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 On se parle. On s'écrie même.
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MessageSujet: On se parle. On s'écrie même.    Mer 20 Jan - 14:18
On se parle.
On s'écrie même.
avec hedgehog


On n'entend plus guère parler de Talamasca. La ferveur déclenchée par sa victoire-éclair au côté de Lagertha a été étouffée, pêle-mêle avec tout l'oxygène et la forêt, par le grand-incendie. Cette nuit-là, pendant que CAHO et ESHU massacraient les survivants ou s'échappaient à leur tour, l'ATOM a disparu sans que ni sa team ni ses hôtes et alliés ne sachent s'il a péri ou s'il s'est simplement enfui. Sa présence s'est raréfiée. Survivre, seul, est simplement difficile.

La place Northdell est surplombée par trois bâtiments de taille respectable. Sans jamais lui gâcher le soleil, ils offrent une vue jetée sur son effervescence, ses rencontres et ses meurtres. Fébrile et fourmillante, elle est quasi naturellement nichée dans la jungle urbaine – tout confesse qu'il s'agit d'un ancien carrefour, à l'endroit duquel la place a été installée afin de précipiter toutes les teams à l'assaut l'une de l'autre. C'est le cas, du moins, en ce temps de guerre. Les joueurs persistent à s'y étriper joyeusement, et on ne s'y échange que des biens de peu de valeur. Talamasca est fasciné par le spectacle : typiquement, un CAHO abandonne difficilement une arme de poing entre les mains d'un GAIA qui, en échange, lui remet un sac nimbé de sang, probablement porteur d'un petit gibier. Au mépris de leur équipe respective, au mépris des derniers évènements meurtriers et, peut-être, du bon sens, ils commercent comme un samedi, un Jour de l'Unité, en temps de paix. C'est la raison pour laquelle, non, Talamasca ne s'est pas dissimulé dans le fin fond de la forêt ou de la ville. Au contraire. Il est en plein cœur de Darwin Harbor. La place Northdell, c'est le meilleur endroit pour dépouiller le chaland.

Sa cachette est facile à déserter, difficile à réinvestir. Lorsque Vincent n'a plus été capable de résister à un retour en jeu, lorsque ses nuits sans sommeil sont devenues aussi terribles que ses jours de cauchemars, Talamasca a fait son tour des propriétés, laissées à disposition, dans le centre névralgique de cette ville en ruine. Rompu à l'exercice, dans le vieux Chicago, il a opté pour un bâtiment d'une demi douzaine d'étages, défoncé. La façade principale, celle qui s'oppose à la place Northdell, est arrachée sur toute sa hauteur. D'en-bas, on dirait un parking ouvert, qu'on ne s'est pas senti obligé de sécuriser avec des demi-murs de béton. Les trois premiers niveaux n'ont plus d'accès entre eux, ce qui contraint tout visiteur a escaladé par l'avant, les gravats eux-mêmes. C'est la sécurité que l'ATOM aime le plus : non seulement il pourrait voir venir le moindre indésirable, mais toute la place le pourrait également. S'exposer était d'une bêtise mortelle.

Les éclaireurs ATOM ne sont pas stupides. Dispersés sur les trois buildings qui cernent la place, ils repèrent leur voleur, le larcin dans la paume, et se le confirment par jeu de miroirs. Il est vrai, les joueurs sont plus méfiants depuis le début de la guerre – et c'est presque de la paranoïa depuis l'incendie. Néanmoins, ils ne le sont pas encore assez. De leur point d'observation, ils suivent Talamasca. Une silhouette, vue d'ici. Pourtant, il vient bel et bien de délester un joueur, d'une team indéfinie, de quelques vivres tout juste acquis. Une ombre parmi les exactions de la place, il s'efface dans une venelle qui le déporte en parallèle du gigantesque carrefour. S'ils n'étaient pas attentifs, s'ils ne le cherchaient pas, lui, les éclaireurs ne l'auraient pas vu disparaître. Le sale petit voleur drôlement doué pour la fugue.

A bonne distance, les trois ATOM filent Talamasca. L'escouade est bientôt réunie, dotée d'un élément inhabituel. « Prête ? » Le type le demande à Hedgehog, qui prend leur sillage. « On repère son point planqué, un accès et on rentre. » Faust voudra cette information. Celle-là parmi d'autres, mais l'éclaireur y tient tout spécialement. Talamasca doit réintégrer l'équipe. Après son exploit dans l'Arène, il vaut qu'on s'acharne à le reprendre ou, de toute façon, ces vols ne suffiront bientôt plus à le maintenir en vie. « Allez, dit-il à ses deux camarades. On se retrouve là-bas. » Ils se séparent encore et l'ATOM entraîne Hedgehog avec lui. Ce sont eux qui suivront Talamasca en le gardant à portée de vue, alors qu'il entre dans le bâtiment.

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Dim 24 Jan - 0:49
La dernière fois qu’elle s’est rendue dans le coin, c’était pour le jour de l’unité, et ce jour-là, Darwin Harbor était déserté de toute âme n’ayant rien à faire avec l’arène. Depuis, la vie a repris ses droits malgré la guerre, et l’endroit grouille de monde. Et de là où elle est, elle peut observer à loisir les interactions des uns avec les autres. Mais si son regard est perdu dans la foule, il n’accroche rien de particulier. L’attente la rend fébrile et elle est comme une gamine qui n’en peut plus d’attendre. Des jours qu’il n’y a plus de nouvelles de Talamasca ; depuis l’incendie qui a ravagé l’Usine des GAIA. Des semaines qu’elle n’a plus aucune nouvelle de Vincent. L’inquiétude la ronge plus qu’elle ne veut bien l’admettre, autant que le remord. Si l’issue du Jour de l’Unité a été plus qu’heureuse pour les GAIA et les ATOM, il subsiste chez Evey ce relent de culpabilité qu’elle ne s’explique pas vraiment. De ce qui oppose son frère au reste des ATOM, elle n’en sait que peu, l’essentiel. Assez pour juger que la réaction de Faust et des autres lui semble bien excessive. Ce n’est qu’un jeu, elle ne cesse de se le répéter. Elle a entendu, presque par hasard, ces trois gars mentionner avoir vu Talmasca et discuter de l’éventualité d’y retourner pour tenter de repérer où il se cache. Elle n’a pas vraiment hésité, quand elle a demandé si elle pouvait les accompagner. On l’a longtemps scrutée, c’est vrai, jugeant le pour et le contre. La balance ne penchait pas en sa faveur : aucune qualité de combattante, aucune compétence pour la traque. Mais elle a juré ne pas se mettre dans leurs pattes et assumer les conséquences, même une mort. Alors on a haussé les épaules, jugeant qu’après tout, elle devait bien avoir ses raisons pour courir après lui. Les quelques membres qui composent l’escouade sont les quelques rares qui souhaitent un retour de Talamasca et qui l’ont accompagné durant sa croisade.

