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 DANS TES YEUX. (Joeste.)
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MessageSujet: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mar 16 Aoû - 11:55
Dans tes yeux.
Je gravirais les montagnes d'or et le corps dans le corps. Au sommet, dans le sang unifié, de tes nuits sans frontières, je serai la lumière. Comme un guerrier vaudou, seul au milieu des loups, que les tambours indiens nous montrent le chemin. Dans le paranormal, dans l'animal instinct, j'hallucine. Dans tes yeux.



   
La journée est bien plus longue que prévu. Pourtant, le programme était loin d’être déplaisant ; je devais garder le petit jusqu’à l’arrivée de Joanne. Hunter est vraiment agréable, il n’est pas du genre à rechigner et on arrive parfois à passer des journées juste en parlant. Ce qui me fascine à chaque fois est l’imagination des enfants qui est aussi grande que leur franchise et perspicacité. Parfois, le petit arrive à poser des mots sur des choses complètement abstraites pour moi, et je repars de cette famille le cœur un peu moins lourd. Avec le temps, j’ai l’impression de plus avoir besoin de lui que lui n’a besoin de moi.

Mais aujourd’hui, le temps coule bien plus lentement. Habituellement, je ne vois rien défiler ; le soir tombe rapidement et je me vois obligée de rentrer chez moi en trainant des pieds. Sauf que les problèmes, eux, ne sont jamais bien loin. Ils sont souvent là, en train de guetter le bon moment. Ils sont perchés sur notre crâne comme des chauves-souris, puis s’agrippent à notre être que lorsque celui-ci se croit enfin reposé.

Hier je me suis endormie le cœur apaisé.
Ce matin je me réveille l’esprit agacé.

Les factures croulent et l’argent lui n’a pas le temps de faire sa place. Les billets défilent et les chiffres eux se multiplient. Le temps c’est de l’argent ; je n’ai plus de temps – et encore moins d’argent.

Hunter a bien remarqué que j’étais pas bien, mais comme retenu par une sorte de politesse silencieuse, le petit ne fait aucune remarque. Nous passons malgré tout une journée agréable, mais vers les dernières heures je commence à taper du pied. Mon regard cherche quelque chose sur quoi se raccrocher et il ne trouve que les joues rosies de l’enfant éloigné de toute rationalité. Lui ne connait rien au monde des grands. Lui goûte encore aux milliers saveurs de la vie et ça pétille dans ses yeux à chaque sourire balancé.

Attendrie, je passe ma main sur la tête du gamin qui voit sa mère arriver de loin. Hunter n’a l’air complet qu’une fois aux côtés de sa mère.

Je me sens complète qu’une fois auprès d’eux.

La jeune femme arrive et je me sens toujours angoissée face à elle. Elle représente tout. Tout ce que j’aimerais être. Tout ce que j’aimerais avoir. Elle en impose dans tous les domaines, et j’ai à chaque fois la gorge nouée lorsque je la regarde – sa beauté est bien différente de celle de mes conquêtes d’un soir. Celles qui ont défilé sous mes draps avaient comme une étincelle fugace qui s’estompait avec les heures. Elles avaient des traits tirés par des mœurs regrettées. Elles avaient du vernis qui s’écaillait et le cœur qui s’effritait. Joanne, elle, est un éclat éternel. Elle est une lueur qui s’allume dans le cœur de ses proches et qui vient les rassurer lorsque la nuit tombe en leur être effacé.

Toutes les nuits je m’oublie.
Et je vois au fond de mon âme cette étoile qui scintille.
Joanne et Hunter sont mes astres.

Le petit se jette sur sa mère et j’en garde un sourire. Puis je n’arrive plus à me retenir ; j’ai besoin de tout lui dire directement, sinon je vais laisser tomber. Et dormir dehors. Trainer dans les rues et songer à vendre mon corps – au final, dernièrement, je l’avais fait gratuitement.

- Salut Joanne… Euh. Désolée si je vous demande ça directement mais… J’ai des soucis et j’aimerais savoir si vous pouviez me donner ma paie de la semaine en avance…

J’entends ma voix mais j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui parle. Le son est aussi effacé que ma réflexion. J’ai l’impression de replonger dans quelque chose de virtuel alors que je ne me sens jamais aussi réelle qu’une fois face à elle. Mon regard croise le sien, je sens mon cœur rater un battement et mes joues hésitent à rosir. Mes yeux s’écrasent sur mes godasses et je parle à nouveau avec le cœur :

- Désolée, j’suis directe j’aurais pas dû. Hunter a été adorable, comme toujours. Et vous votre journée ça a été ?

Je me sens flancher. Tant pis, au pire. Je passerai une mauvaise nuit, mais le lendemain je retrouverai cette famille. Y’aura Hunter et sa candeur. Y’aura sa mère et… Elle.
Juste elle.

   

   
   

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mar 16 Aoû - 15:09
Affalée dans son siège, les jambes étendues sur le volant, ses doigts tapotant au rythme de la musique la fenêtre, Joanne prenait en cette fin de journée un moment. Celui durant lequel il n’était ni question du travail, ni de Hunter, ni de personne. Un instant d’égoïsme durant lequel les derniers rayons de soleil venaient s’écraser sur son pare-brise tandis qu’elle traînait telle une pauvre âme sur le parking du studio. Plissant les yeux tout en fronçant les sourcils, elle tâtonna la boîte à gants mettant ses lunettes sur le bout de son nez, soupirant. Il lui était arrivé un nombre incalculable et mémorable de fois de s’endormir ainsi, à force de songer, rêvasser, les cachets anti-douleurs de fin de journée octroyant l’effet désiré. Le moment à elle était une excuse — quoiqu’agréable — il était davantage vrai que les médicaments prescrit possédaient une somnolence forte, assez pour dénouer ses muscles ainsi que son bon vouloir ou sa capacité à conduire. C’était un sursaut ou un bruit familier qui finissait par la tirer, la main sur le cœur de son sommeil. Il fallait croire que c’était ainsi qu’elle avait écopée à vie du titre de mère indigne, mais surtout qu’elle avait finit par engager quelqu’un, Céleste. Joe se demandait parfois comment les jeunes femmes, telles qu’elle, considéraient ce genre de mères, à vadrouiller, courir, garder un enfant qui n’est pas le sien qui l’appelait « Joe » et lui serrait la main lorsqu’elle partait travailler alors qu’elle tendait la joue au vide.

C’est un léger contre sa vitre qui la fit sursauter, lâchant une injure tandis qu’elle tentait de dénouer ses doigts crispés face à la stupeur. Ouvrant sa fenêtre, elle soupira en voyant l’ingénieur son qui avait l’habitude d’être celui la réveillant. « Putain Josh. » Soupirant, elle leva les yeux au ciel. « Je venais vérifier que t’étais pas endormie, le fait que t’aies une babysitter veut pas dire que tu peux l’exploiter hein! » Lui balançant une revue traînant sur le siège passager, elle alluma le contact, faussement agacée face au sourire amusé de l’homme. « À demain. » Lâcha-t-elle, étirant finalement la commissure de ses lèvres tout en augmentant le niveau sonore de la radio. Le chemin du retour fût habituel, long, à soupirer face à chaque feux rouges, lancer des doigts dans le rétroviseur face au véhicule arrière la klaxonnant, le tout entrecoupé par son chant à tue tête lorsqu’elle entendit un morceau particulier. Claquant la porte de l’appartement, elle jeta rapidement son sac, accueillant dans ses bras Hunter, venant embrasser sa joue. « Hey Joe! Ça a été le travail? T’as posté les factures en partant? » Plissant ses lèvres, un poing sur la hanche, elle le regarda d’un air absent avant de soupirer. « C’est moi l’adulte, va jouer avec tes legos, gamin. » Ébouriffant rapidement ses cheveux, elle s’approcha de Céleste, lui adressant un large sourire. Rapidement coupée dans son arrivée, elle l’écouta, voyant bien la gêne ou l’inquiétude sur son visage, dans l’hésitation de son dialecte.

