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S'inscrire au DARWIN'S GAME, c'est montrer de quoi nous sommes capables et prouver que nous sommes l'avenir. Une seule regle : survivre. A partir de maintenant, c'est chacun pour soi. Nous devons oublier qui sont nos freres, nos femmes, nos amis, parce qu'aujourd'hui ils sont nos ennemis. Tuer ou etre tue est notre seule motivation. Le jeu debute.



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 LE SOLEIL ET LA LUNE (murphy)
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MessageSujet: LE SOLEIL ET LA LUNE (murphy)   Sam 17 Sep - 23:30
laisses moi te raconter l'histoire du soleil et de la lune

murphy
&
isak
Le temps ne presse pas en cette belle matinée de septembre. D'un air négligé, qui te colle pourtant à la peau, tu jettes un coup d’œil sur la montre, cette montre qui appartenait à ton grand-père, dernier héritage de ta grand mère, dernier souvenir d'eux qu'il te reste. Cette même montre qui n'aurait sans doute pas survécu aux camps de concentrations si elle n'avait pas été placée chez un voisin avant un départ forcé vers les camps de la mort. Camps où ont été placés il y a maintenant cinquante-six années tes grands-parents, qui ont eu le malheur d'être de fervents communistes. C'est là-bas qu'ils se sont rencontrés, là-bas qu'ils ont survécu et bien loin de cette horreur qu'ils se sont marié, quelques années après la victoire. Une histoire forte, un héritage que tu dois te rappeler et qui te rappelles aussi que ton enfance de merde, ce n'est pas grand chose à côté de ce qu'ont vécu tes ancêtres.

Assis seul à une table dans le quartier de West Side, tu sirotes tout en lisant le journal ton café serré. Ce n'est pas un café chic, ce n'est pas un café très fréquenté. Difficile de faire concurrence au géant Starbucks qui se trouve au coin de la rue. Mais ici, les serveurs ont le don d'être charmants et il n'y a pas foule. Toi, grand solitaire, tu te sens à l'aise ici. Tellement à l'aise que depuis que tu travailles à l'université, tu viens ici chaque matin avant d'aller travailler. Personne pour te déranger, si ce n'est la gentille serveuse, Aurelia, qui te demandes si tu as passé une bonne nuit et nettoie les quelques tables qui doivent être nettoyées. Tes yeux tombent sur un autre de ces articles anti-Darwin's Game et naturellement, tes yeux roulent au ciel, un soupire glisse entre tes lippes et agacé, tu tournes la page et bois une autre gorgée de ta drogue matinale. Le temps passe, il est presque dix-heures et le cours que tu dois assister commence dans un peu plus d'une demi-heure. Tu avales le fond de ton gobelet avant de plier le journal et le fourrer au fond de ton sac à dos, entre le manuel de d'histoire polonaise et l'autre de géo-politique allemande. Sans trop de raison, juste l'esprit qui s'égare, tu jettes un coup d’œil à travers la fenêtre et là, ton cœur fait un bond en arrière.