Elle sursaute quand l’autre lui attrape l’épaule et lui montre une silhouette dans la foule, qu’elle reconnait immédiatement. Son cœur fait un bond dans sa poitrine et cogne plus douloureusement contre la cage d’os. Comme à chaque fois qu’elle sait qu’elle va voir son frère, l’angoisse et l’espoir la saisissent de concert pour former une masse de sentiment indifinie et brouillon. L’angoisse prend cette fois le pas sur le reste, à plus forte raison que c’est le Darwin’s Game. C’est particulièrement étrange, dans ce contexte. Si Hedgehog est un atler-égo libérateur, il n’est pas bien différent d’Evey ; mais elle ne sait rien de Talamasca. « Prête ? » Elle acquiesce d’un hochement de tête et lui emboite le pas en faisant particulièrement attention à suivre son sillage. Quel que soit le problème, quoi qu’il se passe, ils ne perdront pas de temps à la sauver, elle connait les règles de leur accord tacite. Les deux autres prennent emprunte un autre chemin, et elle se concentre uniquement sur l’ombre qui se faufile dans l’immeuble, devant eux. La progression se révèle plus compliquée qu’ils ne l’imaginaient dans un premier temps : les éboulis se dressent partout à l’intérieur du bâtiment, et chaque pas nécessite de faire attention. Elle s’applique et ne dit rien, malgré son souffle court et le point douloureux dans ses côtes. Vincent, non, Talamasca, lui progresse avec l’allure de celui qui a l’habitude et il ne faut presque rien pour qu’il arrive à les semer. Jusqu’ici, pourtant, il ne semble pas les avoir repérés, ou alors il sait qu’il pourra les perdre. Lorsqu’il s’arrête, l’éclaireur lui fait un geste de la main pour qu’eux aussi s’immobilisent et se planquent. « Je veux aller lui parler. », elle murmure. Le type lui jette un regarde de biais, mais ne dit rien, sort son miroir qu’il agite. Deux brefs éclairs lumineux lui répondent, bien trop brefs pour que quiconque ne comprennent le dialogue muet. « Tu es sûre de toi ? » lui fait l’ATOM qui l’accompagne. « Hm, hm. » elle répond tout en hochant la tête. C’est elle qui doit mener les négociations, elle a réussi à les convaincre, et si elle échoue, ils pourront intervenir comme il leur convient… Son idée est en réalité toute autre, mais elle s’est bien gardée de la partager avec quiconque. « Alors, c’est à toi de jouer. Fais attention. » Les autres ont repéré là où il se terre et le communique un autre échange de traits lumineux, que l’autre lui traduit.

Il est dans un petit renfoncement, et probablement à l’abris. Impossible de dire s’il sait qu’elle approche ou non, mais elle ne le cache pas bien longtemps. Elle progresse lentement, et quand elle l’aperçoit, lève ses mains vides bien en évidence. « Vin… Talamasca ? » elle demande d’une petite voix. L’effet que ça lui fait quand elle le découvre… impossible de le définir, c’est particulièrement étrange de le retrouver dans cette réalité. « Je… je peux approcher ? »

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Dim 24 Jan - 19:38
A bien des égards, cette tanière ignorée de Darwin Harbor est plus accueillante que nombre de taudis que Vincent a squattés, dans tout Chicago. Calfeutré entre ces murs branlants, il est à l'abri de la météo capricieuse du jeu et des ouvertures, arbitrairement creusées par la détérioriation, les combats ou les conditions climatiques, lui offrent un panorama assez large de la place sur deux des parois qui le cernent. La troisième est la plus solide – probablement un mur porteur, dans la conception de l'immeuble. La quatrième contient, en bas, sur le côté, le trou par lequel il entre. On n'arrive pas à cet étage, dans les neuf mètres carré de cet étage, par hasard : du reste, on en ressort par une trappe au plafond. Il s'agissait probablement du conduit d'un vide sanitaire. Un homme n'a pas forcément la place d'y passer. Talamasca et ses kilos de mal-nourri, si. Et, parvenu au niveau supérieur, on s'enfuit à travers tout le bâtiment jusqu'à une passerelle. Elle donne sur la bâtisse mitoyenne et, de là, on disparaît dans la jungle urbaine. C'est ce qu'il préfère, dans cette planque. A chacune de ses sorties, il peut dévorer du regard tout le paysage de Darwin Harbor, seul et paisible, rien qu'un moment.

Il ne sait pas qu'il a savouré ce moment pour la dernière fois.

La voix le fait sursauter. Et ce n'est pas la gentille secousse d'une surprise délicieuse. C'est le bond d'un réflexe mortel. A la première syllabe, Talamasca plie les genoux et empoigne le flingue abandonné sur le béton nu. Il fait volte-face et braque la mire sur la silhouette intruse. « Qui... » Ils parlent en même temps. « Evey ? » L'un des premiers inconvénients de cet endroit, c'est le manque de lumière. Bien entendu, c'est un avantage considérable lorsqu'on y est caché, la nuit. Mais, surpris comme il l'est à présent, il aimerait pouvoir découvrir chaque trait de ce visage qui, semble-t-il, devrait lui être aussi familier que la voix qui l'habite. « Qu'est-ce tu fous là. » Rien n'est vraiment une question. Il lève un peu mieux le pistolet. Est-ce qu'il envisage sérieusement de décocher un tir, même de semonce ? Si peu convaincu qu'il serait jamais découvert, il n'a pas non plus réfléchi à l'éventualité où il le serait par sa sœur. Dans le jeu. Et de quelle équipe ? Après une seconde supplémentaire, Talamasca se souvient qu'il a été exclu et que, donc, ça n'a pas d'importance : ils sont tous ses ennemis. « Recule. » De toute sa hauteur, il se redresse. « Qu'est-ce tu fous là, il répète. » L'hébétude laisse la place à la peur. Est-ce qu'elle est seule ? « T'es venue seule ? » Comment elle l'a trouvé ? « T'es venue seule ! Comment ! » Si elle est escortée (peut-être même qu'elle l'a donné, qu'elle l'a conduite à aller-savoir-qui), ses cris auront bientôt alerté les autres. Et c'est une angoisse pire que la précédente, qui emporte son plan et sa décision. « Tu fais chier ! » L'ATOM ramasse ses affaires et les fourre dans un sac. Rien qu'un instant, il tend l'oreille, à l'affût d'un grondement lointain dans le bâtiment. Quand il décide qu'il ne voudra pas être là quand ce petit quelque chose se révèlera à eux, il fourre le pistolet à sa ceinture et grimpe à l'échelle qui rejoint la trappe au plafond. Il disparait sans un regard pour sa soeur qui, bon dieu de bordel de merde, n'a rien à foutre là.


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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Dim 24 Jan - 19:38
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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Lun 25 Jan - 1:12
L’arme. Evey ne voit plus que le flingue qu’il braque sur elle, et elle recule d’un pas, véritablement terrifiée. Il oserait ? Il oserait vraiment lui tirer dessus ? Bien sûr, ce n’est qu’un jeu, bien sûr, ne c’est la réalité. Ici, Hedgehog est-elle la sœur de Talamasca comme Evelyn Talbot est celle de Vincent Talbot ? Dans son esprit, ça ne fait aucun doute. Mais aucun moyen de savoir ce qu’en pense vraiment Vincent… « Baisse ton arme, s’il te plaît... », supplie-t-elle. Il ne l’écoute pas, il panique, il s’enflamme, et il fuit. Elle n’a le temps de rien dire, et de rien faire, qu’il a déjà ramassé ses maigres effets, rangé l’arme et disparu. Evey reste un court instant figée sur place, juste assez de temps pour se remettre de ses émotions, et elle s’élance à sa suite. Le conduit sombre et étroit émerge rapidement au niveau supérieur et un bref coup d’œil lui permet de repérer Vincent qui cavale loin devant. « VINCENT ! ATTEND ! » Mais il n’en fait rien, alors à son tour, elle se précipite. L’avance de son frère est notoire, mais elle traverse le bâtiment et comble petit à petit la distance qui les sépare. La fatigue de son frère et sa mauvaise alimentation, autant à Chicago que dans le Darwin’s Game aident probablement à cet exploit ; Evey parvient à le rattraper avant même qu’il n’ait le temps de poser un pied sur la passerelle métallique qui mène à l’autre bâtiment. « Vin… Vincent, attend s’il te plait. ». Les mains sur ses cuisses, elle tente de reprendre un souffle régulier.

