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 Don't turn away now
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MessageSujet: Don't turn away now   Lun 22 Fév - 1:05
Je ne savais pas vraiment pourquoi j'avais fait ça, pourquoi après des jours d'hésitation devant mon téléphone j'avais fini par appeler et prendre ce rendez-vous, tout comme je ne comprenais pas vraiment pourquoi je m'y présentais aujourd'hui alors qu'une partie de moi n'avait cessé de tenter de me dissuader d'y aller, me disant qu'elle ne m'aiderait pas, que tout serait pire ensuite, que se confier, se dévoiler même à une professionnelle n'apporterait que des malheurs.
Et même encore à présent alors que j'avais pris place dans la salle d'attente du cabinet ces voix ne cessaient pas,  me répétant de fuir, de m'en aller tant qu'il était encore temps, que personne ne viendrait me chercher de toute façon mais je ne bougeais pas, étrangement, je fixais le mur en face de moi et n'esquissais pas le moindre geste.
Peut être que l'autre partie de moi avait fini par gagner la bataille finalement, la partie raisonnable, celle qui ne voyait pas dans l'autre un danger mais une aide que je me devais d'accepter, si ce n'est de demander.
Cette partie de moi qui me poussait à ouvrir le yeux et à être réaliste sur ma situation.
J'étais un gosse de 24 ans, orphelin, à la tête d'une fratrie de cinq sœurs, père adoptif d'un bébé, je n'avais qu'une amie dans mon entourage, parlait encore anglais de manière hasardeuse, travaillait de nuit en tant que serveur, avait fait un séjour en hôpital psychiatrique et avait survécu à la fusillade de Chicago. Si la majeure partie du temps je vivais avec ça, ou du moins je me débrouillais pour ne pas trop y penser, cela restait beaucoup pour un seul homme et parfois soudainement je me mettais à paniquer, j'avais l'impression de me noyer complètement, de perdre la raison, comme avant.

Avant...Quand j'avais fini interné, au bord du suicide. Ce qui m'avait perdu à l'époque, avait été de ne rien dire, de tout garder pour moi, de m'imaginer que je pouvais tout encaisser éternellement en silence, alors même si une partie de moi, la partie pudique pour qui dévoiler sa vie et ses sentiments était une mauvaise chose, me suppliait de m'enfuir loin d'ici, d'oublier ce rendez vous, je la forçais au silence, je ne pouvais pas me permettre de faire deux fois la même erreur, pas maintenant, pas maintenant que j'avais Rafael à élever.
Il était venu au monde par erreur, parce que ma sœur avait ignoré sa grossesse jusqu'à la fin, il était venu au monde à la pire des époques alors que l'Humanité était en train de perdre pieds, alors que tout le monde mourrait à cause de ce jeu que même moi je ne pouvais quitter, il était venu au monde à l'aube d'une ère nouvelle qui s’annonçait des plus incertaines. Toute sa génération allait devoir grandir rapidement sans adultes, rebâtir un monde à partir des cendres du nôtre, que nous avions détruit de notre propre main, je n'étais que trop conscient d'être condamné par le jeu, de n'avoir que peu de temps à vivre, peu de temps devant moi pour lui transmettre les valeurs et les messages que j'estimais nécessaires pour son futur, pour le futur de tous, je ne pouvais plus perdre ces quelques mois, années tout au plus à me lamenter, j'avais besoin de me faire aider, pour l'aider lui, pour le sauver, pour tous les sauver.

Je fixais le mur en face de moi, respirant doucement, même si ce rendez-vous m'angoissait je devais rester digne, rester calme, ne pas bouger, ne pas être lâche, c'était un combat acharné et impitoyable contre moi-même, combat que je ne gagnais finalement qu'en entendant  mon nom.
Je me levai et souris à la psy d'un air aimable, j'avais remporté une bataille, mais je n'avais pas encore gagné la guerre.

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Sam 5 Mar - 22:16

DON'T TURN AWAY NOW
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Les patients s'enchaînaient. Des patients qui n'avaient plus rien à quoi s'accrocher. Ida essayait tant bien que mal de leur rendre ce qu'ils avaient perdu: l'espoir. Elle essayait de les faire sourire ne serait-ce qu'une simple minute. Le sourire de ses patients n'avait pas de prix. C'était mieux que d'être payée en liquide. Il n'y avait rien de mieux. Profitant d'une pose, elle se mit à regarder par la fenêtre se laissant aller à la mélancolie. A la nostalgie. A la tristesse. A la culpabilité. Ses pensées allèrent à Aed. Son Aed. Elle n'avait eu aucune nouvelle de lui depuis leur dernière rencontre au QG des GAIA. Elle ne pouvait arrêter de se demander s'il n'avait pas perdu sa dernière vie dans l'incendie qui avait ravagé ce fameux lieu. Ce lieu qu'elle avait, autrefois, appelé foyer. Même si la Cabane d'Hener était un sacré endroit, elle ne pouvait s'empêcher de regrette l'usine désaffectée. Il lui manquait aussi Aed. Tous les jours, elle espérait qu'il allait revenir et l'embrasser comme un fou dans son bureau. Cependant, il ne le faisait plus et Ida commençait à perdre espoir alors qu'elle essayait d'en donner aux gens qui venaient la voir pour se soigner de leurs maux. Ses mains tenaient fermement la tasse de thé alors que ses yeux ne quittaient pas une seule seconde la rue. Comme chaque jour, les allées et venues des habitants du North Side étaient nombreux, à croire qu'ils ne travaillaient pas. Elle fut sortie de ses pensées par le retentissement de la sonnette qui lui indiquait qu'un nouveau patient était arrivé. L'espionne posa sa tasse sur le bureau et prit son agenda pour voir qui il était. Alessio Morales. Elle ne l'avait jamais vu auparavant et espérait pouvoir l'aider là où d'autres n'avaient pas réussi.