Une silhouette, de profil, assise sur un banc, les yeux rivés sur ce qui semble être un livre. Trop loin de toi, tu ne distingues que deux choses, ses cheveux et son sexe. Chevelure blanche si particulière, presque transparente, semblable à des fils de nuage, qui te rappelle celle de la gamine que t'as côtoyé pendant quatre ou cinq années. Varsovie. Ta meilleure amie. Celle qui répondait au nom de Vriska. Vriska l'impétueuse, Vriska la fougueuse, la maligne Vriska qui volait et galopait dans les rues polonaises. Vriska la pugnace, la dure, celle qu'on réprimandait pour un caractère bien trop fort pour un si jeune âge. Une dure à cuire comme on en croise rarement, la têtue gamine de Varsovie. Celle qui n'en faisait qu'à sa tête. Celle qui avait finit par accrocher avec son antipode, Isak Lehnsherr, le gosse gentil mais qui se faisait imposer. Vriska et Isak, le duo de choc, la fougue et la raison. L'électricité et l'eau. Le Soleil et la Lune. Vriska, qui est partie trop tôt, sans même dire au revoir, sans même se retourner une dernière fois. Celle qui s'en est allée, abandonnant Varsovie et son acolyte, pour partir tu ne sais où, loin de toi, pour toujours.
Ce n'est même pas elle, pourquoi serait-ce elle ? Pourquoi le Destin te l'aurait foutu là, au beau milieu de Chicago, à des milliers de kilomètres de son lieu de naissance ? Vriska, que tu croyais morte, envolée, balayée par la poussière. La femme sur ce banc, ce n'est pas elle et pourtant, tu te trouves déjà sur le perron du café, le point serré sur la bretelle de ton sac, le regard à la fois dur, à la fois perdu. T'es nostalgique, t'as le cœur qui fait mal quand tu penses à elle. Elle que tu n'as jamais su oublier. Mais c'est comme avec ta mère, c'est comme avec ta grand-mère. Vriska est morte et le deuil est fait.
Mais tu ne peux pas partir comme ça, faire comme ci de rien n'était, prendre le métro et aller travailler. Tu ne peux pas parce que tu ne veux pas et même si tu le voulais, tu le regretterais surement toute ta vie. Tu deviens surement fou, mais tu as besoin de savoir, avoir le cœur net, partir déçu, peut-être, mais c'est nécessaire. Alors tu t'approches et tu trembles à la fois. Pourquoi as-tu peur, pourquoi es-tu effrayé ? T'as le coeur qui bat très fort, t'as les idées qui dérapent dans tout les sens, les souvenirs qui te submergent et te font mal. Mais te voilà presque face à elle et tu n'oses même pas la regarder. Tu as à la fois peur d'être déçu ou peur de vraiment tomber sur elle, Vriska. Le regard baissé, tu t'assois sur le même banc, à côté d'elle sans pour autant la coller. Qu'est ce que tu peux lui dire, à cette parfaite inconnue ? Tu attends quelques secondes et vient comme une illumination. Tu n'as pas le choix. "Czy obciąć włosy? To pasuje do ciebie. Byli zbyt wiele w twoich oczach wcześniej." (Tu as coupé tes cheveux ? Ça te va bien. Ils allaient trop dans tes yeux, avant.) Cette jeune femme va te prendre pour un fou, s'en aller, loin de toi et ce n'est pas grave. Parce que au pire des cas, si c'est elle, si c'est ta Vriska, elle ne pourra pas faire semblant de ne pas comprendre.

camo©015

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MessageSujet: Re: LE SOLEIL ET LA LUNE (murphy)   Mar 20 Sep - 12:50
le soleil et la lune
murphy srenski & isak fijalkowski


Le bruit de la sonnette perça ses songes éphémères jusque dans ses tympans dans une explosion aigue, et une déflagration vrilla dans son crâne, retentissant dans chacun de ses muscles amorphes. Maugréant des syllabes incompréhensibles, peut-être même était-ce plus un grognement profané que de véritables paroles, Murphy bascula sur le côté en rabattant l’oreiller sur sa tête. Un battement incessant pulsait tant dans ses veines que sous son cuir chevelu, celui-ci épris dans étau de fer tel un rouleau compresseur anéantissant la moindre lucidité sur son passage. Le temps s’était évaporé dans une faille à l’odeur criarde et l’ardeur végétative. L’immonde bruit retentit une nouvelle fois, plus lointain, étouffé par le bouclier intangible de son oreiller mais surtout par l’épais mur mitoyen ; cette fois-ci, l’honneur était pour les voisins. Hagarde, la tête à la chevelure de neige émergea et son regard papillonna quelques instants dans la clarté de la chambre, avant de se poser quelques instants sur la partie vide du lit. Sur ce côté froid du matelas, ce côté rude et absent de toute présence humaine depuis quelques temps. Ses doigts frôlèrent le drap, dans une caresse incertaine et mélancolique. Même dans son inconscience, son corps refusait de s’étendre sur cette partie-là – peut-être de peur de s’imprégner du démon d’antan. De l’homme qui partageait autrefois sa vie, son corps et son âme.

Alors que de l’agitation résonna au rez-de-chaussée, éclats portés par la cage d’escalier, Murphy roula à nouveau de l’autre côté dans une mollesse sans égale mesure et observa les chiffres digitaux alignés sur son réveil dans une lueur pâlotte. Nouveau claquement dans ses méninges. « Do kurwy nędzy. » (putain de bordel de merde – très classe) La décision était prise en même temps que l’injure s’échappa dans un bruit de gorge rocailleux : les laboratoires mafieux se passerait de sa présence aujourd’hui, acceptant dès lors le plus que probable courroux du grand loup Pimkins. Il ne viendrait pas la chercher, ni charger quelconque de ses sbires à cette tâche ingrate, tous avaient très certainement mieux à faire que de s’occuper de la casse-cou de service. L’arrivée, puis la présence de l’alchimiste des rues et son affront faisait des émules. Son absence soulagerait certainement des consciences – d’autant plus qu’elle passerait possiblement inaperçue dans la masse de hommes qui s’absentaient un peu plus chaque jour. Les rangs de la mafia souffraient tout autant que le reste de la société du darwin’s game, peu importaient les injonctions et mesures des Pimkins à cet égard, ou les nouveaux contrats et récentes recrues apportés par le jeu.