Il était vrai que cela faisait un certain temps que la jeune femme venait, le vouvoiement semblant être toujours de mise tandis que Joanne avait rapidement abandonné les politesses. Grattant son crâne en l’écoutant, un soupir silencieux vînt abaisser ses épaules, remontant son regard vers elle. Avec des yeux aussi clairs tels qu’elle les possédait, il était facile d’y lire les émotions, les pensées ainsi que les sous-entendus. Un sentiment de culpabilité vînt l’envahir tandis qu’elle resserra sa mâchoire, à force de prendre confiance dans ses habitudes, il était clair qu’elle avait clairement ignorée les états d’âmes de Céleste. Gênée, elle se dirigea tout d’abord vers son sac afin de prendre l’argent avant de s’arrêter dans sa fouille frénétique. Elle n’allait pas balancer l’argent à Céleste comme face à une vulgaire prostituée. Porte monnaie en main, elle passa une main dans ses cheveux courts, prise au dépourvue. « Il n’y a aucun soucis Céleste, je… Tu préfères en cash ou par chèque? » Dépourvue de délicatesse, elle leva les yeux au ciel face à sa propre remarque avant de vouloir se rattraper. « Tout vas bien? Si tu veux un peu augmenter les tarifs, tu sais très bien que ça me dérangera pas. » Et comme pour appuyer ses paroles pour insister sur le fait qu’elle désirait en savoir davantage, elle lui fit signe de s’asseoir. Hunter n’allait pas mettre les doigts dans une prise au moment où elles avaient le dos tourné de toute façon. Se servant un verre, elle bu une gorgée avant de se tourner vers Céleste avant d’avaler, lui tendant celui-ci afin de lui en proposer un. « Vu ta tête, je te proposerais bien quelque chose de plus fort. »

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mar 16 Aoû - 15:23
Dans tes yeux.
Je gravirais les montagnes d'or et le corps dans le corps. Au sommet, dans le sang unifié, de tes nuits sans frontières, je serai la lumière. Comme un guerrier vaudou, seul au milieu des loups, que les tambours indiens nous montrent le chemin. Dans le paranormal, dans l'animal instinct, j'hallucine. Dans tes yeux.




Joanne t’as le regard tellement vivant. Joanne, toi t’es pas comme ces gens-là. T’es pas un fantôme dénué de vie. T’as un tas d’émotions qui viennent te tirer les traits et la bienveillance dans le cœur – malgré tout ce que tu peux te dire pour essayer de te convaincre du contraire. L’artifice, tu l’as dans les yeux et le coeur ; une explosion de sentiments qui te remue le corps et l’être. Tout le temps. Alors lorsque tu me regardes, lorsque tu essaies de me sonder, je laisse ma gêne s’écraser encore plus dans le sol. J’me dis que peut-être une fois que j’aurais bien creusé, je sentirai mon cœur battre moins vite – quoique, au moins, avec toi, il arrive à battre.

- Il n’y a aucun soucis Céleste, je… Tu préfères en cash ou par chèque ? Tu lèves les yeux au ciel, certainement embarrassée par ta franchise, et pourtant c’est grâce à elle que j’arrive enfin à ne plus fixer le sol. Tout vas bien? Si tu veux un peu augmenter les tarifs, tu sais très bien que ça me dérangera pas.

Tu me fais signe de m’asseoir et remplit un verre – ou le rend que vide à moitié. J’hésite un instant, mais me dis que ne pas prendre place serait bien plus impoli que rester debout.

- Vu ta tête, je te proposerais bien quelque chose de plus fort.


Un rictus en guise de réponse qui essaie d’être un sourire – mais la réflexion est là pour faire barrage. Je saisis le verre qu’on me tend et regarde le bord de celui-ci quelque-peu pensive. Je ne bois pas dedans, quelque-peu gênée par le fait que tes lèvres aient touché le bord de celui-ci.

- Je ne pense pas qu’un alcool puisse m’enlever tous ces soucis de la tête… Mais je ne dirais pas non à un alcool un peu plus fort. Quoique, je préfèrerai vous offrir ce verre au bar où je travaille. Enfin… Si vous en voulez un, il faudra venir vite parce que je risque de me faire virer bientôt. Un rire jaune fend l'air et doit certainement étonner Hunter ; il n’a pas l’habitude de m’entendre parler sur un tel ton. Puis, non, cet argent vous en avez besoin. Je demandais juste une avance, j’ai pas envie de vous dépouiller… D’ailleurs, si je pouvais je garderai le petit gratuitement. Pour moi, être ici, c’est plus un travail depuis longtemps.

Un réel sourire me barre alors le visage et j’ose enfin croiser son regard. Je sens mes pupilles trembler car mon être entier tremble ; la joie d’être en vie face à elle me trouble.
Elle me trouble.
Et mon âme adore ça.
Sursaut de 21 grammes oubliés.



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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mer 17 Aoû - 0:56
Un esprit clairvoyant, des yeux perçants, elle aurait pu voir, sonder avec perspicacité ce qui se tramait sous son regard d’asphalte. Naïve profondément lorsqu’il était question des sentiments d’autrui, elle n’entrevoyait que la gêne, celle d’un futur incertain ou bien d’un problème financier. Rien ne pouvant être corrélé à l’affect, à une image plus lisse qu’elle n’y paraissait. Cela faisait longtemps, de toute manière, que Joanne avait disparu derrière les gens, qu’elle s’était effacée subrepticement. Il aurait pu en résulter une certaine amertume, un désintéressement complet, pourtant, il en était ressortie seulement cette façade, profondément loin de la réalité, qui s’était laissée emportée, toujours pleine de bonnes intentions. Naïvement gentille, en soit. Le regard plongé dans les plis en cuir de son porte monnaie, elle hocha la tête, jetant parfois de rapides coup d’œils en direction de Céleste, sortant l’argent qu’elle déposa sur le comptoir.

« Si ce n’est plus un travail pour toi, commence par me tutoyer. On vouvoie seulement les patrons. » Haussant une épaule, un poing sur la hanche, elle prit place face à celle, déposant le nécessaire à cette discussion. « Tu vas te faire virer hein. » Laissant sa phrase en suspens, le regard perdu dans le vide l’espace de quelques secondes à jouer avec un cure dent, elle releva la tête. « J’espère que t’en retrouveras vite. Te connaissant, ça doit pas être pour faute professionnelle. Ils s’en mordront les doigts va. » Servant les deux verres pensives, elle se leva soudainement, allant entrouvrir les fenêtres tout en passant à côté du gamin à qui elle chuchota quelque chose au creux de l’oreille avant de le voir décamper dans sa chambre plutôt que de rester dans le salon. « On pourra parler librement s’il n’est pas là. » Les enfants n’avaient pas à entendre certaines choses de toute façon, tout comme les adultes avaient le droit à leur temps d’intimité.