Ida se leva et s'avança pour venir ouvrir la porte de son bureau. « Alessio Morales?, demanda-t-elle en regardant le jeune homme qui était assit sur une des chaises de la salle d'attente. Comme seule réponse, il se mit sur ses pieds et commença à marcher en lui souriant. Elle se décala pour le laisser passer après lui avoir rendu son sourire. Fermant la porte derrière elle, elle alla s'installer sur la chaise de son bureau. Asseyez-vous, je vous en prie. Sa main montra une chaise qui se trouvait juste en face d'elle. S'installant, elle le regarda un long moment tout en reprenant sa tasse thé avec une de ses mains pour se réchauffer. Il fait froid, vous ne trouvez pas? Elle lâcha la tasse et sourit à Alessio avant de poser les yeux sur l'agenda qui se trouvait sur son bureau, sans vraiment le lire. C'est la première fois que je vous vois et je tiens à vous dire qu'avec moi, vous n'aurez pas à parler si vous n'en avez pas envie ou si c'est trop dur pour vous. Ses yeux rencontrèrent ceux de son patient. Sur son visage, on pouvait toujours y voir ce fameux sourire. Elle ne le quittait jamais. Ou presque. Commençons par le plus simple. Parlez moi de vous. Parlez moi de tout ce qui vous passe par la tête vous concernant. »

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Dim 13 Mar - 4:23
Obéissant à la psychologue, je pris place en face d'elle, incapable toutefois de la regarder, laissant mes yeux vagabonder dans la pièce, tout analyser, les murs, les fenêtres, la porte, notant mentalement chaque petit détail, chaque point de sortie possible, j'avais besoin de me rassurer, de me familiariser avec le lieu, de reporter mon attention sur autre chose que l'instant présent.
Si je pensais à l'instant présent, ne serait-ce que quelques secondes je risquais tout simplement de me lever et de partir en courant sans me retourner.
Même si j'avais conscience d'avoir besoin de parler, pour ma propre survie et ma propre sécurité, il n'en restait pas moins que j'étais complètement paniqué, mordant mes lèvres, jouant avec l'alliance de ma mère que je portais toujours autour du cou, tant de petits réflexes pour me protéger et me calmer qui ne devaient pas échapper à la spécialiste qui se voulait pourtant rassurante, souriant calmement, m'expliquant qu'avec elle je n'étais pas forcé de parler si je n'en avais pas envie, ou si c'était trop difficile pour moi, m'encourageant ensuite à parler de moi, à essayer de dire tout ce qui me passait par la tête me concernant, et même si elle avait qualifié ça de simple, je ne voyais pas d'exercices plus compliqué, j'avais toujours été très mauvais pour me présenter et toujours médiocre pour parler de moi, je ne me trouvais juste pas assez intéressant pour qu'on me porte ne serait-ce que quelques secondes d'attention.
Pourtant je tentai de faire un effort, de me plonger dans mes souvenirs pour trouver quelque chose à raconter, arrêtant momentanément de jouer avec mon collier pour me concentrer, me laisser submerger.  

Je voyais les images défiler dans mon esprit comme un film, l'histoire de ma vie. Je voyais l'Espagne, cette vie que j'avais tant idéalisée par la suite, une famille nombreuse, peu d'argent, des vieilles valeurs dépassées, leur impossibilité à accepter mon homosexualité mais beaucoup d'amour, malgré ça, ces souvenirs là étaient dans les plus beaux, ceux que j'aimais me rappeler, ceux que j'aimais raconter à Rafael avant de le coucher pour qu'il sache d'où il venait. Mais ensuite venait la mort de mon père quand j'avais 18 ans qui avait mis fin à ces années de bonheur, le déménagement aux Etats-Unis, mon incapacité à m'intégrer et à communiquer, la dépression de ma mère puis son suicide juste sous mes yeux trois ans plus tard, ensuite les années de misère, un simple salaire de serveur pour faire survivre mes sœurs, ma propre dépression et ma propre tentative de suicide sous les yeux de Ruben, mon copain de l'époque, l'hôpital psychiatrique, ma sortie, la fusillade, la naissance de mon neveu, mes sœurs en internat et une nouvelle vie qui me tendait les bras mais dont j'avais pourtant affreusement peur, peur de tout louper encore une fois, peur de décevoir, peur de rechuter, aussi perdu qu'un survivant au milieu d'un champ de bataille, un fantôme errant au milieu des cendres du passé.