Murphy se redressa sur le lit, silhouette quasi-fantomatique parsemée d’éclats de mort ; peut-être un peu trop vite car la pièce tangua autour d’elle, disparaissant et réapparaissant dans une lumière blanchâtre écarlate. Ses pieds tâtonnèrent le vide puis envoyèrent rouler quelques mètres plus loin la bouteille de whisky qu’ils rencontrèrent. Vide, évidemment. Dans un soupire expulsant un énième grognement, ou une autre insulte dissimulée, la jeune femme parvint à se mouvoir jusqu’à la salle de bain adjacente à la chambre et de s’échouer contre le lavabo. Passant de l’eau fraîche sur son visage, elle se brossa ensuite vigoureusement les dents afin d’estomper son haleine de cadavre et les relents alcoolisés. Les nuits étaient rudes. Peuplées de fantômes, de doutes, d’égarement.

Le chahut précédemment entendu semblait s’être transporté au bout de son couloir, et Murphy se risqua un coup d’œil dans l’embrasure de la porte d’entrée – dans toute sa paranoïa exemplaire. Des adolescents se débattait vigoureusement entre les mains d’agents de la police, le darwin’s game forcément en faute dans leur société désormais en perdition – et ce n’était pas la première fois que cet escadron de flics faisait une descente dans cette partie quartier. Murphy, son tatouage caché derrière l’oreille et son semblant de laboratoire clandestin n’avaient jamais été aussi proches du danger qu’en ces dernières semaines, et sa paranoïa s’en retrouvait multipliée puissance mille comme l’attestait la porte qu’elle referma vivement avant d’attirer l’attention sur sa personne. Se doutaient-ils, qu’à trois portes de leurs affaires, se trouvait une cible de choix à charger de multiples accusations ? Un ricanement se perdit dans les tréfonds de son être face à l’ironie de la situation. Hier soir encore, alors qu’elle se faufilait dans les rues tard dans la nuit, elle avait croisé au loin des flics en patrouille – certainement pour faire respecter le couvre-feu. Elle en avait reconnu un, de loin, elle l’avait déjà croisé chez les gaia. Même les forces de l’ordre censées faire respecter les lois anti-darwin’s game y participaient elles-mêmes.  

Murphy finit par s’échouer une nouvelle fois dans la salle de bain, sous le puissant jet de la douche. Alors que l’eau froide glissait le long de sa tête renversée et sur ses épaules, elle laissa ses pensées vagabonder plus que de raison. Elle était rentrée tard la veille, si tard que les premières lueurs de ce jour n’avaient pas tardé à effleurer sa peau. Elle n’avait pas trouvé le sommeil, perdue comme chaque temps dans ses tourments. Alors Murphy s’était à nouveau réfugiée dans l’alcool, marquant une énième fois sa peau diaphane de quelques brûlures de cigarettes. Aux grands maux, les grands remèdes, n’est-ce pas ? Un semblant de sommeil l’avait finalement attrapé dans ses limbes, deux ou trois heures. Sans repos, une somnolence peuplée de cauchemars et de créatures indistinctes.

Une fois le calme revenu dans son pauvre immeuble de south side et deux aspirines avalées sans grande conviction, Murphy en profita pour s’éclipser – comme quelques-uns de ses voisins ayant opté pour la discrétion durant l’heure passée. Plus loin que son quartier pourri de prédilection, mais jamais trop éloignée non plus. La chimiste flâna quelques temps parmi l’effervescence des passants, profitant de la douce fraîcheur de cette matinée de septembre pour réactiver ses neurones anesthésiés par les effluves alcoolisés de la veille – et tâchant bien évidemment de contourner le commissariat, bien que trop débordé désormais. Elle s’attarda un instant dans un café assez peu peuplé, mais sans s’empêcher de jeter des regards au-dessus de son épaule, et une fois sa commande en main, alla se réfugier sur un banc plus loin. Elle avala promptement une bonne gorgée brûlante de caféine pour pallier à la déficience de sa conscience, et bientôt à celle de son système immunitaire si elle continuait ainsi. Puis, la jeune femme reposa le gobelet encore fumant à côté d’elle, s’alluma une cigarette – tiquant en même temps sur les légers tremblements de ses mains, ce maudit trouble musculaire incurable – et se plongea dans sa lecture du moment.