Lorsque les courants d’airs commencèrent à aller et venir dans la salle principale, Joanne se permit d’allumer une cigarette, fausse maniaque qu’elle était, soufflant assez loin de la jeune femme afin de ne pas la déranger. « Ça fait des mois que tu bosses ici, je me rend compte que je sais pas beaucoup sur toi au final Céleste. » Jouant avec le briquet, elle esquissa un sourire, relevant son regard, curieuse. Il était vrai qu’elles n’avaient jamais pris le temps.

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mer 17 Aoû - 12:31
Dans tes yeux.
Je gravirais les montagnes d'or et le corps dans le corps. Au sommet, dans le sang unifié, de tes nuits sans frontières, je serai la lumière. Comme un guerrier vaudou, seul au milieu des loups, que les tambours indiens nous montrent le chemin. Dans le paranormal, dans l'animal instinct, j'hallucine. Dans tes yeux.



 
Plus le temps passe et plus je suis persuadée que Joanne vient d’un autre monde. Elle a tiré Hunter d’une autre planète et est venue s’installer ici. C’était comme une évidence. Ici, les gens son mauvais, égoïstes, superficiels et tous collés à leurs chiffres. Ils ont la gueule pendue sur un tas de choses matérielles – qui, dans les faits, n’existent pas vraiment. L’absurdité de notre monde m’a toujours fait rire ; on parle argent, on tue argent, on se fait tuer argent. Tout ça pour des papiers qui sont le fruit de notre propre destruction ; celle des forêts et de la vie. La nature humaine… Quoique, non. L’humain tel qu’il a évolué. La nature, elle, n’a rien à voir là dedans.

L’humain est bouffeur de vies.

Sauf elle. Elle, elle répand autour d’elle le peu de bienveillance qu’elle peut donner. Elle est l’œil d’un cyclone de non-sens, car elle renverse la norme mauvaise et hypocrite pour montrer que rien n’est impossible. Car une fleur peut naître du mal ; ce monde n’est qu’une terre morte de désespoir est Joanne en est sa fleur. Comme la fleur du Petit Prince, elle pousse là où aucune autre n’avait été ; et elle donne un peu d’espoir.

Joanne, c’est l’espoir personnifié.

- Si ce n’est plus un travail pour toi, commence par me tutoyer. On vouvoie seulement les patrons.
- Je euh… D’accord.

Je réponds, hésitante. La tutoyer représente une forme d’intimité que j’ai du mal à accepter ; elle est trop surréaliste pour moi.

Je regarde les billets qui sont maintenant sur la table et je n’ose pas directement les prendre. C’est fou ce que quelques papiers peuvent torturer dans certains moments. Je commence alors à me demander si je ne peux pas me débrouiller jusqu’à la fin de la semaine ou si quelqu’un ne peut pas nous héberger avec Brendon. Mais c’est là où je réalise quelque chose qui me fait tourner la tête et pourrait même presque me mettre les larmes aux yeux ; je suis seule. Désespérément seule avec lui. Nous sommes deux mais lui n’est plus qu’une âme effacée, échouée au creux d’un jeu insensé.

Je me suis abandonnée dans une vie semi-solitaire.
Sauf lorsque je suis là.
Avec eux.

- J’espère que t’en retrouveras vite. Te connaissant, ça doit pas être pour faute professionnelle. Ils s’en mordront les doigts va.
- Disons que si, c’est aussi un peu de ma faute… Un sourire léger repeint mon visage de couleurs bariolées que j’avais oublié depuis longtemps. Tout ce qu’elle dit sont des couleurs chaudes, et de son pinceau fait de mots, Joanne repeint mon cœur qui s’est perdu dans les tons grisés.

Elle se lève et parle au petit qui décampe promptement. Je ne le remarque pas, mais je souris toujours – et ce doit bien être un record de temps passé à sourire depuis au moins un an. Je prends le verre que je porte à mes lèvres, pensive.

- On pourra parler librement s’il n’est pas là.

La mère en face de moi se transforme alors en femme lorsqu’elle sort une cigarette et commence à l’allumer. Je ne savais pas qu’elle fumait. Au fond, pour moi, Joanne était la mère parfaite qui avait une vie tournant autour de sa source d’énergie ; Hunter. Mais là, Joanne est tout sauf une mère. Je me surprends à la fixer plusieurs bonnes secondes ; mon cœur se tord et quelque chose brûle en moi. Le désir, ou simplement de l’affection ? J’ai l’impression d’avoir un sale mélange inhabituel qui me tord l’estomac et me force à détourner le regard et à chercher dans mes poches mon tabac et mes feuilles. Je n’ai pas fumé depuis ce matin car je refuse d’intoxiquer le gamin, alors voir ma patronne s’en griller une réveille en moi l’envie de me tuer à l’aide d’inspirations.

- Ça fait des mois que tu bosses ici, je me rend compte que je sais pas beaucoup sur toi au final Céleste.

Je me lève pour me mettre vers la fenêtre, mais la proximité me dérange et je n’ose pas saisir le briquet qui file entre ses doigts. Mes yeux fixent un long moment son épiderme et j’ai l’impression d’être à deux doigts d’infecter un être vierge de mauvaises intentions. J’ai l’impression que la toucher reviendrait à la tirer dans ce monde rempli d’aigreur et de mensonges ; et ça, je ne peux pas. Car c’est à cet instant que je réalise.

Joanne compte.
Elle ne compte pas des sous.
Ni des billets.
Ni des heures.
Elle ne compte pas des chiffres, en fait.
Joanne compte le nombre de battements de mon cœur autrefois endormi.

Joanne est importante à mes yeux – et avec elle, Hunter.

- C’est vrai que je ne sais pas grand-chose sur vou-… toi non plus … D’ailleurs je ne savais pas que tu fumais. Je lève les yeux au ciel en réalisant combien la tutoyer m’est difficile. Je tourne la tête et essaie de regarder au loin ; je me sens presque rougir. Eh bien… Pour faire court. J’ai trente ans, je suis née à Stockholm et j’ai deux frères. Je vis avec l’un d’eux, mais il ne travaille pas et notre famille n’ayant pas beaucoup de moyens je dois travailler pour deux. Sinon, j’aime pas grand-chose dans la vie, si ce n’est danser, et m’occuper de Hunter. Un énième sourire, un peu con cette fois-ci, se colle à ma face. Je ne dis pas ça parce que je travaille pour toi, mais le petit est génial. Je suppose qu’il est à l’image de celle qui l’élève.

Je balance cette phrase naturellement, sans trop me poser de questions. Mais lorsque je réalise ce que mon cœur vient de dire, je lève les yeux au ciel ; Céleste, tu devrais te taire parfois.

J’me dis.
T’es trop sentimentale, j’me dis.
C’est juste ta patronne. Celle qui te paie pour t’occuper de son gosse. Et puis c’est tout.
J’me dis.
Et pourtant, c’est cette même personne qui est là. En train de te considérer lorsque ton frère ne prend même pas le temps de le faire cinq minutes.
J’me dis.
Désespérée.

Mon regard sombre alors dans mes pensées et un soupir me coupe mon sourire en un air certainement bien morose.
   