Je relevais les yeux vers la psychologue qui me regardait, respectant mon silence, cherchant des mots pour exprimer tout ça, pour synthétiser mais rien ne venait, je soupirais, me passant une main devant sur le visage, un sourire triste sur les lèvres.

« Et on fait comment si j'arrive pas à parler ? »


On allait rester là à se regarder dans le blanc des yeux, à attendre qu'enfin j'arrive à me confier et à dire ce qui n'allait pas chez moi, ou alors elle avait des techniques de super-psy pour m'aider ?

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Dim 10 Avr - 22:41

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Certains patients étaient plus difficiles à percer que d'autres. Et, parfois, Ida souffrait avec eux. Pour une psychologue, ce n'était pas bien malin mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Son côté émotif ressortait dans toutes les situations. Elle s'empêchait de pleurer lorsqu'ils se mettaient à le faire en face d'elle. Cependant, au moment où elle avait fermé la porte de sa maison, les larmes se mettaient à couler sur son visage. Fredian lui disait parfois que son travail la brisait plus qu'elle ne l'était déjà, et, d'une manière ou d'une autre, il avait raison. C'était juste qu'il n'y avait pas que cela. Ida voulait se sentir utile. Elle voulait aider ceux qui sentaient le besoin d'être aidé et son cœur se remplissait d'une chaleur indescriptible lorsqu'ils étaient guéris de leur souffrance. Sa seule fierté était de rendre le sourire aux hommes et aux femmes qui franchissaient le pas de son bureau. Elle comptait le faire avec Alessio. Ce jeune homme qui était marqué par toutes ces années de douleur. Sans vouloir, elle se mit à repenser à Aed. Celui qu'elle avait aimé et qu'elle aimait toujours. Elle se rappelait de la première fois où elle avait vu rentrer dans son cabinet. Il était brisé, lui aussi. A vrai dire, la GAIA l'avait brisé un peu plus et elle n'arrivait pas à se le pardonner.

Reprenant ses esprits, elle regarda son patient avec attention. Il semblait anxieux et elle comprenait parfaitement. Elle aurait ressenti la même chose si elle avait été à sa place. La vérité était qu'il ne semblait pas seulement anxieux mais qu'il l'était. Tous les signes étaient là. Les mains de l'espionne serrèrent un peu plus fort la tasse pour se réchauffer tandis que ses iris ne quittaient pas le visage d'Alessio. Elle savait qu'il faisait un effort surhumain pour essayer de chercher quoi dire. Généralement, cet exercice était facile pour les patients. Ils sortaient des informations de base comme leur date de naissance ou alors le travail qu'il faisait. Mais, certaines fois aussi, c'était plus compliqué. Ida laissa le temps à son patient de réfléchir, respectant son silence jusqu'au bout. Elle aurait attendre pendant des heures, cela ne la dérangeait pas. Elle voulait qu'il parle de lui-même que cela prenne une heure, deux heures, une journée ou bien plus encore. Lorsqu'il releva les yeux vers elle, elle comprit qu'il cherchait ses mots. Un soupire s'échappa de ses lèvres et elle hocha la tête sans rien dire avec un sourire compatissant sur les siennes. « Et on fait comment si j'arrive pas à parler ? » « Je vais vous poser des questions. Si vous n'arrivez pas non plus à y répondre, on passera à autre chose. N'oubliez pas que je ne vous oblige à rien. Elle rangea une de ses mèches rebelles à son oreille. Si vous n'arrivez pas à parler, ne vous prenez pas la tête. Ce n'est pas grave. Ida croisa ses bras à sa poitrine, toujours un rictus aux lèvres. Comment s'est passé votre journée? Vous avez vécu un évènement qui vous a marqué plus qu'un autre? »

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Mar 12 Avr - 5:36
Malgré de longues minutes de réflexion et une bataille acharnée contre moi-même pour essayer de forcer les mots hors de ma bouche, j'avais dû me rendre à l'évidence et assumer mon échec devant la thérapeute, j'étais complètement incapable de parler de moi, je savais quoi dire, ce n'était pas le problème mais les mots ne voulaient pas sortir, comme si j'avais au fond encore peur de ce qu'elle pourrait s'imaginer, peur qu'elle me renvoie en hôpital psychiatrique alors même que je me battais avec succès tout les jours depuis ma sortie pour ne pas retomber dans mes vieux travers, pour ne pas recommencer à me faire du mal volontairement.
Heureusement elle était compréhensive, elle ne me jugeait pas sur mon incapacité à parler, à réussir un exercice aussi simple que ça m'adressant même un léger sourire compatissant, comme pour me dire qu'elle me comprenait, que je n'étais pas seul, du moins, pas entièrement, avant de me proposer une autre solution, une autre alternative, elle proposait de me poser des questions,soulignant bien le fait que ce n'était pas grave si je n'arrivais pas à parler, qu'elle ne m'obligeait pas...Le problème restait que moi je m'obligeais, j'étais peut être trop exigeant envers moi-même mais je ne voulais pas me contenter d'être juste dans un état jugé correct pour vivre sans représenter un danger pour moi-même, je voulais juste être heureux, pouvoir sourire à nouveau sincèrement, pouvoir vivre à nouveau sans craindre quoique ce soit, sans pensées glauques et sans souffrances. La souffrance rendait humain jusqu'à un certain point, arrivé au point que j'avais connu la souffrance finissait juste par prendre possession de vous, par vous dévorer jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de vous.
Ce fut la voix de la psychologue, toujours aussi calme, qui me sortit de mes pensées en douceur