« J’suis toute seule. Les autres sont restés plus loin, et j’ai juste profité d’eux pour pouvoir te voir. ». Elle répond à toute allure aux questions restées sans réponse. La brûlure dans sa gorge se fait de moins en moins douloureuse à mesure qu’elle reprend une respiration régulière. « Je… Je t’ai vu au Jour de l’Unité. Je suis désolée, Tal… Vincent. Je devais y aller, Faust m’avait demandé d’y aller, et j’ai refusé au dernier moment. Je savais pas que c’était toi qui devais y aller, je savais pas. Je savais pas que tu jouais non plus… » Elle plante ses prunelles sombres dans celles de son frère, dans l’espoir d’y déceler une lueur, si pas amicale, en tout cas, non hostile. Elle s’interroge, en le scrutant, des différences et des similitudes entre Talamasca et Vincent. Quand elle le contemple, elle n’en perçoit aucune, mais… il a pointé son arme sur elle. Alors, bien sûr, ça aurait pu être elle, comme n’importe qui serait venu le déloger dans son antre. Et peut-être, probablement, qu’il aurait tiré si ça avait été quelqu’un d’autre. « Est-ce qu’on peut parler, s’il te plait ? Pas ici, c’est mieux. Y’a trois éclaireurs, ils t’ont repéré il y a quelques jours, et voulaient découvrir où tu te planques. Ils disent que tu mérites de revenir, que tu as prouvé que tu es ATOM. » Evey parle trop, encore une fois. Et elle sait combien Vincent déteste ça, alors elle abrège sa plaidoirie. « Je viens pas pour ça, moi. Je viens pour toi. » Encore. Toujours. « Je suis de ton côté. »


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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mar 26 Jan - 3:15
Il a braqué sa sœur. Après avoir franchi le battant et accédé au niveau supérieur et à son corridor de fuite, sa conscience appréhende les détails. Le regard qu'elle a eu pour le canon et pour lui ne le heurte que maintenant, et c'est vrai qu'il s'agit du geste le plus odieux qu'il ait eu pour Evey. Si c'est vraiment elle. Ça n'aurait pas vraiment de sens, et ça le ferait beaucoup trop rire... Pourtant, c'est bien la voix d'Evelyn Talbot qui meurt dans son sillage. Oh non, il ne va pas attendre... La minutie et les rouages du plan qui consiste à le débusquer ne l'intéresse pas. Du reste, lui vient la certitude qu'elle n'aurait jamais pu le trouver seule. A Chicago, déjà, elle est parfaitement incapable d'établir s'il vit dans un appartement décent ou s'il gît joyeusement dans quelque caniveau crasseux et anonyme. Alors ici, et avec le soin qu'il a mis à se cacher, Vincent ne peut pas croire qui ce soit le hasard ou, plus improbable encore, le résultat des compétences d'Evey. Ce qui le conduit à capter la manœuvre orchestrée derrière la déconvenue.

« Ne m'appelle pas comme ça ! » Au seuil de la passerelle, il fait volte-face. C'est un ordre aboyé, et une expression scandalisée qu'il s'est jeté sur la figure. Dans le jeu, il est Talamasca et, si ce n'est pas très glorieux, c'est son masque et son privilège. Elle n'a pas le droit de lui prendre ça et de le piétiner avec sa réalité amère et les souvenirs de lui qu'ils ont en commun. « Où sont les autres ! » « J'suis toute seule. » « C'est ça... » Il y a du mépris dans sa voix et de la peur dans la main  qui cherche le flingue. Le cœur qui cogne dans les tempes, il s'attend à voir surgir une dizaine de gaillards assoiffés de son sang. Evey chez les CAHO, ça le fait se moquer, mais puisqu'elle admet qu'il y en a d'autres et qu'elle a semé leur compagnie, Vincent se fige. Il est raide comme un poteau d'exécution et sa semelle commence à mordre le ponceau métallique. La structure rudimentaire, et simplement posé, grince, l'air de le presser de choisir quelle rive du grand-vide en-dessous d'eux il préfère. Néanmoins, il demeure, le regard toujours plus surpris et la barre des sourcils plus froncée : il savait qu'il prenait la place de quelqu'un d'autre dans l'Arène mais il ne s'était jamais demandé qui. Ça n'a pas tellement d'importance, il faut dire, mais le monologue enflammé d'Evey dit le contraire. Il semble à son frère qu'elle est bouleversée et, en vérité, il l'est aussi. En un souffle, elle lui raconte des évènements qu'il a vécus, qu'ils ont vécus en parallèle l'un de l'autre. Cette enclave, fugace et fantôme, les rapproche. « Attends... ça veut dire que t'es ATOM ? » A l'instant, Vincent le comprend et sa langue s'humecte de toute l'ironie de cette répartition. Sa sœur ne répond pas quand elle met toute son énergie à le rassurer et à la retenir. Elle passe en revue les éclaireurs, le repérage et la traque. Lui, il passe sur le mérite et la preuve du mérite. Repenser au Jour de l'Unité a encore quelque chose de pénible, un malaise ou un vertige pour prendre le cerveau qui ne distingue plus bien la fiction du réel. Quant aux jours qui ont suivi... « Arrête de te dire que tu fais tous ces trucs pour moi, il dit lentement. Tu le fais pour t'aider à mieux dormir la nuit, c'est tout. » La bretelle de son sac remonte sur son épaule. « Ça me va : je sais que tu veux sauver le monde. Mais j'veux pas qu'on me sauve. Et, surtout, je veux pas qu'on vienne foutre la merde dans mon... » La course précipitée des éclaireurs ATOM lui coupe le souffle. Ils hurlent des choses indistinctes, que Vincent prend pour des injures ou des menaces. Ils ont entendu Evey, et cette voix pénible qu'elle tient de la gorge maternelle... alors il se lance sur la passerelle comme on abandonne là un traître. Lorsqu'il s'enfonce dans le bâtiment, il court jusqu'à l'escalier sur la droite et, s'il se vautre sur les dernières marches, c'est pour tomber le front sur un sac de toile crasse. Il le ramasse et se jette sur ses jambes. La clameur des ATOM l'assiège déjà et, cette fois, la paume trouve le flingue.


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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mar 26 Jan - 3:15
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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mar 26 Jan - 22:49
Chaque trait de son visage se décompose en entendant Vincent gueuler. C’est un constat chaque fois plus terrible de sentir qu’il n’a aucune confiance en elle. La méthode n’est pas la bonne, et Evey le sait. Mais elle ne sait pas quoi tenter d’autre pour l’approcher, que de renouveler sa bonne foi avec l’espoir qu’il cessera de douter de ses intentions. « Arrête de te dire que tu fais tous ces trucs pour moi. Tu le fais pour t'aider à mieux dormir la nuit, c'est tout. » « Non ! » elle s’indigne alors. Il l’accable encore un peu plus, toujours aveugle la bonne volonté de sa sœur. Et il s’interrompt brutalement, avant de reprendre sa course. Un bref coup d’œil par-dessus son épaule lui apprend que les trois éclaireurs ont bougé. Ils arrivent en courant et en hurlant des choses indistinctes.