   
   

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mer 17 Aoû - 13:09
Les confessions dans l’encadrement d’une fenêtre entrouverte avaient toujours été propices à quelques murmures. On avait tendance à dire chacun son poison, mais comme toute face, celle-ci avait des bons côtés. Ça pouvait démarrer par la demande d’un briquet, deux intoxiqués dans une soirée se retrouvant à partager les courants d’airs, ça partait souvent d’un rien. Pensée superficielle, il était cependant convenant de penser ainsi lorsqu’on avait appris à arrondir les angles, à voir les perspectives des éléments les plus plats. Joanne, elle voyait une ligne d’horizon, et de multiples points de fuites s’entrecroiser et se couper, c’était toujours complexe, rien n’était simple. Tendant nonchalamment le briquet, elle l’écouta parler de sa famille. Vu le nom, elle aurait pu se douter, que le physique viking de la jeune femme venait des côtes nordiques, la perspicacité ne l’ayant pas effleurée, elle avait préférée demander, laisser les autres se livrer plutôt que de se faire présomptueuse. Dans ce mot il y a « tueuse », et il était vrai que deviner avant que la charade ait été posée tuait le jeu, le plaisir de découvrir. Elle n’était pas de celles brûlant les étapes où partant avant le coup d’envoie, elle était davantage la tortue que le lièvre, il fallait l’avouer et cela se ressentait probablement. Davantage avec le mélange des anti-douleurs et de l’alcool qui avaient tendances à dénouer ses muscles atrophiés, la faisant s’étendre davantage qu’elle n’en avait l’habitude.

« Ça doit pas être facile, t’es courageuse. » Lança-t-elle, soufflant une précédente aspiration sur le rebord afin de faire voleter les quelques cendres tombées, le souffle régulier se coupant de manière saccadée lorsqu’elle parla de l’enfant à l’image de la « génitrice ». Davantage un rire silencieux, elle s’humecta les lèvres, s’appuyant contre la fenêtre, un bras sous sa poitrine, les sourcils quelque peu froncés dans l’embarras malgré un sourire plissé. « Céleste t’es… » Elle marqua une pause, se raclant la gorge afin d’éclaircir sa voix polluée par l’asphalte. « T’es consciente que Hunter est pas mon fils? » Elle tenta de chercher son regard comme pour appuyer la chose. Elle voyait bien, dans la fébrilité du regard et l’amour des mots qu’elle les voyait comme une famille, quelque chose de fort et de soudé, que tout cela lui donnait comme un trop plein d’oxygène à lui en faire tourner la tête, euphorisant presque. Mais la vérité était toute autre, Joanne avait simplement ramassée un gamin dont personne ne voulait, n’ayant jamais digéré qu’en grande enfant qu’elle était déjà l’époque, sa mère l’ait prise pour un produit de consommation. Elle l’a eu, l’a utilisée et le jour où ça l’a embarrassée, l’a jetée. Lorsqu’elle avait vu la tête brune être dans la même situation, elle s’était sûrement trop projetée en lui, immature qu’elle était, en le sauvant, elle pensait se sauver elle-même à la base. Lorsqu’on s’appel Sykes, on apprend l’égoïsme avant de lire et d’écrire.

« J’ai beau l’élever, tenter de le tirer vers le haut, il reste le fils de son père. Ils ont déjà des points communs, davantage que ce que le géniteur aimerait. » Elle ria, un peu nerveusement. Ils avaient certains tics communs, tocs comparables sur des éléments paraissant totalement invisibles aux autres. Elle faisait bonne impression par fierté, mais elle n’était pas mère naturellement, elle était mère par procuration. Longuement maladroite, elle s’était souvent laissée envahir par la panique, la traduisant par la colère, les larmes. Hunter l’avait déjà vu se mettre dans des états bien trop complexes pour sa vision enfantine des choses, pour des raisons qu’il ne comprenait toujours pas. Elle avait été élevée par une femme volage, cynique, cassée, elle avait transmis à ses enfants les mêmes traits. Chose sûrement moins évidente chez Joe, la brune savait simplement bien cacher les bas instincts et ne souhaitait à personne de la voir sous ce jour. C’était laid.

Balançant la cendre par-dessus bord, elle porta le verre à ses lèvres, revenant à la jeune femme. « Comment ça se fait que tu sois seule à travailler? Il a des problèmes de santé? »

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mer 17 Aoû - 14:25
Dans tes yeux.
Je gravirais les montagnes d'or et le corps dans le corps. Au sommet, dans le sang unifié, de tes nuits sans frontières, je serai la lumière. Comme un guerrier vaudou, seul au milieu des loups, que les tambours indiens nous montrent le chemin. Dans le paranormal, dans l'animal instinct, j'hallucine. Dans tes yeux.




Il y a dans le silence une part d’oubli. Lorsque plus rien ne produit de son et que l’on se retrouve entre quatre murs où chaque mouvement fais échos avec le vide ambiant ; on apprend à ne plus être. On apprend à devenir sourd.

Moi je suis sourde au monde.

Je me suis oubliée, un soir, la fenêtre fermée et la porte ouverte sur le couloir depuis lequel j’entendais mon frère jouer. Je l’entendais ne plus vivre, et c’est ce jour-là où je me suis perdue dans un mutisme permanent. Même lorsque je tombe, je n’entends plus rien.
Même lorsque je crie.
Ou soupire.

Je n'entends plus rien.

Sauf maintenant.

Ici, j’entends parfois quelques mélodies. Ce sont des cloches ou bien des violons – je ne sais pas, je ne sais plus entendre car j’ai longtemps cessé d’écouter. Mais ce son est là, presque bruyant, et il me donne un peu d’espoir. L’espoir de ne plus être enfermée dans le noir absolu qu’est la solitude.

- Ça doit pas être facile, t’es courageuse.


Le fait qu’elle puisse m’estimer me fait plaisir mais ne m’empêche pas de hausser les épaules lorsque je commence à réfléchir à la situation. Je ne pense pas être courageuse. Je suis simplement attachée. Accrochée à quelques souvenirs que je laisse pendre là-haut dans ma pauvre caboche cabossée. L’époque où il neigeait tous les soirs en dessous de la tente où la magie était représentée par quelques clowns. L’époque où j’avais bel et bien deux frères et une sœur. Lorsque je me transformais de temps à autre en Célestin et où je dansais à m’en faire cracher des rires cristallins que mes frères rattrapaient en dansant à leur tour.

Je ne suis pas courageuse, simplement nostalgique.

- Céleste t’es… Mon regard se repose enfin sur la jeune femme qui semble quelque peu embarrassée – et c’est bien la première fois que je la vois ainsi. Cette émotion lui va bien, car elle trahis une certaine fragilité que je trouve attendrissante. T’es consciente que Hunter est pas mon fils ?

Comme une confession faite la nuit lorsque plus rien ne bouge si ce n’est les pensées qui elles s’agitent, cogitent et finissent pas s’abandonner dans les bras de Morphée. J’ai un demi sourire qui subsiste sur mes lèvres et je me décide enfin à saisir le briquet qui m’est tendu en faisant bien attention à ne pas la toucher – à ne pas l’âbimer. J’allume ma tueuse avant de répondre sur un ton bien plus placide que je ne l’aurais cru :

- Je ne me suis jamais posé la question. Et puis… Je suppose que tu parles dans le sens de la génétique. Si tu veux mon avis, même si tu ne l’as pas mis au monde, c’est toi qui l’aime et qui lui apprend à vivre. Donc, c’est tout comme… Ça dépend seulement de vous. De la façon dont vous voulez percevoir les choses.