"Comment s'est passé votre journée? Vous avez vécu un événement qui vous a marqué plus qu'un autre? "

Je la regardai, presque étonné par la simplicité de cette question là et en même temps soulagé de savoir que cette fois je n'allais pas devoir garder le silence bien longtemps avant de pouvoir me lancer dans une réponse, juste le temps de me remettre des quelques secondes de surprise et j'étais prêt.

« Elle s'est bien passée. Je suppose en tout cas, il m'arrive jamais rien d'extraordinaire ou de marquant à vrai dire, les journées sont toutes les mêmes, je m'occupe de mon neveu, je le laisse chez sa marraine et le soir je travaille, c'est tout »

Je remarquais seulement après que ma réponse pouvait paraître presque blasée, lassée, comme si j'en avais marre de cette routine que je m'imposais, ce qui n'était peut-être pas entièrement faux au fond, même si je me forçais à croire le contraire

« Je m'en plains pas hein, enfin pas vraiment. Selon les personnes qui s'occupaient de moi quand j'étais encore interné c'est ce dont j'ai besoin, d'une routine, pour ne pas recommencer à refaire les mêmes choses qu'avant mais...Je sais pas c'est juste un peu ennuyeux je trouve »

C'était carrément emmerdant à vrai dire plutôt...

« En fait c'est même pas juste ennuyeux, c'est une mort au ralenti qu'on m'impose, j'aimerais juste pouvoir avoir un peu de spontanéité dans ma vie, pouvoir vivre normalement, sortir, ressentir des choses, je suis sorti de l'hôpital en Octobre et j'ai l'impression d'y être encore, c'est fatiguant. »

Je m'arrêtais soudain après cette tirade, remarquant que la spécialiste ne s'était pas trompée, parfois avec une simple question à première vue innocente, les gens arrivaient à se libérer.

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Sam 7 Mai - 22:46

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Ida voyait bien que l'homme devant elle faisait un effort surhumain pour laisser sortir les mots de ses lèvres. Elle n'allait pas le forcer. Jamais. C'était sa bataille et elle était juste là pour l'aider à dire merde. A commencer à la gagner. Evidemment, après cela, il ne sera pas encore victorieux puisque la guerre ne sera pas encore gagnée, mais il aurait déjà fait un grand bout de chemin. Ida décida finalement de lui poser une question simple qui ne lui prendrait pas la tête plus que cela ne devrait. Elle put lire dans ses yeux l'étonnement qu'elle lui procurait puis le soulagement qu'il ne cachait pas. « Elle s'est bien passée. Je suppose en tout cas, il m'arrive jamais rien d'extraordinaire ou de marquant à vrai dire, les journées sont toutes les mêmes, je m'occupe de mon neveu, je le laisse chez sa marraine et le soir je travaille, c'est tout. L'espionne hocha la tête comme réponse. Un neveu. Elle allait pouvoir en parler dans la suite de la séance. Elle ne dit rien sur le fait qu'il avait l'air d'être lassé puisqu'elle savait qu'il l'était. Lassé de la vie. Des souffrances comme des petits bonheurs. A bout d'un moment, il n'y avait plus rien qui donnait envie de continuer et ce sentiment, elle le connaissait aussi. C'était peut-être ça qui la rapprochait autant de ses patients. La plupart du temps, elle comprenait ce qu'ils ressentaient. Je m'en plains pas hein, enfin pas vraiment. Selon les personnes qui s'occupaient de moi quand j'étais encore interné c'est ce dont j'ai besoin, d'une routine, pour ne pas recommencer à refaire les mêmes choses qu'avant mais... Je sais pas c'est juste un peu ennuyeux je trouve. En fait c'est même pas juste ennuyeux, c'est une mort au ralenti qu'on m'impose, j'aimerais juste pouvoir avoir un peu de spontanéité dans ma vie, pouvoir vivre normalement, sortir, ressentir des choses, je suis sorti de l'hôpital en Octobre et j'ai l'impression d'y être encore, c'est fatiguant. » Elle ne s'était pas trompée. Une question d'une simplicité étonnante pouvait aider les gens à se confier. A raconter des choses qu'ils ne pensaient pas pouvoir sortir de leur bouche. « Oubliez ce qu'ils vous ont dit. Je ne veux pas critiquer mes collègues, loin de là, mais ils ne savent pas tout. Moi non plus, d'ailleurs, mais je sais qu'il faut que vous fassiez ce que vous voulez. Vous n'aimez pas la routine? Chassez la. Faites les choses que vous voulez. Peu importe ce que vous avez pu faire dans le passé, vous savez, maintenant. Vous n'êtes pas parfaits. Vous avez fait des erreurs. Moi aussi, j'en ai fais. Tellement que je ne pourrai pas me rappeler de toutes. Ida prit une pose avant de reprendre. Elle ne voulait pas ennuyer son patient mais il sembla que ce n'était pas le cas alors elle se permit de continuer. Dites merde à l'hôpital. A vos démons. Vous êtes encore en vie alors vivez. Vous m'avez parlé de votre neveu, non? N'avez vous pas l'impression que cet enfant, je suppose que c'est un enfant, est en vie et pas vous? Elle lui sourit. Prenez exemple sur les enfants. Sur votre neveu. Pas sur ces idiots de médecins. » La façon dont Ida parlait de ses collègues pouvaient être surprenante au premier abord. Au fond, toute sa vie, elle n'avait jamais apprécié les gens qui exerçaient son métier. Elle s'était promise de ne jamais leur ressembler. D'être une psychologue qui cherchait vraiment à aider les personnes qui venaient lui demander de l'aide et non pour faire simplement son travail.

