interminables.  Il s’accrochait à elle comme un mytiloïde à son rocher, rapprochant toujours plus son corps du sien alors que son sang affluait en masse vers sa troisième jambe et que ses petits doigts de navigateur commençait à s’inviter dans sa petite culotte.

darwinsgame.com (c) 2015

Invité
Invité


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Lun 8 Fév - 21:26
« Hm. »

Un frémissement agite des papillons au creux du petit ventre de Mélusine à défaut d'y déposer des graines. Elle laisse échapper un souffle entre ses narines pincées, dépeignant cette timidité modeste qu'il lui connaît si bien. Ses jambes glissent contre sa chemise de nuit et elle dépose un genou, puis un autre, sur le matelas du lit avant de les dissimuler sous la lourde couette qu'elle rabat contre ses hanches, puis remonte sans grâce jusqu'à sa poitrine, avant de passer ses bras sous le cocon protecteur qui chevauche désormais son épaule. Ses longs cheveux se répandent autour de sa tête, attirant la lumière de la lune qui jette des reflets argentés rejoignant ses cheveux blancs qui se battent contre sa coloration au henné. Ses yeux se ferment et elle tente de nouveau de plonger dans les limbes du sommeil.

Si le contact contre la pointe de ses cheveux ne lui fait aucun effet, la caresse de la pulpe le long de son avant bras lui tire un frisson inéluctable. Le rideau de ses paupières se soulève encore une fois et ses yeux cherchent à percer l'obscurité nocturne pour trouver ceux de son mari, dans le reflet desquels elle espère trouver la signification de ce geste inopiné dont elle a perdu la troublante habitude. Si leur couple est toujours resté teinté d'une certaine tendresse, c'est celle de la routine, du quotidien, des obligations inhérentes aux couples mariés. Une tendresse respectueuse et sentimentales, qui a perdu la teinte chaude, profonde, vivace, des premiers jours pulsionnels. Bien sûr elle aime son mari et elle n'imagine pas sa vie sans lui. Mais n'est-ce pas tout simplement par perte d'habitude de demeurer seule ? Par...évidence de vivre en compagnie de ce marin qui a su autrefois faire chavirer son cœur ?

Son cœur bondit dans sa cage thoracique quand le mouvement se produit dans les draps. Elle craint soudain une attaque furtive comme celle dont elle a pris le réflexe de se méfier dans cet autre univers où elle évolue et se tend soudainement. Son souffle se bloque dans sa gorge et elle regarde, les yeux soudain vifs, la masse de son mari se coller désespérément contre elle. Lorsque la chaleur du corps estropié se propage au travers de sa chemise de nuit, gagnant les draps et le matelas, Mélusine se détend enfin, mais son cerveau n'envoie pas la marque d'affection nécessaire pour répondre à cet acte, tant il est surpris par ce dernier. Le cœur battant, elle éveille chacun de ses sens, jusqu'à ce que les doigts de son mari se propagent en caresses insidieuses au delà de toutes les frontières, fossilisées par les années.

« Qu'est-ce que tu fais Pépé ? »

Ses longs doigts doux s'enroulent comme les lianes d'un arbre autour du poignet avide et stoppent sa progression.

« Tout va bien ?  Tu as l'air fiévreux... »

L'étreinte se resserre délicatement et son propre poignet se plie afin de retirer la main tentatrice de son petit sous-vêtement en dentelle. Ses cuisses se sont échauffées, mais son corps demeure tendu dans cette surprise forcée.

« Tu devrais aller prendre ton viagra mon chéri. »

Elle repose le membre sur le matelas, à sa juste place. Parce qu'elle sait ce dont il a besoin, mais elle n'est pas sure de pouvoir le lui offrir. Parce qu'elle est une âme aussi brisée que lui.
Et que, quitte à ne plus avoir que deux jambes, autant qu'elles soient dures.