Murphy ne pouvait pas se douter qu’en cette matinée de septembre, son monde s’écroulerait une nouvelle fois. Qu’une brèche du passé se rouvrirait pour dévaster la moindre parcelle de résistance, de combat rudement mené chaque jour, pour ne laisser qu’une plaie béante par la suite. Que les maux et les mots ne formeraient qu’un tout mélancoliquement odieux. Non, Murphy était loin d’imaginer que le mal viendrait d’ailleurs, de plus loin, de plus discrets et doux que ses démons perpétuels ; alors qu’une ombre se dessina sur les pages de son bouquin. Que des mots dans sa langue maternelle vinrent emplir son espace vital – et sa bonne âme. « Czy obciąć włosy? To pasuje do ciebie. Byli zbyt wiele w twoich oczach wcześniej. » Non, tu ne t’attendais définitivement pas à croiser un véritable fantôme du passé le plus lointain de ta misérable existence.

Son regard de bronze se posa sur le visage lui faisant face, mais un flot d’images lointaines s’interposa sur l’homme. « Je … » Les pierres froides sous ses pieds nus, les éclats des mômes à chaque croisement, les grelottements des corps pressés les uns contre les uns, les grondements des marchands volés, les coups des jeunes plus âgés, la peur au ventre, la survie dans l’âme, les traces de l’hiver sur la peau, les muscles tenaillés par la faim, les copains disparus, les éclats du soleil d’été sur une longue chevelure blanche ballotée par le vent. Cette même chevelure si claire que petite fille, elle était surnommée « czarownica », la sorcière. « Je … » Perdue, dévastée entre deux mondes, Murphy perdait les mots, le souffle, le cœur. Murphy même n’était plus, elle était Vriska. L’enfant des rues, la gosse enragée face à la vie. Et devant elle, l’impossible. L’enfance perdue, l’amitié révolue. Cette amitié si propre et limpide des enfants, si pure de leur innocence teintée d’arrogance.

Finalement, un mot franchit la barrière muette de ses lèvres, une poignée de lettres abîmée par les rêves d’autre fois. « Isak ? » Le discret, mais le fier Isak, le calme avant sa tempête, le réfléchi épris de convictions idylliques. Son protecteur, son ombre, son éclat. « Dlaczego … » (pourquoi). Entre ses doigts, la cigarette se consuma seule, et ses cendres se dispersèrent quelque peu sur les pages de son livre, quelques autres dans la brise légère de Chicago. « Comment, qu’est-ce que- » Son myocarde menaçait d’exploser sa cage thoracique. « Qu’est-ce que tu fais là ? » Face au trop plein de questions l’assaillant de toute part, la jeune femme ne put exprimer que la plus simple – et la plus bête.
Quelque part au loin, au plus profond de tes entrailles, souffle le vent des hivers glaciaux de Varsovie.


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MessageSujet: Re: LE SOLEIL ET LA LUNE (murphy)   Jeu 22 Sep - 0:34
laisses moi te raconter l'histoire du soleil et de la lune

murphy
&
isak
Tout s'arrête. Chaque mouvement, chaque souffle du vent, chaque pas des passants, chaque battement de cœur. Ça te fait comme dans les films, quand tout se fige pour ne laisser que le protagoniste avec lui même. Sensation étrange, assez désagréable, âcre, angoissante. Le son d'une voix au loin, qui prononce ton nom. Quatre lettres, quatre lettres que tu entends tout les jours, et pourtant. De cette voix, une voix si familière et étrangère, tu ne l'avais pas entendu depuis bien des temps, des temps où tu n'étais pas le même, innocent gaillard de Varsovie, le regard plein d'étincelles et d'espoir, aux côtés de sa Vriska, l'éternelle Vriska. Mais cet Isak là, celui qui sortait des lèvres de la belle inconnue qui n'en était plus une, il était mort, depuis déjà longtemps. Isak Lehnsherr qui a laissé place à Isak Fijalkowski, le meurtrier, loup solitaire, errant, mais motivé par un espoir, espoir jamais révolu, déterminé à te guider, tout en confiance. Vriska ne connaissait pas cet Isak et Isak ne connaissait pas cette Vriska. Vingt-deux ans passés loin de l'autre, toi qui ne l'avait pourtant pas oublié. Et la revoir, la sentir, ici, ainsi, dans les rues de Chicago, lieu bien incongru pour deux petits polonais miséreux, combattants.