Je m’arrête, je me trouve quelque peu intrusive. En quoi, moi, Céleste, j’ai le droit de donner mon avis ? Est-ce que, moi, si un jour Dorian venait à me dire « Mes parents ne sont pas tes parents, car tes parents ne se sont pas occupés de moi », je l’accepterai ? Mon jugement n’est rien ; tout comme mes paroles. Alors je préfère me taire – me noyer à nouveau dans le silence.

- J’ai beau l’élever, tenter de le tirer vers le haut, il reste le fils de son père. Ils ont déjà des points communs, davantage que ce que le géniteur aimerait.

Je m’apprête à parler mais décide de me taire ; j’en ai déjà trop dit. Mes doigts s’amusent avec ma cigarette avant de la porter à mes lèvres et tirer un grand coup. J’attends de sentir le cancer me lécher le palais avant de souffler vers la fenêtre.

- Comment ça se fait que tu sois seule à travailler? Il a des problèmes de santé ?

Un soupir s’échappe de mes lèvres car le sujet est pénible. Il ne m’est pas dur de me confier à Joanne, tout comme parler de tout ça ne me fait rien. Mais y penser me donne l’impression que tout ça est vrai, et je préfère me baigner dans l’illusion du rêve qui ne s’arrête qu’une fois endormie – ou bien morte. Je bois une gorgée du liquide qui m’a été offert avant de répondre.

- Santé mentale peut-être… Non mais… Je veux dire… Disons que on a eu de gros soucis avec mon autre frère. Et depuis qu’on est à Chicago, Brendon – le frère avec qui je vis – s’est mis à jouer à ce jeu… Le Darwin’s game. Et il en oublie même de vivre. Parfois je suis obligée de le nourrir alors qu’il est encore connecté, il ne le remarque même pas… J’ai l’impression de vivre avec un corps qui a perdu son âme. Je me sens flancher. J’ai envie de chialer. Alors j’essaie de ne plus parler de lui, quitte à dévier la conversation sur moi. Et sur elle. Tu connais ce jeu ? Ça doit faire deux semaines que je me suis inscrite pour essayer de le garder en vie. Si un jour tu as envie d’essayer cette merde, surtout n’y touche pas. Et fume une clope. Tu vivras plus longtemps comme ça.

L’amertume dans mes propos est ravalée au même moment où je tire une énième fois sur ma cigarette déjà presque finie.
Un soupir.
Une envie de pleurer.
De perdre un peu la face.
Cinq minutes.
Une heure.
Toute la nuit.
Mais je ne le fais pas.
Je ne peux pas.
Pas devant elle. Pas devant le monde. Pas sur cette terre.
Peut-être plus tard. Quand j’aurais retrouvé le silence et la solitude.
Peut-être plus tard, lorsque je rentrerai et que je verrai mon autre moitié obnubilée par un autre monde. Oui. Alors là, oui.

Je pleurerai.



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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Sam 20 Aoû - 1:33
En écoutant les paroles de la jeune femme, la seconde nourricière qui s’occupait sans cesse de l’enfant, Joanne se rendit compte qu’elle n’avait pas de grands drames à déclarer dans sa vie. Elle avait eu sa part auparavant, mais elle se rendit que son existence était terriblement simple comparée à d’autres. Elle ne vivait pas aux côtés d’un cadavre encore conscient du fait qu’il respirait, mais pas pour autant qu’il vivait, elle n’avait plus à se battre pour certaines choses, dorénavant acquises. Le drame, l’addiction, l’exutoire de certains nommé le Darwin’s Game n’échappa pas à cette énième conversation, partie du rien, qui retomba au centre de tout. Si un jour tu as envie d’essayer cette merde, surtout n’y touche pas. La phrase la fit sourire bien que cela ne fût pas de rigueur étant donné le timing de la discussion, alors elle le ravala, son stupide sourire embarrassé, derrière une gorgée goulue, sûrement un peu trop vaste pour sa maigre trachée. Pourtant, imaginer la jeune femme dans la pénombre d’une chambre, éclairée seulement par l’écran d’un ordinateur livide, tenter de nourrir un corps désuet dans cette réalité lui arracha un léger mouvement en arrière, concentrant son regard un peu plus loin, ailleurs.

« C’est vraiment horrible. » Ne sachant quoi rajouter d’autre, elle ne dit rien, tout simplement, secouant lentement et négativement la tête tout en fixant le vague. Ce qui aurait dû les aider à passer cette soirée, à changer l’esprit de la jeune femme, tournait dangereusement vers le marasme, la sinistrose. Remarque probablement égocentrique, Joe décida de détourner l’attention. « Je fais malheureusement déjà parti du Darwin’s Game. » Malheureusement, malgré les faits, les draps constants, elle ne comprenait pas les engrenages perfides ou peut-être les ignorait-elle car elle retenait seulement ce qui l’arrangeait de cette expérience. « Comme beaucoup de monde, plus qu’on ne le pense. J’aurais pu tomber dans l’addiction, mais j’ai trop de choses qui me retiennent dans la réalité pour m’y perdre totalement je crois. »

Haussant les épaules, elle écrasa le mégot dans les quelques plantes présentes, celles vivant encore parmi les troncs secs et les feuilles brunies. Détourner l’attention, toujours et encore. Plissant les yeux en observant la blonde, un sourire amusé vînt l’éclairer. « J’essaie de deviner dans quelle team tu pourrais être. Je sais pas ce qui te conviendrais le mieux. »

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Sam 20 Aoû - 23:26
Dans tes yeux.
Je gravirais les montagnes d'or et le corps dans le corps. Au sommet, dans le sang unifié, de tes nuits sans frontières, je serai la lumière. Comme un guerrier vaudou, seul au milieu des loups, que les tambours indiens nous montrent le chemin. Dans le paranormal, dans l'animal instinct, j'hallucine. Dans tes yeux.




Joanne tu ne te rends pas compte de ce que t’es en train de faire. J’ai rencontré beaucoup de femmes la nuit. J’en ai baisé un tas. Et toi là tu remets tout en question – sans même t’en rendre compte. Je ne dis pas que je suis amoureuse, ni que je suis prête à tout abandonner pour toi ; mais là quand je te vois ainsi je me dis que j’aurais mieux fait de dormir la nuit. J’ai passé mon temps à m’échouer entre les reins des douces inconnues pour me donner l’impression d’exister ; et pourtant ce n’est qu’une fois là, en train de discuter une clope à la main, que je me sens vivre. Joanne t’arrives à repeindre mon cœur couleur vermeil là où chacune avait essayé d’y déposer des baisers avant de s’abandonner dans une bestialité à en faire pleurer la médiocrité. J’ai été pitoyable, Joanne. J’ai jeté mon corps dans tous les coins de la rue – parce que c’était soit ça soit me pendre aux draps des inconnues. Jusqu’au moment où je suis tombée face à toi, face à ta lumière et tes couleurs. Ma vie était teintée de monochrome mais depuis que je viens chez toi ; chez vous, tout me semble autre. Y'a une palette de couleurs qui éclate dans ma vie et c'est magnifique.

- C’est vraiment horrible.