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Lun 9 Mai - 3:50
J'étais assez étonné, de voir qu'il avait fallu une simple question sur ma journée pour que soudain je me mette à parler et à révéler certaines choses que j'avais jusque là gardées inconscientes, le poids de cette routine imposée, l'ennui de cette vie trop cadrée, aseptisée et mon envie de contourner les recommandations des psychologues pour pouvoir vivre, vraiment, avoir le droit de profiter pleinement de la chance que j'avais d'être ici, et, alors que je m'attendais à entendre un énième discours sur le bien fondé des journées répétées, à entendre une énième fois que dans un cas comme le mien c'était la seule solution pour rester stable et ne pas replonger, je fus surpris d'entendre la femme en face de moi rejeter avec naturel et simplicité le méthodes de ses confrères, me conseillant  d'oublier tout ce qui m'avait été dit jusque là, pour simplement faire ce que je souhaitais, ce qui me faisait envie. Elle me conseillait de dire merde, à l'hôpital, au passé, à mes démons, pour simplement profiter pleinement de la seconde chance qui m'avait été accordée, parce que je le croyais, plus que tout, si ce jour là je n'avais pas réussi à me tuer, c'était parce que mon heure n'était pas encore arrivée parce que j'avais encore des choses à faire ici bas, des choses à vivre, à découvrir, parce que je n'avais que 24 ans et que la vie avait encore tellement à me proposer.
Je souris, sincèrement, depuis la première fois depuis le début du rendez-vous, parce que j'avais compris, qu'elle était différente des autres, qu'elle, elle savait, elle comprenait, ce que c'était d'avoir tout perdu, d'avoir été lassé de tout, au point de presque abandonner, elle n'essayait pas de me faire croire qu'elle était parfaite, contrairement aux autres, elle était juste là, devant moi, sincère, imparfaite, juste un être humain comme les autres que je n'avais pas besoin de vénérer.

« Rafael a seulement 4 mois, il fait pas encore grand chose pour le moment»

Et pourtant, elle avait tout de même raison, même si les possibilités d'action d'un bébé de 4 mois restaient assez limitées, il avait l'air bien plus libre que moi, plus heureux, plus innocent et au fond lorsque je disais qu'il ne faisait rien c'était faux, il me rendait heureux, et pour un petit être qui ne parlait même pas, c'était déjà un exploit à la hauteur des plus grands de ce monde. Je soupirais, sans me départir de mon sourire.

«Je voudrais pouvoir reprendre le karaté, j'en ai fait 12 ans, quand je vivais encore en Espagne et je dois avouer que ça me manque »

Mais là encore les médecins avaient en octobre dernier refusé que je reprenne, et il était temps, temps que je les envoie au diable et que je décide ce qui était bon pour moi, c'était ma vie après tout et dans les circonstances actuelles je ne pouvais pas être sûre qu'elle durerait infiniment alors je me faisais la promesse, ici et maintenant, de ne plus la perdre pour satisfaire quelqu'un d'autre que moi-même et les personnes qui comptaient, les autres, ils pouvaient toujours crever

« Vous êtes différente. Des autres psy que j'ai croisé je veux dire, mais je crois que je vous aime bien »