Partagée entre l’envie de les rassurer (elle va bien, ils vont bien, fausse alerte) et celle de suivre Talamasca, elle n’a pas le temps pour s’adonner la réflexion : les premières bourrasques de vent apportent dans le fond de l’air ce picotement aussi désagréable qu’atroce des pluies acides. Les changements de météo du Darwin’s Game se révèlent bien souvent aussi brutaux que subits, mais de toutes les catastrophes, les pluies acides se tiennent sur le podium des pires. Impossible de s’en sortir sauf d’être à l’abri dans un endroit isolé et complètement hermétique. Avant les brûlures atroces sur la peau, c’est la sensation d’étouffer qui est la plus horrible, alors que les poumons cherchent un oxygène qui ne leur parvient plus. Puis, quand le vent a charrié assez de particules, le ciel se déchire et les des trombes d’eau se déversent. Viennent alors les cloques sur la peau et la douleur innommable qui les accompagnent. Et, au terme d’une longue agonie, la mort, libératrice. Alors, aussi atroce que lui semble ce choix, elle tourne les talons et se presse à la suite de Talamasca ; elle n’a aucun moyen de sauver les trois autres qui arrivent en courant, l’air d’espérer échapper au cataclysme. Il lui semble que chaque pas précipité manque de faire écrouler la passerelle. Evey arrive pourtant de l’autre côté, le cœur affolé et la respiration chaotique, et s’engouffre à son tour dans les escaliers. Elle trouve Vincent, à nouveau l’arme à la main. Ca lui noue la gorge, mais elle prend sur elle pour ne pas s’y attarder. Les premiers cris, qu’elle sait être d’agonie, leur parviennent de loin et Vincent semble redouter le pire. « Pluies acides », elle articule entre deux bouffées d’air hachées, en lui attrapant la main. « Y’a un endroit ?... »[…]

Le débarras est petit et confiné, mais au moins sont-ils à l’abri le temps que la tempête se passe. Ce qui peut prendre des heures ou quelques minutes seulement. La lumière de la lampe à huile défoncée de Talamasca les éclaire d’ombres et de reflets. Ils sont assis à même le sol, aussi loin l’un de l’autre que possible, il suffit de tendre le bras pour presque atteindre l’autre… « Merci », souffle-t-elle. Le silence dure un peu, avant qu’elle ne le brise à nouveau : c’est le schéma classique qui forge leur rencontre, elle parle, il fuit. « Je suis ATOM », confirme-t-elle. « Je… j’ai découvert que tu jouais quand tu m’as remplacée le Jour de l’Unité. Je suis désolée, je savais pas… Je suis soulagée que tu t’en sois sorti. » Ca sonne comme un aveu. C’est un aveu. Ca tourne dans son esprit depuis que Faust l’a ramenée au QG, ce sentiment de culpabilité et cette peur qui l'a littéralement ravagée. « Je suis Hedgehog. » Elle tente un regard vers son frère, mais elle ne distingue presque rien, ainsi plongé dans cette semi-pénombre. « Écoute, je sais que tu veux pas me voir, que tu veux pas me parler. Mais j’avais besoin de savoir que tu vas bien, à peu près. Que tu t’en sors, ici aussi. Et, c’est vrai, ça m’aide à mieux dormir la nuit, de savoir que t’agonises pas dans un coin de Darwin’s Habor, ou ailleurs. » Ailleurs, dans la map, mais, aussi et surtout, ailleurs à Chicago.


Dernière édition par Evelyn Talbot le Jeu 28 Jan - 13:45, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mar 26 Jan - 22:49
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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mer 3 Fév - 0:06
Il n'a plus le choix de se tenir dans le réduit avec elle. Les pupilles fracturées par l'air chargé d'acide, Vincent se venge d'être son prisonnier en vissant son regard humide au linge qu'ils ont bloqué au bas de la porte. Avec une certaine douleur dans le ventre, il réalise que ce réflexe leur vient des exercices élaborés par leur père, du temps de Fort Benning. Alors il se mord la lèvre avec patience et tente de maitriser le flux exaséprant de souvenirs qu'Evey emporte toujours quand elle lui rend visite. C'est à croire qu'elle le harcèle, que la persécution de leur passé commun n'a pas de limites dans le crime. Agité de tremblements, les bras autour des genoux et la crosse enfoncé dans la paume, Vincent est tout près de jurer lorsque sa sœur rompt le silence de leur prison sans oxygène. Elle ne dit pas grand-chose. Elle se répète vaguement. Ça a le don de cesser la cavalcade de l'imagination et du ressentiment : il n'a pas le loisir de ruminer quand il écoute. Et, l'âme soudain apaisée, il balaie ce qu'elle dit avec négligence. Talamasca n'est pas entré dans l'Arène pour sauver un ATOM. Il savait qu'il mourrait, d'ailleurs. De qui il empruntait le costume et de qui il a usurpé la victoire, il n'en a rien à faire. Si c'est Evey, en un sens, c'est encore mieux. Pendant qu'il ne s'explique toujours pas ce qu'elle fout là, il la jauge avec mépris. Pas elle à proprement parler, Hedgehog plus exactement. « C'est tout ce que t'as trouvé ? » Ça lui arrache un sourire, en dépits de l'acide qui lui colle à la lippe. Parce qu'il ne veut pas s'éloigner trop longtemps des émotions connues, éculées, maitrisées, il l'efface aussitôt qu'elle reprend. « J'ai pas envie de parler, Evey. J'ai pas envie d'te parler. » Avec une fixité étrange, Vincent affronte à sa sœur avec la lassitude de plusieurs vies. Contre toute attente, il ne cherche pas à blesser. Il demande.

Il est impossible de dire si les pluies cessent. C'est peut-être déjà fini. Vincent ne se trouve pas le courage d'aller vérifier. Comme son dégoût d'Evey s'étiole avec le temps, l'air redevient respirable et ses pensées s'apaisent. Après un (long) moment, il ne sent presque plus les lames de sa colère. Il retourne à ce qu'Evey lui inspire la plupart du temps : une sage et bienveillante indifférence. Ses états délaissés, il trompe l'ennui et le silence dans le sac de toile. A part une poignée d'écus et une gourde à moitié vide, il n'y a rien d'intéressant. Il plonge les uns dans sa poche et se mouille les yeux avec l'autre. La brûlure est aussi passable que s'il y jetait du sel. Quand Vincent lance un regard à la porte et à la menace dont elle les protège, il ne se pense plus à se plaindre. Alors, seulement : « Pourquoi t'es là ? » Comme s'il venait de se rappeler quelque chose d'important, Vincent ajoute immédiatement : « Me raconte pas de conneries. Je veux la vraie raison. On s'est vus combien de fois, ces... allez, trois ou quatre dernières années ? Et, là, on dirait carrément que tu me suis. Alors qu'est-ce que tu veux ? Pourquoi c'est si important, soudain ? » A force de s'écouter parler, il s'imagine une réponse : « Les parents sont morts ou quoi ? Tu viens avec ma part de l'héritage ? J'te le dis tout de suite : j'le convertis direct en MD. »