Un temps vient marquer une pause entre cette phrase adressée sur un ton troublé par l’émotion, et la sentence qui s’en suit, comme une guillotine qu’on a pris du temps à lâcher. Sa langue est une lame aiguisée et ses mots coupent lorsqu’ils osent me griffer à coup de vérité.

- Je fais malheureusement déjà parti du Darwin’s Game.

Les maux avoués sont jetés à ma gueule pour me piétiner et me prouver l’ironie de ce monde. Au seul lieu où je pense pouvoir trouver un peu de paix, ce Jeu semblable à un virus s’est déjà emparé de l’âme de l’ange déchu. Seule âme pure aux intentions nobles qui se voit souillée par la monstruosité d’un monde meurtrier. Je tire un dernier coup sur ma clope avant de l’écraser, le regard perdu entre réalité et abstrait ; le brut ne m’a jamais autant paru si confus.

- Comme beaucoup de monde, plus qu’on ne le pense. J’aurais pu tomber dans l’addiction, mais j’ai trop de choses qui me retiennent dans la réalité pour m’y perdre totalement je crois.

Cette phrase j’y crois à moitié. Mes épaules ont dû s’affaisser parce que j’ai l’impression que le sol est à deux doigts de m’engloutir. Mes doigts tapotent le rebord de la fenêtre comme pour laisser s’échapper au travers de ce geste toute mon anxiété. Les membres tendus et le regard brouillé par les aveux de celle qui représente presque un tout pour moi ces derniers temps, je me rapproche d’un pas pour la détailler. Ce n’est qu’une fois que je réalise que son souffle se brise sur mon nez, que je recule :

- Je pense que t’es déjà accro, mais tu ne le sais pas encore… Mon frère avait le même teint que toi au début, et il me disait les mêmes choses que toi...

Ses gestes trahissent son esprit ; elle parle d’addiction une cigarette à la main et l’ironie de la chose me fait rire. L’objet est écrasé et la jeune femme décide de changer de sujet.

-J’essaie de deviner dans quelle team tu pourrais être. Je sais pas ce qui te conviendrais le mieux.


Un léger sourire repeint ses lèvres et soulève en mon cœur une sensation quelque peu désagréable : une personne aussi belle au bord du gouffre devrait avoir des ailes pour voler. Pour survivre. Puis une conviction vient réveiller mes pensées, d’abord en un écho inaudible, avant de devenir un cri emplit d’une énergie que je croyais éteinte. Je serai ses ailes. Son pilier. Je serai celle qui lui donnera à manger si elle oublie. Celle qui couchera son gosse si elle ne rentre que le lendemain. Celle qui la serrera fort fort fort jusqu’à ce qu’elle arrive à tout oublier.

La mort.
Les gens.
La vie.

Fort fort fort.

Pour qu’elle entendre ce cœur autrefois détraqué qui danse comme je dansais à Stockholm sous la neige.

- A ton avis .. ? Un silence et des lèvres qui s’étirent aussi en un sourire quoi doit lui paraître surréaliste tant il est vrai. Je ne suis pas Caho et je doute que tu en sois aussi. Il me semble que au vu des tensions actuelles, c’est le plus important. Tu n’es pas obligée de me dévoiler ta team. Je suis chez les Eshu.

Puis c’est cette force.
Celle retrouvée lorsque j’avais l’impression d’avoir tout perdu.
Celle qui souffle au creux de mon oreille qu’elle est là pour veiller sur moi.

Cette force qui vient me faire bouger délicatement, et poser ma main sur la sienne. Non, le contact n’est pas sans gêne, au contraire, mon bras tremble et le geste est fugace. J’ai juste le temps de sentir son épiderme, de sentir son existence, de sentir qu’elle est là – et, semblable à son âme, elle est douce. Un sursaut de conscience m’empêche d’appuyer ce contact ; cependant, mes paroles sont là pour le justifier :

- Je veux être là pour toi Joe… Pour vous deux. Ce jeu est mauvais. Il faut vous protéger. Je veux vous protéger. Peu importe ma team, peu importe la tienne. Je marque un temps. Vous êtes tout ce qui compte à mes yeux avec mon frère.

 

   
   

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Lun 22 Aoû - 15:04
Elle a parfois du mal à comprendre ce qu’il se passe sous le crâne de la blonde, elle devine qu’il y a un flux de pensées qui dévalent des escaliers interminables, parce qu’à la vue de son expression, rien de joyeux ou de certain ne vient impacter son subconscient. Pourtant, cela ne lui vient pas à l’esprit de tenter de décrypter, de comprendre ou pire, de demander. Trop respectueuse ou pas assez intimiste pour se permettre de vouloir rentrer dans le jardin secret des autres, elle se tient tranquille. Elle avait de toute façon toujours été davantage une spectatrice qu’une actrice au milieu de tout ça, elle avait tentée, une période durant, mais n’était jamais restée une source sûre à ce niveau-là, trop bancale. Elle la voit se rapprocher, la regarde faire naïvement son crâne venant instinctivement taper avec mollesse la vitre derrière elle. Loin d’être gênée par la proximité, elle la regardait davantage avec des points d’interrogations dans le regard qu’avec embarras ou dégoût.

« Je pense que t’es déjà accro, mais tu ne le sais pas encore… Mon frère avait le même teint que toi au début, et il me disait les mêmes choses que toi… » Elle hausse les épaules dans un sourire, c’était ça de jouer au Darwin’s Game, on acceptait ou non ce qu’il risquait de nous arriver. Inconsciente ou trop déjà pour ne plus en faire une fatalité, le coin des lèvres étirées, elle vînt poser sa main sur le dessus de la tête de la blonde, caressant ses cheveux. « Ça va aller, je vais pas partir demain. » Lâcha-t-elle en riant avant de rabaisser sa main près de sa hanche, terminant d’une traite son verre. Pensive, elle écouta sa réponse. Eshu. C’était drôle, finalement, de découvrir les gens via leur appartenance au jeu. Son sourire s’agrandit tandis qu’elle déposa le verre vide sur un meuble se trouvant non-loin de là, se débarrassant de ce qui encombrait auparavant ses mains. « On va jouer à ça. On verra si t’arrives à découvrir où et qui je suis. Vous êtes bon vous les Eshu pour ça, non? » Hochant la tête comme pour sceller sans accord la décision nouvellement prise, elle soupira. Il fallait que cela reste un jeu de temps en temps, loin des conflits, des accords, des rumeurs. Un peu de légèreté quoi merde. C’est ce qui manquait cruellement ces derniers temps à Chicago, partout, ceux qui avaient choisit ce mode de vie pour la différence, la liberté, s’était finalement enfermés dans une matrice à boucles, le tout se déroulant en sens unique.