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Dim 22 Mai - 18:03

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La vie n'était pas un long fleuve tranquille. Ni rose avec des paillettes. Il fallait se battre contre elle - essayer, du moins. Certains y arrivaient plus que d'autres et les patients d'Ida étaient ceux qui croyaient perdre contre elle. Ce n'était pas le cas, loin de là. Ils étaient bien plus forts que n'importe quel personne dans ce monde. Ils souffraient, tombaient et se relevaient. Avec difficulté, certes, mais ils se relevaient tout de même. La GAIA croyait qu'ils pouvaient tous y arriver, gagner le combat, et finir par reprendre une vie normale. Une vie comme il l'entendait. C'était ici que son point de vue divergeait comparé à celui de ses collègues. Ils pensaient tous qu'en faisait des choses comme leurs patients le sentaient, ces derniers allaient replonger. Ce n'était pas ce qu'elle pensait. Elle voulait qu'Alessio se libère et devienne l'homme qu'il voulait. Il n'y avait que lui qui avait le droit de dicter sa conduite. Qui avait le droit de dire oui ou merde. Il fallait qu'il le comprenne et laisse les conseils idiots de ses psychologues s'en aller de ses pensées. A sa tirade, son patient lui répondit avec un sourire. Un vrai. Pas un de ceux qu'il offrait aux gens quand ils lui demandaient s'il allait bien. « Rafael a seulement 4 mois, il fait pas encore grand chose pour le moment. » Elle se mit à rire légèrement, faisant une moue amusée. « J'aurais certainement dû vous demander son âge avant de parler mais l'idée est là. » Un énième sourire s'étendit sur ses lèvres. « Je voudrais pouvoir reprendre le karaté, j'en ai fait 12 ans, quand je vivais encore en Espagne et je dois avouer que ça me manque. » Alessio se dévoilait encore un peu plus sans vraiment s'en rendre compte et elle était heureuse, Ida, de le voir s'ouvrir un peu plus. Elle réussissait à lui montrer qu'il n'était pas une cause perdue mais juste un homme avec un lourd passé. Il fallait qu'il avance et retrouve sa voie. « Reprenez, alors. Croyez-moi, cela vous sera bénéfique. » C'était une certitude. « Vous êtes différente. Des autres psy que j'ai croisé je veux dire, mais je crois que je vous aime bien » Le sourire d'Ida grandit un peu plus, montrant même ses dents. « Merci ? Je vous aime bien également, Alessio. Alors, parlez moi un peu de votre neveu. Comment est-il ? »

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Jeu 26 Mai - 3:59
A la tirade de la psychologue, je n'avais pas pu m'empêcher de sourire, un vrai sourire, sincère et amusé comme j'en adressais trop rarement, le genre de sourire qui rajeunit une personne, qui la rend belle, parce que j'avais compris qu'elle était différente de toutes les autres spécialistes que j'avais pu croiser, moins conventionnelle, plus libre d'esprit, alors je m'étais complètement détendu et j'avais décidé de lui faire confiance.
Elle au moins n'essayait pas de m'assommer à coup de théories pondues par des auteurs morts, enterrés et décomposés depuis des siècles, elle, au moins, ne décidait pas de me faire engloutir une pharmacie complète de médicaments dans l'espoir de ne plus jamais me revoir, non, elle, elle écoutait tout simplement, elle offrait une véritable réponse, une véritable présence face à moi et c'était suffisant pour que j'arrive à parler, à m'ouvrir et me confier comme je ne l'avais jamais fait auparavant
Pas de mensonges avec elle, pas de manipulations ou de discours préparés à l'avance, les mots sortaient seuls de ma bouche sans que je ne les force, dans un discours fluide, assuré. C'était ainsi que je lui avais confié mon désir, pour ainsi dire secret, de reprendre le karaté, cette envie que j'avais en moi depuis des semaines sans oser la formuler.
J'avais été doué à une époque, j'avais été important, j'avais existé autrement qu'à travers les couches, les biberons, les devoirs et même si aujourd'hui je devais assumer ce rôle de chef de famille je voulais être quelqu'un d'autre quelques heures par semaine, retrouver cette passion que j'avais et cette satisfaction d'exister.
En toute sincérité je m'attendais à ce que la psychologue, aussi sympathique soit-elle tente de me dissuader ou de me diriger vers quelque chose de moins risqué, de moins violent mais au contraire, elle m'encouragea dans cette voie et je ne pus m'empêcher de lui dire ce que je pensais, de lui dire à quel point j'appréciais sa différence, cette particularité qui la faisait se démarquer. Elle me retourna le compliment en souriant avant de me demander de lui parler de Rafael, ce qui était là aussi un vaste sujet.
Je pris quelques instants de réflexion, mes yeux se perdant à nouveau dans le vide, fixant sur le mur sans vraiment le voir, avant de me lancer.

« Il s'appelle Rafael, il va avoir 4 mois, il est né le jour de la fusillade, je m'en rappelle parce que j'étais dedans mais je me suis débrouillé pour m'enfuir sans recevoir d'aide médicale juste pour assister à sa naissance. Je sais que c'était un peu inconscient de ma part mais je voulais pas louper ça »

Je lui adressais un petit sourire vaguement coupable, celui d'un enfant qui avait mangé le dernier cookie sans demander la permission et qui passait aux aveux

« C'était pas un enfant désiré, ma sœur a appris qu'elle était enceinte un mois avant sa naissance, elle voulait pas le garder et je voulais pas qu'il soit confié à des inconnus, alors on a décidé que c'était moi qui allait l'adopter »

Ce qui en faisait techniquement mon fils, plus que mon neveu même si je n'arrivais pas encore à vraiment le désigner comme tel

« Ça a un peu chamboulé la fratrie, ma sœur et sa jumelle ont décidé de partir s'installer dans une autre ville, la petite quatrième, Carla a décidé de les suivre puisqu'on ne s'était jamais réellement entendu. Aujourd'hui j'élève les deux plus jeunes et Rafael, et tout se passe bien, c'est un bébé adorable, j'ai vraiment pas à me plaindre de lui »


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Mer 15 Juin - 20:40

DON'T TURN AWAY NOW
alessio morales & ida rothschild.