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mar 9 Fév - 19:43
Le temps s’égrène lentement, seulement rythmée par la flamme vacillante de la lampe à huile. Ils gardent le silence, Evey respecte la demande de son frère. Oh, ça lui tue un peu plus l’âme qu’il la repousse comme il le fait et elle ne peut pas dire qu’elle s’y habitue d’une quelconque façon. Ses genoux remontés contre sa poitrine, les mains autour de ses jambes et le menton posé sur les genoux – une posture qui devient elle aussi une habitude – Evey attend sagement que les tempêtes passent. Les pensées se forment et se défont dans son esprit sans qu’elle n’y prête vraiment attention. Elle n’a pas la force de se concentrer sur sa tristesse ou son mal-être. Elle passe, aussi, sur le mépris ostentatoire de Talamasca. Il n’est pas si différent de Vincent, si elle y réfléchit bien, ou peut-être que c’est elle qui provoque ces réactions. Peut-être, ici, il est bel et bien différent de ce qu’elle connait à Chicago. Son optimiste la ferait rire d’elle-même : il a été banni de leur communauté de joueusr pour une raison qu’elle ne connait pas et qui ne l’intéresse pas. Il demeure seul, ici comme là-bas, et ça l’attriste profondément de le constater, et pire, de ne rien pouvoir y faire. Ils ne bougent pas, comme figés dans l’attente, et chacun pris dans leurs états intérieurs. Quand, enfin, la voix de son frère brise le silence, elle ses yeux se tournent vers lui, et rencontrent les pupilles de son frère. Elle n’y lit rien qu’elle n’arrive à déchiffrer, alors elle détourne un peu le regard, et le scrute. « Pourquoi t'es là ? » Elle ne répond rien, et le laisse continuer sur sa lancée. Et un moment après qu’il a fini, elle n’a toujours rien dit. Evey se contente de scruter en silence son frère avant de tourner complètement la tête pour observer le béton en face d’elle. Il est définitivement comme un animal sauvage et impossible à amadouer. Elle ignore quoi lui répondre et comment lui dire.

« Je… ». Sa voix s’interrompt et ses entrailles se tordent. «Les parents vont bien. » Sa bouche s’agite d’un petit tic nerveux et elle prend une longue inspiration, dans l’espoir un peu vain que ça lui donne un quelconque courage. « Tu me manques, elle confesse comme demi vérité. Et je m’inquiète vraiment. » Elle doit bien savoir, quelque part, que ça ne suffira pas, qu’il ne veut pas entendre les même discours. Vincent ne les écoutera pas. Mais, ça lui demande un courage qu’elle n’a pas encore tout à fait d’avouer toute la vérité. Prendre conscience de qui elle est vraiment n’a pas fait que changer entièrement sa vie. Ce sont toutes les fondations sur lesquelles elle s’appuie depuis des années qui s’écroulent, et des pans entiers de mensonges implicites qui lui pètent à la figure. Vincent n’est d’ailleurs probablement pas le meilleur interlocuteur pour cette confession, mais c’est le seul à qui elle souhaite la formuler. Mais pas immédiatement. « On s’est pas vu pendant des années, mais j’ai quand même pris un peu de tes nouvelles, par d’autres biais. Je… » Ses mains se tordent nerveusement, tandis que le grand déballage tarde à venir. « On… on a toujours fonctionné l’un contre l’autre. Je… Je voudrais qu’on change ça. Si tu veux bien ? » Bien sûr que non, il ne veut pas. S’il avait un jour voulu des mains qu’elle tend vers lui, il ne partirait jamais en courant comme elle le fait – par chance, c’est elle qui se trouve du côté de la porte et il devra lui marcher dessus, presque littéralement, pour sortir. Ses mains s’agitent dans la besace qu’elle a contre elle et en sortent des vivres qu’elle a sorti des stocks des ATOM avant de partir. « Tiens ».

Son corps se redresse quand enfin elle se décide à ne plus bafouiller. Ses yeux trouvent à nouveau les siens.  « Je veux t’aider Vincent. Non, je veux qu’on essaie autre chose que se fuir. C’est pour ça que je suis là. J’aimerai qu’on arrive à dialoguer. »

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mer 10 Fév - 10:47
« Super, il souffle bruyamment, roulant des yeux et se frappant les genoux. » Si leurs parents vont bien, le voilà tellement rassuré ! De toute façon, il n'a pas les moyens de régler les frais qui lui passeraient l'héritage dans le sang ; et de quel bordel il hériterait, au juste ? La question le frôle, l'ironie pour la faire vivre et la sincérité pour la faire mourir. Du reste, si leurs parents vont bien, alors ils n'ont toujours rien à se dire. En quelques sortes, Vincent s'est toujours figuré qu'un jour ou l'autre ils auraient cette conversation, une qui y ressemble. Plus tard. Ça se serait produit après la disparition des deux vieux, lorsqu'Evey n'aurait plus eu le choix de se débarrasser de ses fils et de sa ligne de rive. Lorsqu'elle dit qu'ils vont bien, elle dit que ce jour n'est pas aujourd'hui. Rompu à l'exercice qui consiste à être déçu par Evelyn Talbot, Vincent ne bronche pas. Il prend acte, seulement. Et c'est qu'il a curieusement décidé de se montrer patient, parce qu'il voit tout le manège qu'elle fait, le cinéma qu'elle entreprend... A plusieurs reprises, le frère s'entend quasiment la brusquer, et la forcer à cracher le morceau qui lui bloque la trachée. Il serre son impatience comme un poing.

« Tu me manques, elle avoue.
- Qu'est-ce que j'ai dit... ?
- Et je m’inquiète vraiment.
- J'ai dit stop aux conneries, il se répond. »

Contrairement à l'impression qu'il rend, Vincent a parfaitement conscience qu'un trouble bruyant secoue sa sœur. Il le voit. Et cette perception est très curieuse à deux endroits : il peut le discerner, alors qu'Evey est si imperméable et si comédienne en temps normal, et il voudrait vraiment l'apprendre. Les mots sonnent étrangement, comme le ferait une langue qui imiterait l'idiome commun tout en dissimulant sa signification dans les lettres irrégulières et les agencements de syllabes inédits. Vincent n'aime pas qu'Evey éprouve son intelligence de la sorte. Il n'aime pas du tout buter, pareil au pire des cons, sur quelque chose qu'il ne sait pas alors qu'elle le sait bien. Quand il boit les mots à leur source, c'est pire. Il est trop près pour les entendre ou trop loin pour les lire. Il manque d'une vue d'ensemble. Il manque cruellement d'une vue d'ensemble et ça l'échauffe au moment même où Evey lui tend quelque chose qu'il pousse d'une main sans même le regarder : « Qu'est-ce que t'as ? a-t-il perdu sa patience. » Bien qu'elle ne lui obéisse pas exactement, sa sœur reprend de son aplomb et plante son regard dans le sien. Pour ne pas vriller, il esquive son aide et il passe à la suite du message. Ça n'a pas beaucoup d'importance, parce qu'il ne l'écoute pas. « Qu'est-ce que t'as ? il répète un ton plus bas. » Là, Vincent l'observe attentivement. Plus précisément, il l'ausculte. « Qu'est-ce que t'as fait, une connerie ? T'es malade, un truc comme ça ? » Les alternatives ne manquent pas pour les esprits abîmés et, surtout, ça ne lui fait pas rien. Il n'en dit pas un mot mais le regard posé sur elle a légèrement changé. De là à parler d'inquiétude... « Ça me fait pas rire, dit-il, l'air de vouloir chasser un mauvais rêve. Si tu veux qu'on arrive à dialoguer, commence par arrêter de te foutre de moi. » Le timbre maugrée plus qu'il n'engueule et, pour s'obliger, Vincent détourne les yeux afin de contrôler les tremblements de ses mains. « Je suis moins con que tu crois, il dit en se levant de toute sa hauteur. J'ai toujours été moins con que ce que vous croyez. » Sans s'affecter d'une transition : « Lève-toi. On va sortir. Je peux plus entendre une connerie de ce genre sans respirer correctement. »