Invité
Invité


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Lun 8 Fév - 22:19

La nuit profonde du noir de tes yeux
mélusine et pelagius




Pendant un moment, le vieux marin se laissa entrainer par le mouvement sauvage de l’océan, se perdit dans les remous des cheveux de Mélusine, laissait sa main plonger entre ses jambes, s’abandonnait à l’idée de la posséder à nouveau, toute entière sous son toucher brulant. « Qu'est-ce que tu fais Pépé ? » L’effraction de la petite culotte fut vite stoppée par l’intéressée qui se saisit du poignet de Pelagius comme on assomme une anguille un peu trop vive, avec fermeté et précision. Il ne trouvait rien à lui répondre à cette question, sans doute déstabilisé par sa candeur. Il essayait de forcer sa petite culotte, voilà ce qu’il faisait. Elle avait bien dû le sentir, vu qu’elle l’avait arrêté avant qu’il ne puisse commettre son forfait. « Tout va bien ?  Tu as l'air fiévreux... » Avec délicatesse mais autorité, elle reposa la main audacieuse de Pelagius sur le lit, loin de la grotte sous-marine promise. « Tu devrais aller prendre ton viagra mon chéri. Très drôle, vraiment. Ah ah. » Vexé, le requin d’eau douce ne trouva rien d’autre à faire que de se mettre sur les dos, légèrement relevé sur ses coudes – impossible de tourner le dos à sa femme, cela équivaudrait à s’appuyer sur sa mauvaise jambe et passer une nuit à pleurer de douleur. Et de frustration. « Tu le saurais que je bande encore comme un âne si tu voulais bien me toucher, mais non. » Il hésita un moment à lui sauter dessus, lui arracher sa chemise de nuit et l’enfiler sans aucun respect jusqu’au petit matin. Après tout, ils avaient l’habitude de faire ça pendant les premières années de leur mariage, se sauter dessus sans prévenir, se bousculer contre un mur, s’emmener sous la douche, se faire tomber dans les draps pour user leurs hormones en feu jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucune. Et aujourd’hui, il n’y avait plus l’air de rien avoir à réveiller du côté de Mélusine, parfaite petite mémé dans sa toile de jute moyenâgeuse. Et il n’en restait pas assez au fond de Pelagius, qui se plaignait comme un vieux grabataire qu’on avait fait exprès d’oublier dans un coin. « Je le vois bien, que je te dégoute. Qui voudrait de ça, hein ? » dit-il tout en montrant du doigt sa jambe estropiée sans pour autant oser l’exposer à la lumière pâle de la nuit. C’est comme s’il pouvait voir sa cicatrice à travers la couette, et c’en était déjà trop pour lui. « Regarde-moi, je suis pathétique à te faire une scène de ménage là. Je peux même pas aller me finir tranquille dans la salle de bain, je mettrais dix minutes à y aller. » Il soupira, là, assis dans son lit à la manière d’un enfant, un petit chapiteau dressé fièrement entre ses jambes, comme si on avait oublié de dire au dresseur de lion qu’il n’y avait pas de spectacle ce soir. Sérieux, tout à coup, la voix grave, les yeux perdus quelques part sur le visage de Mélusine, trop parfait pour lui. « J’ai juste l’impression de ne plus être assez pour toi. » Sa petite main tremblante vint caresser la joue de l’ombre brune qui hantait l’autre côté du lit comme une sirène trop timide pour achever le marin brisé. Il avait toujours eu cette impression de jamais faire assez pour elle, mais au moins, avant, il pouvait se cacher derrière son petit béret de marin et toutes les médailles qui allaient avec. Maintenant, il n’y avait aucune façade pour l’abriter. Il n’y avait que son corps de lâche duquel même Mélusine ne voulait pas.

darwinsgame.com (c) 2015

Invité
Invité


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   Mer 10 Fév - 21:00
Comme un poisson rouge privé d'oxygène, Pépé la tortue se retourne sur le dos, désemparé par cet habile coup de poignet qui lui retournait autrefois les entrailles, il y a quelques dizaines d'années, loin dans le cocon fiévreux de leur jeunesse consumée. Il semble à Mélusine qu'on discerne encore quelques braises de cette dernière et qu'elles se montent les unes sur les autres entre la jambe et la cuisse du Marin qui n'a pas d'effort à faire pour hisser sa voile. Oui ça devrait la rassurer Mélusine, ça devrait l'encourager à tendre sa main fébrile et à enrouler ses doigts doux autour de cette queue fière dont son mari n'a surtout pas à avoir honte. Oui, ça devrait la rassurer, Mélusine, ça devrait l'encourager que son utérus soit périmé, fossilisé, inapte à héberger la moindre petite perle de vie jusqu'à ce qu'elle se multiplie en un collier de sensations qui lui broiera le ventre comme un troisième intestin. Mais ça ne la rassure pas, Mélusine. Ca ne l'encourage pas, Mélusine.
Mélusine, elle est désespérément plate, comme une eau au sommeil éternel, sur les flots de laquelle Pélagius ne peut naviguer qu'en caresses sans but.

« Ne dis pas de bêtises. »

Un léger soupir filtre entre les lèvres de la sirène qui a sensiblement perdu de son enchantement, même si dans les yeux et les hormones de son mâle, elle reste cette divinité, ce mythe et ce fantasme qui le font bander. Mais Mélusine n'y prête pas attention non, elle culpabilise et courbe l'échine devant le regard denté de sa petite peluche requin préférée, baisse les yeux sur sa toile de jute qui reflète honteusement les toiles d’araignée se tissant à l'entrée de sa cavité qui doit ressembler aux grottes de Lascaux.

« Ce n'est pas une question de n'être pas assez, mon chéri. C'est juste...Les temps changent. Il ne se passe plus rien entre nous depuis des mois...Tu ne peux pas me demander de réveiller comme ça une puissance endormie, je ne suis pas un de tes vulgaires thon d'eau douce. »

Elle se mord la lèvre, la petite limande, la petite anguille. Elle se tortille nerveusement dans les draps, ses yeux allant sur le corps de son mari, sur son visage, entre ses nageoires mutilées. Elle se dit qu'elle devrait peut-être la sucer, sa nageoire, fourrer son gros tentacule bien dur au fond de sa gorge comme au bon vieux temps, alors qu'elle était aussi accueillante que le tunnel sous la Manche.

« Parce que tu crois que je ne me sens pas coupable ? » répond-elle d'une voix désespérée.

Ses petites mains fines glissent dans les plis de sa chemise recouvrant ce ventre à jamais plat. Ses doigts se crispent, son souffle s'accélère. La fatigue ouvre des barrières entre lesquelles les mots de Pélagius s'enfoncent douloureusement pour réveiller des souvenirs lourds d'une culpabilité centenaire. Mélusine retire ses jambes des draps, bouge, sort du lit, bouge, pour ne pas craquer, pas devant lui. Elle est trop émotionnelle ces temps-ci, comme si elle avait de nouveau ses règles, comme si le jeu lui avait donné un nouveau souffle de vie, sans l'espoir d'un jour réaliser le rêve d'être mère.

« Tu crois que je ne me sens pas coupable de ne jamais te donner d'enfant ? Parce que je le vois dans tes yeux Pélagius, je vois que ça te dégoûte et que ça te déçoit. Je vois que... »

Elle secoue la tête.

« Tu es méchant. »

Contenu sponsorisé


MessageSujet: Re: La nuit profonde du noir de tes yeux (mélusine)   
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut  Page 1 sur 1


Sauter vers:  





liens utiles
AU RP ET AU FORUM