Mauvaise songe, mauvaise blague, tu n'appréciais pas. Immobile, les pensées en vrac, toi tu attendais le réveil, un réveil qui ne viendrait jamais pour laisser place à une réalité bien trop fracassée, hargneuse, mal placée. C'était le chaos, le plus total et le plus sombre et toutes les idées se cognaient à un tel point, à une telle vitesse et force que tu étais incapable de réfléchir correctement. Ton regard finit par se perdre dans un autre, celui de ton éternelle amie, celle qui prononçait des mots, des lettres. « Qu’est-ce que tu fais là ? » Une phrase, qui ne te laissa pas de marbre. Tu réalisa alors la situation dans laquelle tu étais, aussi burlesque soit-elle, presque trop violente. Ce sont ces yeux là, deux iris noisettes, puis ces lèvres rosées et ces cheveux blancs, tout ces traits qui ramenèrent le pauvre immigré que tu es à la réalité. Sans l'avoir décidé, tu te leva d'un bond, rompant le contact, les mains pressées sur le crâne, tes doigts entrant en contact avec une nuque humide par la sueur. Et là, un rire nerveux, inquiétant sortit de ta gorge nouée, douloureuse. C'était complètement fou, tu étais complètement fou. Tes mains se misent alors à trembler de plus belles, les mains d'un homme plein de désarroi. Toi qui avait beau aimer fouiner dans les livres de la bibliothèque, n'avait jamais lu un quelconque conseil pour faire face à ce genre de situation.  Mais il faut bien se retourner et affronter la réalité en face, aussi inconvenante soit-elle. "Tu..." A ton tour, les mots se perdaient dans un écho qu'elle seule, Vriska, pouvait intercepter, puisqu'il n'y avait plus que vous deux sur Terre et tout les démons, les histoires du passé.

Tu devrais peut-être garder tes distances, les années effaçant bien des choses, mais ton cœur te dicte de faire un pas, puis deux en sa direction. Tu observes ses mains si claires, tremblantes elles aussi. Tes prunelles azurées remontent jusqu'à ce visage et tu t'agenouilles face à elle, Vriska. Vingt-deux ans que tu ne l'as pas vu, qu'elle t'a oublié, mais elle n'a pas vraiment changé. Toujours ce teint un peu livide et des lèvres aux couleurs chatoyantes, mais un regard un peu différent. Tu ne décèles pas vraiment ce qui a pu changé chez elle mais tu te doutes que bien des choses lui sont arrivées. Vriska n'est pas née pour vivre sur un long fleuve tranquille et ça, tu ne peux le nier, c'était écrit. Elle semble brisée, envolée, mais tu ne saurais pas dire si c'est de te retrouver ainsi qui lui fait cet effet ou si c'est autre chose. Tu as bien envie de prendre une de ses mèches entre tes doigts comme tu l'avais déjà fait étant gosse, mais une barrière que tu n'avais jamais connu avec elle s'érige. Vous êtes adultes, vous avez la trentaine et vous ne vous connaissez plus. Pourtant, tu oses glisser tes doigts sur la paume de sa main libre, les yeux plissés, ayant dorénavant la certitude que c'est bien elle, que c'est bien vrai. T'as bien du mal à dégager le sens de cette rencontre mais tes traits se détendent et ton regard s'aventure dans le sien, presque confiant. "Je croyais que... Plus jamais je ne te reverrai. Je ne comprend pas." Un sourire se dessine sur tes lèvres, ton cœur se met à battre fort et tape contre ta cage thoracique. Les larmes mouillent tes yeux et tu ne t'en cache pas. L'émotion est trop forte, et Vriska t'a déjà vu pleurer quand ta mère est morte. Elle te regarde, incrédule, et tu la comprend, tu ne la brusques pas. Pour rien au monde, toi même qui ne réalise pas vraiment ce qu'il se passe. La bouche entre-ouverte, les mots se cherchent. "Quinze ans que je suis là. C'est... Compliqué." En effet, comment annoncer à ta meilleure amie d'enfance que tu avais tué ton père, emmené ta petite sœur ici quand t'étais encore qu'un gosse au visage tuméfié par les coups et le psychisme détruit par les hurlements, pour vivre chez ta grand-mère ?

Ton doigt fait des cercles sur la paume de cette main, assimilant toutes ces années envolées. Tu l'observes, cette créature de la nuit, sembles te rendre compte que Vriska n'est plus la gamine sauvage de Varsovie mais une jeune femme, mystérieuse, intrigante, belle, à l'anglais impeccable mais toujours teinté d'un accent doux polonais, incroyablement attachant. Vriska que tu avais toujours vu comme une deuxième petite sœur, une acolyte inégalable, était désormais âgée de trente années qui à ton goût, lui réussissait à merveille. Mais tu n'es pas aveugle et tu le sens, son apparence presque fantasmagorique n'est qu'une carapace à une femme que tu ne connais pas. Que tu veux connaître. Parce qu'après ce regard, car après ces retrouvailles, tu te sens et te sais incapable de t'en aller et la laisser derrière toi, comme elle avait pu le faire bien des années auparavant. "Comment tu vas, Vriska ?" Une question un peu idiote, si elle devait retracer vingt-deux années de distance. Tu regardes autour de toi et te rend compte que c'est un lieu bien étrange pour de telles retrouvailles. Tes sourcils se froncent, tu en as que faire de ne pas aller travailler aujourd'hui, tu as bien d'autres priorités. "Ce serait bien que... On se trouve un endroit un peu plus confortable pour tout ça, non ?" Tu avais peur, tellement peur qu'elle te rejette, alors que toi, d'un seul regard, de seulement quelques mots, tu étais destiné à ne plus jamais la quitter.