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mer 10 Fév - 12:57
« Qu'est-ce que t'as fait, une connerie ? T'es malade, un truc comme ça ? » Ca ne tient à presque rien. Un changement infime dans l’attitude ou dans le ton de son frère. Mais, soudain, c’est là. C’est comme si Vincent avait appuyé sur le point névralgique de toutes les douleurs qu’elle renferme et retient et qu’il les libérait d’un coup. Et cet amas de sentiments entremêlés forme une boule dans sa gorge, qui d’un coup l’empêche de respirer, ou de parler. Evey voudrait protester, lui dire qu’elle ne l’a jamais pensé con, et que non, ça va, et qu’elle ne se fout pas de lui. Aucun mot ne passe ses lippes qu’elle garde closes, comme pour ne pas déverser ce trop-plein d’émotions qui déborde et qui l’engloutit. Son corps s’est figé brutalement, comme tétanisé par la tempête qui arrive, comme s’il se prépare aux ravages à venir. « Lève-toi. On va sortir. Je peux plus entendre une connerie de ce genre sans respirer correctement. » Avec des gestes lents, Evey se redresse sur ses jambes, et elle ouvre la porte. D’ici, impossible de savoir ce qu’il en de la pluie, mais le fond de l’air frais leur apprend que les pluies d’acide, elles, sont totalement passées. Elle frisonne un peu, quand elle avance, et suit Vincent qui la mène un peu plus haut dans le bâtiment.

Ils sont assis l’un à côté de l’autre, à l’abri de la pluie qui continue de tomber drue et qui purge l’air et le sol de tout ce que la précédente averse a apporté de corrosif pour tout ce qui est touché ; leurs pieds pendant dans le vide. On ne trouve plus âme qui vive sur cette place immense, la majorité des autres joueurs devant être encore cachés pour fuir le fléau ou alors ont succombé à la tempête. Il n’y a que le crépitement de la pluie qui parvient à leurs tympans, puisqu’ils gardent le silence. Et malgré l’air frais, il semble à la jeune femme que l’air n’arrive jamais à ses poumons, et qu’elle suffoque un peu mieux à chaque inspiration. Tendue comme jamais, elle essaie de se trouver le courage de dire ce qu’elle a sur le cœur. Elle est au pied du mur, Vincent a bien deviné que quelque chose de va pas, et il n’y aucun moyen pour elle de fuir. Du reste, Evey n’en aucune envie. Et lorsque ses lèvres s’entrouvrent enfin, c’est pour laisser s’échapper un violent sanglot. Tout son corps s’agite au rythme des pleurs intarissables. Son masque se fissure, se craquèle pour finalement exploser complètement. C’est tout ce qu’elle retient et rumine depuis trop longtemps qui s’échappe. Incapable de prononcer le moindre mot, elle se contente de hoqueter misérablement. Et ça dure un long moment, durant lequel elle est inconsolable. Si Vincent tente que ce soit, son esprit fracturé ne le remarque pas. Au bout de ce qui semble être une éternité, ses pleurs se calment enfin, et elle s’apaise quelque peu. Si la sérénité n’est pas maîtresse, au moins ce poids violent qu’elle portait depuis de trop longs mois a perdu de sa force et de son emprise.

Alors, enfin, elle relève timidement le visage et affronte le regard de Vincent. Impossible de vraiment déchiffrer ce qu’elle y lit, et l’exercice ne l’attire pas dans l’immédiat. Elle ne se sent de toute façon pas prête à encaisser l’éventuel mépris de son frère ; vulnérable comme elle l’est, elle ne pourrait pas y résister. « Ok… je… je sais pas comment dire ça… » Un temps. Puis un autre. « Je suis pas malade. ». Elle hésite encore, mais pas de dire. C’est comment le dire. C’est là, posé sur sa langue, et maintenant, ça ne demande qu’à fuser. Mais l’avouer, le dire à haute voir, c’est l’admettre totalement, et elle n’ose pas tout à fait. Dire qu’Evelyn Talbot est gay, c’est affronter des années de mensonges et un violent retour de boomerang à la figure. Alors, elle prend un chemin de traverse. « Je vis en couple avec un gars. Il est très bien. Mais… je l’aime pas. Je crois que je l’ai jamais vraiment aimé. Ni lui, ni les autres. »

Voilà, c’est à demi avoué. Et dans sa poitrine, son cœur s’affole à nouveau. Ses yeux se font fuyants et se concentrent d’avantage sur la contre plongée que sur son voisin. Et fond d’elle, un petit quelque chose hurle la liberté.


Dernière édition par Evelyn Talbot le Mer 10 Fév - 14:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mer 10 Fév - 12:57
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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mer 24 Fév - 10:45
Les ATOM grimpent quelques étages et ils débouchent sur le dernier niveau avant le toit. Au début, Vincent freine son allure coutumière, jetant des regards évasifs au retard de sa sœur. Chaque fois, pourtant, elle le talonne et il finit par tracer un chemin efficace, plus énergique et plus soutenu, qui ne creuse pas plus l'écart. Vincent arrive à leur perchoir vexé par cette aisance inattendue et, cependant, il ne dit rien. Le silence qui n'a plus été rompu a accouché d'une tension si palpable qu'il pourrait y plonger les mains et sentir son emprise. Ça ne joue pas dans les gammes de la haine ou du mépris auxquels ils se sont habitués. Vincent soupçonne que c'est assez grave pour épargner son sarcasme mordant à Evey. Alors il s'assoit le cul au bord du gouffre, la façade arrosée d'une pluie diffuse et fraiche. Après avoir étouffé dans le réduit et pendant que sa sœur tient un silence buté, il apprécie chaque goutte giclée par le vent. Au-dessous d'eux, les courants sifflent par les ouvertures fissurées, les murs défoncés et les gravats accumulés. L'échine secouée par un frisson, il oublie un moment qu'il voudrait être partout ailleurs qu'ici... Nourri de la sensation traitresse qu'on l'a piégé, Vincent pense avec réconfort que trois éclaireurs en sont morts. Avant d'attaquer sa conscience, son indécence satisfaction est évacuée par les reniflements de sa soeur. Le sourcil froncé, il bascule la tête vers elle, du reproche plaqué sur la figure. Puis, quand il a le détail de ce chagrin imprévisible sous les pupilles, il se renfrogne avec l'air de celui qu'on empêche de perpétrer son mauvais coup. S'il voulait une explication aux assiduités d'Evey, ces larmes en sont l'amorce. Et elles sont foutrement illisibles ! Déstabilisé, il remue sur son morceau de béton. Le malaise s'est fiché quelque part dans son ventre et une sale partie de lui se dit qu'Evey saurait quoi faire. C'est là qu'il tend la main, une tentative muette qui lui semble bien vite ridicule. Piqué et susceptible, Vincent récupère ses phalanges comme on se brûle à une flamme et jette son regard plus loin, au-delà de ce qu'il voit, ménageant de l'intimité aux pleurs qui ne s'interrompent pas.