Lorsque son interlocuteur lui exprima sa volonté de reprendre le karaté, elle n'hésita pas à lui répondre positivement. Elle savait que sa réponse allait le choquer et savait aussi que ses collègues auraient pu ne pas l'apprécier, peut-être même dire qu'elle faisait une faute grave, que ce métier n'était définitivement pas pour elle. Peut-être, qu'au fond, ils n'auraient pas eu tort. Ida n'était pas comme eux parce qu'elle connaissait cette souffrance que pouvait ressentir ses patients. Les enfermer dans une cage ne changerait rien à leur situation si ce n'était de l'aggraver. Ils avaient besoin de vivre. De respirer un nouvel air. D'oublier ses douleurs qui les avaient pu les pousser à faire des choses qui ne leur ressemblaient pas. Même si ce sport était violent, elle ne voyait pas pourquoi elle aurait dû appuyer le fait qu'il ne devait pas recommencer. Alessio ne parlait pas de prendre de la drogue ou d'aller boire jusqu'au malaise à l'autre bout du monde, il parlait d'une passion. De quelque chose qui pourrait certainement l'aider. C'était comme cela qu'Ida voyait les choses. Si c'était être une mauvaise psychologue alors, oui, elle l'était indéniablement.

Son patient ne mit pas longtemps avant de la complimenter en lui disant apprécier sa différence. Si elle ne le montrait pas réellement, elle était touchée. Savoir que ses patients l'appréciaient était bien plus important que n'importe quoi d'autre. Cela lui rendait le sourire quand elle n'allait pas bien. Naturellement, l'espionne lui retourna le compliment. Alessio était touchant parce qu'il avait cette chose qui change tout. Peut-être que, dans un sens, sa fragilité lui rajoutait un charme certain. Il était attachant, c'était une certitude. Puis elle partit sur le sujet de son neveu. C'était en parlant de lui qu'il s'était ouvert à Ida. Cette dernière savait d'expérience à quel point parler des êtres aimés pouvaient aider à s'ouvrir aux autres. Lorsqu'elle parlait de sa famille et surtout de Fredian, elle n'était plus la même. Plus cette jeune femme torturée et renfermée. Elle pouvait passer des heures à parler d'eux et, au final, parler d'elle en même temps sans s'en rendre compte. Alessio prit plusieurs instants pour réfléchir. Elle n'allait pas le brusquer. Jamais. « Il s'appelle Rafael, il va avoir 4 mois, il est né le jour de la fusillade, je m'en rappelle parce que j'étais dedans mais je me suis débrouillé pour m'enfuir sans recevoir d'aide médicale juste pour assister à sa naissance. Je sais que c'était un peu inconscient de ma part mais je voulais pas louper ça. La fusillade. Ida n'y avait pas assisté mais elle en avait entendu parlé. C'était un événement qui resterait à jamais dans son esprit mais dans celui d'Alessio... Cela devait être décuplé. Elle ne pouvait pas imaginer l'horreur que ça avait dû être. Cependant, il ne semblait pas vouloir s'appesantir sur le sujet et elle n'irait pas le forcer à en parler alors elle ne laissa pas son sourire disparaître de son visage. Le sien, coupable, était assez hilarant pour ne pas mentir. Elle aurait pu se mettre à rire mais Ida voulait connaître la suite. Apprendre à connaître cet enfant à travers les dires de son oncle. C'était pas un enfant désiré, ma sœur a appris qu'elle était enceinte un mois avant sa naissance, elle voulait pas le garder et je voulais pas qu'il soit confié à des inconnus, alors on a décidé que c'était moi qui allait l'adopter. Ça a un peu chamboulé la fratrie, ma sœur et sa jumelle ont décidé de partir s'installer dans une autre ville, la petite quatrième, Carla a décidé de les suivre puisqu'on ne s'était jamais réellement entendu. Aujourd'hui j'élève les deux plus jeunes et Rafael, et tout se passe bien, c'est un bébé adorable, j'ai vraiment pas à me plaindre de lui. » Cette histoire était belle et triste à la fois. Ida hocha la tête, montrant son intérêt certain. « Ce n'est pas trop dur de vous en occuper? Elle l'admirait d'une certaine manière. Elle, qui était un peu la mère dans sa fratrie, n'arrivait même pas à gérer son petit frère de seize ans et sa sœur de vingt et un ans. Ida était nulle à ce rôle, dire le contraire aurait été mentir. Vous avez de l'aide? Si non, il était réellement un super héros ou quelque chose comme ça. Si non, la GAIA allait l'admirer plus que de raison. ... Quelqu'un dans votre vie qui est là pour vous épauler, vous soutenir? »