C’est un rapide contact sur sa main qui vînt rabaisser son regard, sentant malgré la fugacité du geste, une certaine fébrilité. « Je veux être là pour toi Joe… Pour vous deux. Ce jeu est mauvais. Il faut vous protéger. Je veux vous protéger. Peu importe ma team, peu importe la tienne. » Joe se sent bête. Les gens autours d’elles sont si fébriles, si vivant, si désireux de lui faire du bien alors qu’elle, inactive et absente de tout, elle regarde simplement les choses se dérouler, se concentrant uniquement sur certains points égoïstes. Elle est frappée par la bonté, la surprise, car évidemment que cela ne sortait de nulle part à ses yeux et qu’elle aurait été bien égocentrique de s’y attendre et d’accueillir la chose comme si elle avait déjà mûrement réfléchit à tout ça. Bien que son visage se ferme, ses sourcils quelque peu froncés par l’incapacité à formuler rapidement une réponse cohérente et pertinente. « Vous êtes tout ce qui compte à mes yeux avec mon frère. »

Elle tapote du bout des doigts l’encadrement en fer de la fenêtre, silencieusement, afin de ne pas attirer l’attention, de ne pas froisser. Elle cherche quelque chose à dire, elle n’est plus habituée à ce genre de démonstrations qui ne l’ont jamais caractérisées, d’où son admiration face aux gens capables. « Merci. » C’était a priori la première chose à dire, elle finit cependant par esquisser un rapide sourire au milieu de sa sentence. « On s’en fout des team, je sais pas, je pense qu’elles sont vouées à disparaître, à ce que les limites se brouillent. » Passant une main dans sa nuque, elle continua. « On fera en sorte et si tu m’aides, je pense que ça peut que bien se passer. Pis j’aiderais aussi, je suis pas la demoiselle en détresse. » Lâchant un rire, elle resta immobile. Handicapée sentimentale qu’elle était. On lui avait appris à dire s’il vous plaît, merci, à faire des pirouettes. Mais pour le reste c’était une autre histoire.

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Lun 22 Aoû - 18:25
Dans tes yeux.
Je gravirais les montagnes d'or et le corps dans le corps. Au sommet, dans le sang unifié, de tes nuits sans frontières, je serai la lumière. Comme un guerrier vaudou, seul au milieu des loups, que les tambours indiens nous montrent le chemin. Dans le paranormal, dans l'animal instinct, j'hallucine. Dans tes yeux.





Une main au-dessus de mon crâne comme pour me rassurer. Mais ce geste me trouble, non pas à cause de notre proximité mais simplement car j’ai l’impression qu’il est machinal.  Joanne essaie de me réconforter comme elle aurait pu réconforter son gamin, d’un geste affectueux sans pour autant plonger dans l’embarras son interlocuteur. Je me retiens de baisser les yeux lorsqu’elle dit Ça va aller, je vais pas partir demain. Oui. C’est ce que disais aussi Dorian, la nuit lorsque toutes les lumières étaient éteintes. On était dans le lit tous les deux en train de glousser car plus aucun son n’osait transpercer le silence – rien à part le rire candide de deux gosses à moitié endormis. Je le serrais contre moi la nuit, et lui il n’aimait pas ça ; il avait trop chaud. Alors il passait sa main sur ma joue avant de me pousser en râlant Je vais pas partir, laisse-moi ! Pourtant maintenant Dorian t’es plus là. Même lorsque je vois ta carcasse se trimballer dans le jeu j’vois bien que t’es plus ici. Mon Dorian à moi est allé jeter des pierres dans l’horizon pour lui dire Hé connard, rends moi ça ! Hé connard, t’as mes souvenirs, t’as mon enfance, ma famille, mon sang et mon cœur. Pourquoi tu veux pas me rendre tout ça ? Puis le soir est tombé et il est resté accroupi, gelé par le froid et l’oubli.

Mon frère est parti.

Mais je ne dis rien. Je n’ai pas la force d’argumenter plus longtemps ; et puis elle ne comprendrait certainement pas mon acharnement. Sûrement, même, pour elle, mon affection soudaine doit être surprenante. Je ne suis que celle qui garde Hunter, rien d’autre.

Du moins, pour Joanne.

- On va jouer à ça. On verra si t’arrives à découvrir où et qui je suis. Vous êtes bon vous les Eshu pour ça, non?

Un sourire joueur découvre ses dents et m’entraine dans sa chute ; je lui renvoie la même image. Mon cœur rate un battement, je me dis que c’est uniquement l’excitation face au jeu. Mais au fond, je sais que l’explication est bien plus profonde – seulement, j’ai pris l’habitude de me voiler la face à coup de raisonnements simplistes. Je tends en avant mon index pour la pointer du doigt tout en la détaillant, amusée.

- C’est très facile d’ailleurs… Déjà je suis certaine que tu n’es pas Eshu, je ne t’ai jamais vue au QG. Caho… Tu ne m’as l’air ni sanguine, ni sadique –ou alors tu caches très bien ton jeu. Il en reste alors deux : GAIA ou ATOM. Je dois dire que c’est un peu moins évident pour ceux deux-là. Mais les GAIA sont beaucoup moins téméraires que les ATOM, et surtout, moins solidaires. Je ne te vois pas abandonner quelqu’un lors d’une quête, et je ne te vois pas non plus t’amuser à te camoufler dans les arbres. Il me semble que tu fais un métier à risques, donc ça doit se voir dans ton jeu… Oui donc, je dirais ATOM. Un léger silence avant d’élargir mon sourire. Je gagne quoi si j’ai bon ? Et non, ne me dis pas de l’argent ; je veux autre chose.

Mon regard appuie ses lèvres sans que je ne m’en rende compte. Certainement un réflexe, j’me dis. A force d’aller draguer dans les bars, je finis par le faire inconsciemment, j’me dis. Pourtant je sens quelque chose en moi chauffer assez fort pour me faire baisser les yeux jusqu’à trouver un point à fixer : ses godasses.

- Merci. Dit-elle, de marbre après m’avoir laissé lui avouer mon envie de les protéger. On s’en fout des team, je sais pas, je pense qu’elles sont vouées à disparaître, à ce que les limites se brouillent. On fera en sorte et si tu m’aides, je pense que ça peut que bien se passer. Pis j’aiderais aussi, je suis pas la demoiselle en détresse.

Un rire sort de ses lèvres et le spectacle est quelque peu attendrissant ; une maladresse timide semble traverser le corps de Joanne légèrement désarticulée. Je fais un geste de la tête en guise de oui avant de regarder autour de moi dans la pièce et avoir une idée. Je réalise que la protéger, ce n’est pas seulement l’empêcher de saigner. Ce n’est pas panser ses plaies et m’occuper du petit. La protéger, c’est la faire sourire, la faire rire ; lui laisser l’opportunité de montrer au monde combien sa beauté pouvait exploser sur les murs en une joie autrefois retenue – oubliée. Je me redresse, droite, et garde toujours un sourire amusé sur mes lèvres.

- Tu sais quoi, j’ai une idée… Je saisis mon téléphone et tapote dessus. Une musique vient alors rompre le silence qui commençait à faire sa place. Si j’ai gagné à notre jeu, tu m’accordes une danse. D’une main, je pose le téléphone sur le rebord de la fenêtre, tandis que je lui tends mon autre main en me retenant de la frôler à nouveau.

Pourtant je sens ce besoin.
Celui de retrouver ce contact, à nouveau.

Je sens alors que tout ça est différent. J’ai déjà dansé avec des inconnues dans les bars. J’ai déjà baisé sur des morceaux et laissé un mot sur l’oreiller en écoutant un solo de guitare. Pourtant, là, je mettais un tout autre genre de musique qu’habituellement – un morceau que j’aimais écouter seule, avant de dormir. Un morceau qui berçait mon cœur,
Comme Joanne le fait.

C’est alors que je réalise que c’est elle qui est en train de me réanimer.
C’est elle qui me fait respirer.

C’est à cause d’elle que mon cœur commence à s’agiter.