D'abord, Vincent se demande ce que ça peut lui foutre qu'Evey ait un type dans sa vie. Dans son lit. Dans sa... L'humeur rentrée, il se gronde et se met à réfléchir ce qu'elle lui dit. Il envisage le mariage et il l'image de leurs parents lui tire une bile amère. Si elle ose, ça fleure bon la trahison. Puis ça tourne au conseil matrimonial et le frère doit, au prix d'un effort surhumain, étrangler le sursaut qui lui ferait cracher sa méchanceté. Surtout, quelque chose ne va pas. Ça dénote et, si Vincent ne le comprend pas tout de suite, c'est qu'il a l'attention puérile focalisée sur sa personne et son tempérament. Il n'écoute pas vraiment. Il est forcé de voir la fuite de son regard, les mots qu'elle abandonne avec du soulagement. Mais ça ne fait pas sens. Pourtant, il sait. Toutes les choses qu'il aurait déjà dites, la langue acérée, la rogne soulevée, s'il ne soupçonnait pas le message derrière les mots... Pour gagner du temps, il se frotte la tempe. Ça avoue son embarras et son défaut d'intelligence. S'affairant à un exercice qu'il maitrise mal et qui, pour le moment, lui paraît insoluble, il est tout près de se froisser, et d'éclater d'indignation, quand il dit : « Je comprends pas. » Cet aveux lui coûte autant qu'à Evey. Son ton, laconique et prudent, s'en ressent. Il n'aime pas le dire, mais il le fait : un fragment d'humilité logé dans le système central, il flaire la gravité et s'il s'en veut (pour lui-même ou pour elle) de ne pas percuter l'essentiel des phrases élusives. « T'essaies de dire quoi ? Il t'a fait un truc ? » Comme on l'attend bêtement d'un frère, Vincent se redresse et s'apprête à quoi faire, au juste ? Sa comédie ne dure pas longtemps. Ça n'est pas ça. Et que viennent foutre les autres là-dedans ? « Tu lui as fait un truc ? T'as buté quelqu'un ? Merde, Evey ! T'as fait quoi ? » D'abord, un rai de colère mais, tout au fond, et qui déborde, c'est une voix désemparée qui triomphe à sa plainte.

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Mer 24 Fév - 14:01
Un peu tassée sur elle-même, Evey attend une réaction de son frère. N’importe laquelle, pourvu qu’il brise le silence, qu’il réagisse d’une quelconque façon. « Je comprends pas. » Ce n’est pas vraiment ce qu’elle espérait, alors elle se tourne vers lui et plante ses yeux encore mouillés dans ceux de son frère. Elle n’y trouve pas de trace de colère, de mépris ou d’agressivité. Elle ne sait pas vraiment ce qu’elle y trouve, mais ça lui procure un bref réconfort – au moins semble-t-il prêt à l’écouter et à l’entendre ; au moins semble-t-il prêt au dialogue. « T'essaies de dire quoi ? Il t'a fait un truc ? Tu lui as fait un truc ? T'as buté quelqu'un ? Merde, Evey ! T'as fait quoi ?
-Non, Vincent, non ! elle s’exclame consciente du trouble qui s’empare de son frère et qu’elle veut s’empresser d’apaiser. Sa main attrape la sienne, qu’elle serre brièvement pour le rassurer vaguement. Non, c’est rien d’aussi grave. D’ailleurs… c’est rien de grave. Je crois… ».
Evey s’interrompt un instant. Sa poitrine se soulève et s’affaisse aussi lentement qu’elle lui ordonne tandis qu’elle s’applique à organiser ses pensées, de laisser de côté la peur de la révélation et l’angoisse de la réaction. Dans sa paume, elle sent toujours la main de Vincent qu’elle n’a pas tout à fait lâché, mais qu’elle n’enserre pas vraiment non plus. S’il veut se libérer, il peut tout à fait ; même si ce contact si léger soit-il la réconforte un peu. Evey pivote sur elle-même pour faire face à son frère, et ses yeux accrochent les siens. Et comme elle n’y lit rien d’hostile, elle se lance. Plus tard, elle pourra se réjouir de tout ce qu’elle n’a pas repéré en lui qu’il lui oppose de coutume. Pas maintenant, pas dans l’immédiat : son esprit est trop agité pour ne serait-ce que vraiment remarquer ces détails.

« J’ai rien fait Vincent. Je ne lui ai rien fait. Et il ne m’a rien fait. C’est juste… Je ne suis pas amoureuse. Je pensais, je voulais me persuader que oui, qu’un jour, ça viendrait. Je ne suis pas amoureuse de lui, et ne j’ai jamais été amoureuse de ceux d’avant. Je ne tombe pas amoureuse des hommes. » C’est ce qu’elle arrive à sortir de plus près de la vérité et de moins sibyllin ; poser de vrai mots se révèle encore trop compliqué et effrayant. Un bref sourire gêné apparaît sur son visage tandis qu’elle dévisage complètement Vincent. Evey a besoin d’un allier. Et, si rien ne les relie, son instinct lui hurle que son frère sera le meilleur soutien qu’elle pourra trouver. L’idée de quitter Lawrence ne lui a pas encore traversé l’esprit pourtant, et encore moins celle de le révéler à ses parents. C’était juste un besoin vital de le sortir, de poser des mots pour mieux le réaliser et peut-être commencer à vraiment l’accepter. L’image qu’Evelyn Talbot montre d’elle n’est que celle qu’elle s’est fabriquée depuis des années : lisse et imperméable ; celle qu’elle peut contrôler à volonté pour se fondre dans ce qu’elle imagine être ce que les autres attendent d’elle. Si elle est honnête envers elle-même, Evey doit bien avouer qu’elle l’a su, un jour, il y a quelques années, et que terrifiée, elle a préféré l’oublier et le masquer le mieux possible. « Je… Tu es le premier à qui je le dis », elle confesse d’une voix plus effacée. Et soudain, c’est évident. Elle n’attend de lui qu’une marque de confiance, mais si elle ne montrait d’elle que cette image tronquée, comment pouvait-elle espérer qu’il la prenne au sérieux quand elle se montrait de bonne foi. Elle voulait de la confiance et de la franchise sans jamais rien vraiment en montrer. Pas qu’elle n’a jamais été sincère dans tout ce qu’elle lui avouait, mais c’était cette Evey fausse qui lui disait. Cette première pierre, ça a toujours été à elle de la poser, plutôt que de l’espérer vainement. « Je voulais que tu sois le premier à le savoir. » Et c’est quand elle prononce ces quelques mots, sans bafouiller, sans perdre ses moyens, qu’elle réalise combien ils sont vrais.