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MessageSujet: Re: Don't turn away now   Lun 20 Juin - 3:53
Parler de Rafael avait toujours été un vaste sujet, délicat aussi car pour comprendre la situation dans toute sa complexité il fallait avant tout comprendre ma famille et son histoire, notre histoire.
Il fallait comprendre que j'étais un jeune homme de 24 ans qui faisait office de père et seule autorité parentale pour mes cinq cadettes depuis la mort de nos parents, il fallait comprendre que je n'avais jamais voulu de ce rôle mais que par la force des choses, par amour pour elles, je l'avais endossé et surtout il fallait accepter le fait que je ne sois pas parfait, que j'ai commis des erreurs dans leur éducation, à commencer par ne pas oser, par gêne, ou par tabou, leur parler de sexe ou de contraception, espérant peut être stupidement, peut être naïvement que l'école, les amies ou les hommes eux-même les informeraient mieux que moi.
Il fallait comprendre que c'était comme ça, pour ça, à cause de ça, de moi que ma sœur était tombée enceinte alors qu'elle ne le désirait pas, apprenant l'existence de cet enfant, son enfant seulement un mois avant sa date d'accouchement.
L'annonce avait eu l'effet d'une bombe sur la famille,bouleversant chacun de nous plus que de raison  et son choix de le faire adopter avait été un choc, plus violent qu'une gifle en plein visage même si ce n'était pas mon bébé moi je le désirais, je ne voulais pas l'abandonner, le laisser entre des mains inconnues, nous avions tous déjà tellement perdu, notre pays, notre père, notre mère, je n'étais pas prêt à le laisser s'en aller lui aussi.
Alors il y avait eu ce compromis, cette adoption et le départ de mes sœurs loin de tout ça, loin de moi, loin de lui, égoïstement j'avais été blessé mais après tout, quand on aime quelqu'un on le laisse aussi s'en aller...

Toute cette histoire n'était qu'une question de compréhension et j'espérais sincèrement que la psychologue allait comprendre qu'elle n'allait ni juger ma sœur pour sa grossesse ou son départ, ni moi pour mon choix, mes choix, mes erreurs.
Encore une fois elle ne me déçut pas, hochant la tête et posant quelques questions en toute simplicité, tellement touchante dans son choix de mots que j'aurais pu en pleurer, pas de jugements, pas d'affirmations, de simples questions, et une douceur, une telle gentillesse, tellement concernée, réellement intéressée.
Je lui souris, ému, parce qu'avec elle j'existais, je n'étais pas une pathologie, un corps à soigner, un esprit à traiter ou une succession de choix à juger, j'étais un humain avec mes forces, mes faiblesses, mon histoire et mes choix qu'elle ne commentait pas préférant juste me demander si ce n'était pas trop difficile comme situation, si j'avais quelqu'un à mes côtés pour m'aider, et, même si depuis toujours les gens autour de moi avaient une forte tendance, à mourir, disparaître ou me trahir, il y avait bien quelqu'un en effet qui ne m'abandonnait pas, toujours fidèle au poste, toujours présente quoique je fasse, Suzanne.

« Ma meilleure amie, la marraine de Rafael m'aide beaucoup depuis sa naissance mais ces trois dernières années, avant de la rencontrer, j'étais seul à m'occuper d'eux »

Je me mordis les lèvres en repensant à ces années passées, au manque d'argent, aux vols, aux dettes qui s'étaient multipliées, à l'électricité coupée, non définitivement ça n'avait pas été facile, mais pourtant c'était loin d'être un échec personnel à mes yeux.
J'avais tout juste 21 ans quand ma mère s'était suicidée sous mes yeux, 21 ans, pas de diplôme, incapable d'aligner trois mots d'anglais et cinq petites sœurs effondrées sur qui veiller, les gens se demandaient souvent pourquoi j'avais fini par craquer, la bonne question serait plutôt de savoir comment dans ces conditions je n'avais pas craqué avant.
J'étais fier d'avoir fait en sorte qu'on ne soit pas séparé de force, qu'on soit toujours resté une famille, unis et, quand bien même il y avait eu des moments noirs, des moments de doute et de peur, ce n'était pas ce message là que je voulais faire passer à le thérapeute, ce que je voulais c'était transmettre de l'espoir comme si soudain les rôles s'inversaient.

« C'était pas facile, je vais pas mentir,être encore un gamin et devoir en élever cinq du jour au lendemain c'est quelque chose que je souhaite à personne, j'avais 21 ans, un diplôme de fin d'étude espagnol et je parlais pas un mot d'anglais, c'était un véritable cauchemar pour moi entre les soucis d'argent et le fait que je savais absolument pas comment m'occuper d'enfants...Alors forcément au début je me suis planté, j'ai mal mis des couches, mal dosé des biberons, inversé des vêtements mais au final je m'y suis fait, aujourd'hui ça a rien de difficile pour moi, c'est juste naturel tout ça »

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