 

   
   

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mar 23 Aoû - 16:42
Gagnante du petit jeu nouvellement posé, elle sourit en la voyant s’y prendre, tentant de deviner. Elle le fit sans fausses pistes, avec clairvoyance, arrachant un rire à la jeune femme. Ça avait été rapide, elle s’était vue faire davantage durer la chose, mais il fallait croire qu’elle portait en elle et dans son regard le caractère conciliant et loyal des ATOM. Elle aurait pu mentir et dire qu’elle s’était trompée, mais bonne joueuse, fair play dans l’âme, elle hocha la tête avec amusement. « Ok. T’as gagné. » Un haussement d’épaule nonchalant plus tard, elle fût étonnée de la demande de Céleste, il y avait bien des moyens de la récompenser mais celui-ci semblait être celui qu’elle désirait. Elle a l’air sérieuse, ce qui est loin d’être le cas de Joanne qui voit cela comme une réjouissance régressive.

Prenant sa main, elle hocha la tête, amusée par la chose. « C’est marrant, c’est vraiment le genre de musiques que je verrais pour quelque chose de limite… romantique. » Naïve Joanne, tu prononces les mots, tu devines les comportements, et tu restes enfermée dans ta méconnaissance. Maladivement inconsciente des autres, elle ne voyait rien pouvant lui mettre la puce à l’oreille, elle se prêtait au jeu avec amusement, venant mettre ses bras autour de son cou, trouvant que l’air s’y prêtait idéalement. Posant sa tête dans le creux de son cou, elle se laissa aller, c’était un moment réconfortant après tout, de trouver une paire de bras et un cœur battant venant apprécier cette fin de journée.

Il était vrai qu’elle prenait peu de personnes dans ses bras, ses contacts réguliers étant destinés à Hunter, lorsqu’il ne tendait pas sa main en avant pour créer une distance. Ne parlant pas, davantage dans ses pensées, bercée par le mouvement régulier, elle se rendit compte que la musique s’était arrêtée il y a quelques longues secondes déjà, ne remarquant que tardivement la chose. Délassant doucement ses bras, elle esquissa un sourire. « On dirait que quelqu’un a apprécié plus qu’elle ne l’aurait dû. » Amusée et taquine, davantage que véridique, à pointer la vérité, elle s’amusa tendrement de la chose. « Ça faisait une éternité que j’avais pas dansé. Tu m’excuseras, je me suis laissée faire, le rôle du cavalier te convenait mieux. » Sourcil haussé, elle continua, le coin des lèvres toujours étirées. « T’avais l’air plus habituée, plus à l’aise que moi dans ce domaine. Qu’est-ce que tu faisais avant de garder Hunter et de servir des ingrats? »

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MessageSujet: Re: DANS TES YEUX. (Joeste.)   Mar 23 Aoû - 23:11
Dans tes yeux.
Je gravirais les montagnes d'or et le corps dans le corps. Au sommet, dans le sang unifié, de tes nuits sans frontières, je serai la lumière. Comme un guerrier vaudou, seul au milieu des loups, que les tambours indiens nous montrent le chemin. Dans le paranormal, dans l'animal instinct, j'hallucine. Dans tes yeux.





La musique s’empare de mon corps en même temps que ses doigts. Tout d’abord, ce n’est qu’un contact léger où nos mains relient nos deux corps ; et je trouve ça tellement beau. Touchant. Mon être en tremble de plaisir – et je me sens hésiter, troublée. C’est marrant, c’est vraiment le genre de musiques que je verrais pour quelque chose de limite… romantique. Dit-elle en s’emparant de mon cou. Je suis alors prise d’une synesthésie surprenante : le monde n’existe plus, et pourtant rien ne me paraît plus vrai que cet instant. Mes joues brûlent de honte tandis que son parfum souffle dans mes narines des airs oubliés. Son épiderme contre le mien me rappelle combien elle est différente : sa douceur est inégalable. J’ai touché un tas de corps, senti un tas d’effluves, mais aucun n’était semblable à Joanne. Les paroles de la chanson s’emparent de moi et je me sens quelque peu surpassée ; la voix grave qui commence le refrain pourrait chanter pour elle. Mes mains sont sur sa taille et mes membres dansent ce que je croyais perdu.

Je retrouve des choses,
Belles.
Surprenantes.
Un cœur qui palpite, des lèvres qui tremblent et l’épiderme embrasé.

Et pendant un instant.
Une seconde.
A la fin de la chanson. Lors de son apogée ; en plein crescendo.

J’aimerais l’embrasser.

Pas comme ces catins passées.
Pas lorsqu’il fait nuit, ni lorsque j’ai peur.

J’aimerais embrasser ses lèvres, son âme et sa vie. J’aimerais toucher 21 grammes et lui donner dix vies. La chanson durerait alors une éternité, et ce serait Joanne qui écrirait la symphonie à l’aide de ses rires, de ses pleurs et soupirs.
Son souffle glisse sur mon corps lisse de sentiments que je croyais déchus. Je me recule un peu et je me perds dans son regard ; à deux doigts de m’y noyer,

A deux doigts d'y déposer un baiser.
Prête à immoler toute rationalité.

- On dirait que quelqu’un a apprécié plus qu’elle ne l’aurait dû.


Elle retire ses bras et je me sens flancher ; j’aimerais la supplier de ne jamais s’arrêter. De rester accrochée à jamais sur le fil rouge des émotions. Un sourire se dessine sur mes lèvres mais il doit paraître embarrassé.

- Oui, et cette personne c’est toi .. ? Un faux gloussement que je coupe promptement en repensant à mes fabulations précédentes.

- Ça faisait une éternité que j’avais pas dansé. Tu m’excuseras, je me suis laissée faire, le rôle du cavalier te convenait mieux.

Ma main vient se poser à nouveau sur le rebord de la fenêtre et je joue avec en la regardant, quelque peu perturbée. Je ne peux pas me permettre de replonger.
Je réalise que je n’ai même pas pu la regarder danser. J’aimerais recommencer, pour voir son corps s’immerger dans un autre monde – bien loin du jeu.

- T’avais l’air plus habituée, plus à l’aise que moi dans ce domaine. Qu’est-ce que tu faisais avant de garder Hunter et de servir des ingrats ?
- T’es observatrice… Tu penses pas vouloir rejoindre les eshu ? Un léger rire avant de saisir sa main à nouveau. Le geste est instinctif, il a dépassé la raison et les pensées, et je me sens obligée de parler promptement pour me justifier. Avant… J’ai vécu longtemps dans un cirque. Mon autre main saisit sa taille pour la rapprocher à nouveau. Je faisais des numéros de danse… Et tu sais. J’ai dansé toute ma vie. Et… Le tout, c’est de réussir à s’abandonner. Il ne faut plus penser à rien. Juste laisser son corps parler. Chanter. Tu as juste besoin de ça. Je parle de l’oubli de soi et ma raison m’abandonne ; je sens ma respiration parcourir son visage.

Ses lèvres sont juste à quelques centimètres des miennes.
Il ne manque qu’un geste.
Un sursaut me réveille et je me recule.

- Bref euh… Je pense que je vais pas plus te déranger…

La fuite.
Comme toujours.
La peur d’affronter la réalité.
Cette réalité qui t’as réanimée.
Qui te fait douter de ton incapacité à aimer.
Trop abimée.




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