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MessageSujet: Re: LE SOLEIL ET LA LUNE (murphy)   Mar 27 Sep - 23:46
le soleil et la lune
murphy srenski & isak fijalkowski

Le temps est assassin, et emporte avec lui les rires des enfants.
Le temps, cet infanticide. À cet instant miséricordieux, il se fichait bien d’elle – parce qu’il ne faisait aucun doute que c’était bien lui, Isak Lehnsherr. Qu’il était là, le grand chérubin de son enfance. Le môme ayant édulcoré la grisaille d’un passé terne. Une histoire bien sale, pour des aventuriers sans espoir. Au-delà de leur misère commune, tout un monde aurait pu les séparer à jamais. Isak, l’enfant d’un foyer, l’aîné d’une modeste fratrie ; et un toit sous lequel s’endormir. Vriska, la gosse de la rue ; cette mère des enfants perdus. Mais il l’avait suivie dans son gouffre, dans sa quête perpétuelle d’un bonheur absurde aliéné par un besoin perpétuel de survie.

Aujourd’hui, Vriska n’était plus. La petite brindille ne s’était pas transformée en un chêne majestueux, mais elle subsistait.
L’orpheline d’un jour, l’orpheline de toujours.
Murphy, entre ciment et belle étoile.

« Je croyais que … Plus jamais je ne te reverrai. Je ne comprends pas. » En raison de son départ précipité, on ne lui avait guère laissé le temps des au revoir. On ne lui avait jamais demandé son avis, à la gosse écorchée – d’être « recueillie », de quitter sa terre natale, d’être naturalisée américaine ou d’être enlisée dans la gangrène des basfonds de Chicago. « Je n’avais jamais pensé te revoir … ». Ce serait certainement dur à entendre, mais peut-être pas autant que la violence de leurs retrouvailles. En quittant la Pologne, bien que contre son gré, elle lui avait dit adieu – à lui, à la ville, comme à tout le reste. Murphy n’avait jamais remis les pieds à Varsovie, peut-être par honte, non sans un remord. Mais dans la rue, elle avait appris une chose essentielle : le temps était un assassin. Ceux qui s’en sortaient, ne revenaient pas. Leur souvenir s’estompait, avant d’être relégué au rang de vestige. Vriska était devenue l’un d’eux, un bout de mémoire des rues de Warszawa.

« Quinze ans que je suis là. » Quinze ans, ce nombre exact d’années qu’elle-même était installée à Chicago. De tout temps, leurs existences s’entremêlaient en un destin des plus hasardeux - quinze putain d’années que ces gosses en mal d’amour se côtoyaient dans la même ville. Que leur présence se chatoyaient certainement dans les mêmes ruelles, à la table d’un même café, entre les pages d’une même bibliothèque – et pourquoi pas, dans les couloirs d’une même université. Cette information s’intégra difficilement dans son esprit, tant il lui était pénible d’accepter l’idée que sa vie aurait pu être toute autre. Que celle-ci, n’avait tenu qu’à un fil de la rédemption. Et qu’aujourd’hui, il était trop tard. « C’est … compliqué. » Ces mots avaient une telle portée, elle aurait tant pu en dire autant. Murphy était loin de se douter, que l’enfant vertueux de ses souvenirs s’était brisé dans l’assassin qui lui faisait face. Pourtant, elle ressentait l’aigreur d’un vécu horrifique – la mort laissait derrière elle un sillage d’ombres et de doutes. Faucheuse tant croisée, qu’elle avait appris à en reconnaître les caractéristiques, à s’en imprégner. Mais surtout, elle l’avait vu emplir d’accablement l’océan de son regard ; cet abîme qui le transperçait présentement de toute part dans un mélange de désespoir et de gratitude. Isak avait pleuré la mort sur l’épaule de sa meilleure amie, la maladie ayant emporté celle qui lui avait donné la vie bien avant qu’elle n’en soit digne. À cette époque, la petite Vriska connaissait l’empathie – celle qui lui avait fait commettre tant d’erreurs dans la jungle du plus fort ; elle aurait tout donné, pour que la maman de son ami revienne. Orpheline de naissance, s’ils partageaient alors l’absence d’un amour maternel, Vriska n’en avait jamais connu la disparition et il lui avait été difficile d’épancher les larmes d’Isak avec ses mots maladroits. Comme aujourd’hui, l’écume à ses prunelles la paralysait si bien qu’elle ne put que les observer fatalement se perdre sur sa peau.