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Jeu 25 Fév - 11:29
Il veut bien essayer, faire semblant d'être un frère pour sa sœur et organiser plus longtemps le mensonge. Néanmoins, c'est à Evey de le guider et d'initier ces mécaniques qu'il ignore ou qu'il a oubliées à force de ne plus les mettre en œuvre. Et, là, elle hésite tant et tant, par des chemins et des détours dont il s'exaspère toujours plus, qu'elle malmène l'enfant mentalement altéré qui réside en Vincent. Bien sûr, elle choisit constamment ses mots, pèse leur sens et leur violence, de crainte de le voir détaler avant la conclusion. Pourtant, cette fois, on dirait que c'est elle qu'elle cherche à épargner. Ce renversement des habitudes (car, malgré tout, ils en ont quelques unes) perturbe Vincent, qui ne sait ni comment se comporter ni quelle question poser. Il lui semble que c'est bien l'un de ces moments, où une phrase étudiée et logiquement placée débloque la valve du reste. Est-ce qu'il a envie de tout entendre ? La substance l'indiffère certainement, mais cette attente le dévore, à présent. Il n'en peut plus de ce climat idiot, et anxiogène, où Evey se débat avec une chose, qu'il en est sûr, elle peut combattre. S'il est encore loin de le réaliser, ils s'en rapprochent. Mot après mot, elle se délivre. C'est corporellement explicite, et son frère la connait trop bien pour ne pas le voir avant de l'entendre. Stupéfait par la clarté avec laquelle, soudain, il la décrypte et peut la lire, il se garde bien de l'interrompre. Il entend, certes. Il écoute, aussi. Mâchant ses pensées et ses réactions, Vincent s'essaie aussi à la maitrise de ses expressions. Rester impénétrable lui demande un effort qui biaiserait sa concentration alors, lentement, il cède et se dévoile. Et, à ce propos, il passe par toute une série d'émotions si différentes qu'il ne parvient pas à retenir les dégâts qu'elles lui font... De la tristesse, de l'amusement, de la colère, du sarcasme, de la crainte, une appréhension plus sommaire, puis un haussement d'épaules de sa conscience, et encore de l'acidité, mêlée à l'écoeurement. Assis, il pivote doucement vers elle. Il se remet chaque mot en mémoire, s'assure qu'il a compris leur sens, leur portée, et tous ces éléments qui pétrifient sa sœur. Plus tard, il déglutit, un grand besoin de s'hydrater sans savoir où et comment il a pu égarer sa salive. « Attends, mâche-t-il sa langue en s'organisant un délai supplémentaire. Tout ça, c'est pour dire que t'es gay ? » Elle voulait le lui dire en premier et, pour prime témoin qu'elle prend et prime jugement qu'elle reçoit, il n'y aurait pire que lui. Pour la vie qu'il a menée et les individus avec lesquels il a frayés, Vincent se fiche bien de cette vérité. Son exploitation, sa découverte et son théâtre, eux, le heurtent beaucoup plus. « Tu te fous de moi ? » Dans son indignation, il y a un rire. Sa récréation est vaguement tempérée par la surprise. De tout ce qu'il a pu imaginer, ce coming-out est bien sa dernière supposition. D'abord, parce que ça ne sied pas bien à sa soeur (c'est affreusement curieux d'envisager autre chose que Monsieur-Parfait-Et-Tellement-Pas-Intéressant Evelyn Talbot), ensuite parce que tout ce manège devait sûrement conduire à un événement dramatiquer. Et, définitivement, pour Vincent, aimer baiser des filles n'a rien de dramatique. « Hin, il affiche un air doucement moqueur. Tu l'as pas dit aux parents parce que tu sais qu'ils vont t'envoyer dans une clinique à la con... » La cruauté est absente, parce qu'il se figure malgré tout l'ampleur d'une telle révélation pour Evey elle-même. Pourtant, il ne parvient pas tout à fait à lui pardonner. Et, sa revanche, il la prend en poursuivant d'une bouche balafrée de sarcasme : « Peut-être qu'ils vont préférer l'église de Dieu ne déteste pas les pédés, mais quand même, tu sais pas. Il y a aussi la possibilité, fait-il après un moment d'une réflexion affichée, qu'on SOIT PLUS DANS LES ANNÉES CINQUANTE. » Vincent rejette la main d'Evey, et il se relève immédiatement. « Non mais c'est quoi ton problème ! »

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MessageSujet: Re: On se parle. On s'écrie même.    Dim 6 Mar - 16:04
Péniblement, Evey essaie de comprendre la réaction. Sa colère subite, son sarcasme, sa rancune. Et, Evey ne comprend pas, ça ne fait pas sens du tout. Pourtant, elle essaie de trouver pourquoi il se plonge subitement dans un tel état. Pourquoi, d’un coup, il la rejette ? Encore à l’instant, il semble à la jeune femme qu’elle paie pour ces années de relation gâchée. Il s’est relevé pour mieux s’exclamer, et ce faisant, Evey s’est tassée sur elle-même, particulièrement effrayée par cette réaction, sa violence et sa soudaineté. Non, définitivement, ce n’est pas du tout ce à quoi elle s’attendait en allant trouver Vincent et en lui confiant ce qui lui pesait sur l’âme depuis trop de temps, ce qui empêchait probablement qu’ils se rencontrent et se connaissent vraiment. Ça lui laisse un arrière-gout amer sur la langue et dans le fond de la gorge, mais plus que tout, Evey s’éteint. Littéralement. La peur, la tristesse, le soulagement refluent pour laisser place à une lassitude pesante. Elle ne lui répond rien : c’est vrai, c’est quoi son problème ? C’est entièrement sa faute, c’est elle qui s’invente depuis des années, un personnage et une vie qui ne sont pas elle. « Je sais pas… » elle répond alors d’une voix totalement éthérée. En prenant appui sur ses mains, elle se redresse à son tour et fait face à son frère. « J’ai un problème ? » Bien sûr, ce n’est pas une vraie question, mais se faisant, elle a planté ses yeux dans ceux de son frère pour essayer de trouver des réponses et de comprendre ses états d’âme, les raisons de cet agacement. Mais, pas bien sûre de savoir ce qu’elle y lit, Evey abandonne bientôt l’exercice, contemple un moment le béton en silence, avant de reprendre complètement démunie. « J’te l’ai dit à toi. Parce que je pensais que tu comprendrais pourquoi j’ai rien dit. Parce que… j’avais personne à qui le dire. Parce que je suis terrifiée. J’me fous pas de toi. » Et dans cette scène ridicule où les rôles sont inversés, c’est elle qui fuit cette fois. Trop fébrile pour courir, elle se détourne néanmoins. L’idée qu’elle ne connait pas le dédale des couloirs à moitié détruit de l’immeuble ne la traverse jamais : elle se perdra c’est certain, mais le malaise à cet instant et si grand qu’elle ne supporte pas vraiment de faire face à Vincent et sa masse de réactions et de sentiments tous plus contraires les uns que les autres.

Confuse, elle avance à pas lents et attend à peine d’avoir tourné d’un coin de béton pour se laisser à nouveau glisser le cul au sol et le dos contre le mur froid et humide. Elle voudrait comprendre, elle voudrait que ce soit facile, elle voudrait ne plus être dans cet état. Mais, surtout, Evelyn n’est pas prête à retourner au quartier général, à affronter les autres, à devoir répondre de l’absence des trois éclaireurs avec qui elle est partie. Épuisée, elle choisit de rester là, de fermer les yeux et de se concentrer sur le bruit de la pluie qui tombe de plus en plus drue au fur et à mesure que les minutes passent.

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