Murphy n’osa pas, pas tout de suite, rompre le contact qu’il avait instauré. Qu’était Isak, à présent ? Un inconnu, aussi malheureux que ça pouvait l’être de l’admettre. La caresse qu’il voulait très certainement douce, lui déchirait la paume de la main comme un milliard de dards. Zerakh avait laissé des traces indélébiles dans sa compagne, des marques de fer et de sang dans de multiples cicatrices tant dans l’âme que sur son corps. Parmi celles-ci, la répression du contact intime avec l’être humain ; l’haptophobie, un nom bien trop scientifique pour désigner la phobie d’un simple toucher. Zerekh n’était plus, mais son art ne cessait de se décupler. Le corps de Murphy n’était qu’un réceptacle, le témoin de son histoire. Relâchant imperceptiblement sa respiration qu’elle avait retenue sans s’en rendre compte, la jeune femme retira doucement sa main de l’emprise dans un sourire contrit. Il était si loin, le temps de la tendresse – cette époque envolée dans des volutes de fumée noire.

Pourtant, Isak avait le mérite d’avoir calmé ses tremblements.
Comme un baume sur des maux damnés.

« Comment tu vas, Vriska ? » La poignée de lettres glissa au bord de ses lèvres, roula dans l’air pour se disperser dans une faille temporelle entre la Pologne de l’après-Guerre Froide et les États-Unis d’une ère capitaliste. Un nouveau monde les séparait, d’un espace d’une vingtaine d’années comme à des années lumières. « Murphy. » Une hésitation, comme un peu désolée. Désolée que le temps ait emporté sa meilleure amie, désolée d’abîmer ses quelques souvenirs. « Je m’appelle Murphy maintenant. » Depuis presque toujours, deux tiers de son âge à être nommée ainsi – et ce, pour le restant de son existence.  Et à l’image de la loi d’Edward Murphy Jr., sa vie n’en menait pas large. « Murphy Srzenski, pour être exacte. » Le nom polonais raisonna dans la clarté de son accent, ce même accent n’ayant jamais quitté le timbre de voix de son ami perdu. « Mes parents adoptifs étaient mi américains mi polonais, j’ai donc la chance de garder quelques racines de la Pologne avec leur nom. » Autre que dans le sang de ses veines marbrées. « Je vais bien. » finit-elle par lâcher, simplement, de son ton nonchalant si caractéristique. Aussi bien que le monde continuait de tourner parce qu’il le fallait. Mais Murphy n’allait pas bien – ne le sera probablement jamais. Ses piètres nuits d’insomnies étaient peuplées de cauchemars, ses pas de disgrâce la traînaient dans un sillon de sang – le sien, celui des autres. L’ange fanée, la môme éplorée – des rues de Varsovie naquit le monstre d’aujourd’hui, celui qu’Isak n’avait jamais vu grandir.

L’espace et le temps semblèrent se reconnecter non sans peine, les minutes s’écoulant à nouveau dans un semblant de normalité. Les passants reprirent discernement, le banc sa consistance. La fumée du café posé à ses côtés s’était dissoute depuis un moment en même temps qu’il s’était refroidi ; à l’instar du mégot de cigarette éteint qui s’échappa d’entre ses doigts pour s’échouer sur le bitume. « Ce serait bien que... On se trouve un endroit un peu plus confortable pour tout ça, non ? » La jeune femme devait se faire une raison ; chaque homme de sa vie était annonciateur de mauvaise augure. Isak échappait-il à la loi de Murphy Srzenski ? « Euh oui … Oui, bien sûr. » L’étrangeté de la situation flottait inlassablement dans l’air, alors qu’elle déplia ses jambes pour se redresser. Les légers papillonnements dans le crâne lui rappelèrent sa gueule de bois, et Murphy rangea maladroitement son livre dans son sac en adressant une esquisse à son ami d’enfance. D’un signe de tête, elle lui enjoignit de la suivre, en direction du café même sur le palier duquel il l’avait aperçue – sans qu’elle se doute une seconde qu’il était un habitué des lieux. « Je n’ai pas d’autres idées … et je n’habite pas dans la rue d’à côté. J’espère que ça t’ira. » En réalité, il lui avait été inenvisageable de l’amener chez elle. Isak dans son appartement était une condamnation, et il aurait alors toute l’ampleur du phénomène délabré qu’elle était devenue – sans oublier ses occupations indéniablement douteuses. La czarownica n’était pas si loin, finalement.

Ils avaient tant à se dire, et si peu à la fois. Toute un abysse entre leurs chemins arpentés si éloignés l’un de l’autre, un précipice qu’un simple café partagé ne pourrait jamais combler. Comment pouvait-on rattraper plus de vingt années d’absence ; ils s’étaient quittés enfants pour se retrouver adultes. Ils n’avaient plus rien des marmots intrépides, si ce n’étaient des éclats dans leur regard, dans leurs gestes, et cet infatigable accent polonais. Murphy nota la familiarité entre la serveuse et Isak alors qu’ils s’installaient dans un recoin de la salle, mais n’en tint pas rigueur. Elle prit alors pleinement conscience de l’homme qui l’accompagnait, de ses traits fins et de ses muscles saillants dessinés sous ses vêtements, des marques dans son regard, de la manière dont elle l’avait reconnu sans hésitation si tôt qu’il lui avait adressé la parole. Il lui était autant un inconnu qu’elle était certaine de l’avoir toujours connu. Et pourtant, tant de questions. Sur sa vie à Chicago, ce qu’il était devenu, comme il allait lui – car elle s’était bien abstenue de lui retourner la question. Murphy n’était pas certaine d’avoir toute la vie devant elle mais chaque réponse viendrait en son temps. « Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ? Je veux dire, qu’est-ce qui occupe tes journées ? » Pourquoi avait-il quitté la Pologne pour l’Amérique, qu’était devenue sa famille ? Il lui fallait commencer par les choses simples, ou peut-être son instinct la menait dans cette direction parce qu’elle redoutait les réponses à ses questions profondes. Ou bien était-ce ce lointain voile d’accablement qu’elle pouvait apercevoir dans ce regard bleuté, qui lui faisait craindre des explications ? Et des explications, elle-même en avait peur de donner. Murphy savait déjà pertinemment, dès lors qu’elle lui avait posé sa première question, qu’elle lui mentirait par la suite. Comment lui dire, à sa plus belle partie de son enfance, qu’elle était devenue une malfrat pouvant écoper jusqu’à la peine de mort selon les États. Alors la belle polonaise enchaîna rapidement sur une autre interrogation, tout aussi désireuse d’en connaître la réponse. « Cloé va bien ? Elle est venue avec toi à Chicago ? » En espérant que la petite sœur d’Isak avait survécu aux vices des quartiers pauvres de Varsovie aussi bien qu’eux, et pourquoi pas un peu mieux qu’ils ne l’avaient fait.  


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MessageSujet: Re: LE SOLEIL ET LA LUNE (murphy)   Mar 8 Nov - 2:01
laisses moi te raconter l'histoire du soleil et de la lune

murphy
&
isak
Murphy. Les six lettres résonnent, les deux syllabes sont comme une sentence. Tu ne connais pas Murphy, parce que la fille qui se présente devant toi n'est que Vriska, ta Vriska. Chevelure immaculée, regard profond comme les abysses terrifiantes de l'océan, allure frêle mais volonté de fer. Cette Vriska que tu connaissais par coeur, cette Vriska qui t'a fuis, s'en est enfuie jusqu'ici pour qu'enfin tu la retrouves, prétend ne plus être Vriska. Murphy Szrenski. L'orpheline que tu connais a enfin un nom et une famille, alors un baume s'étale sur ton coeur. Parce que cette orpheline, combien de fois quand tu étais gamin tu as rêvé que tes parents l'adoptent, que tu puisses enfin la prendre sous ton aile. Mais Cloé et toi étaient déjà de trop, cinq bouches à nourrir était une idée bien trop utopique, à ton plus grand regret. Il semblerait qu'elle aie un toit et un fin sourire se dessine sur ton visage. Tu es heureux, tout simplement. Bouleversé, encore sous le coup de l'émotion, mais tu es heureux comme tu n'a jamais été heureux et il n'y a plus rien d'autre ici que toi et... Murphy.

Elle te dit qu'elle va bien et tu aimerai la croire, bordel ce que tu aimerai la croire sur parole, boire ses paroles. Croire que Murphy s'en sort comme Vriska s'en sortait, les épaules lourdes mais la tête haute, trop fière et trop farouche qu'elle était, la solitaire gamine de Varsovie, l'acolyte d'Isak Lensherr. Mais les regards en disent toujours trop ,malgré les volontés acharnées de vouloir faire croire au monde entier qu'on s'adaptait, que la vie n'était pas trop insupportable. Pourtant, tu as été son plus fidèle ami et tu oses mêmes croire que c'est toujours le cas. Peu importe qu'elle s'appelle Vriska ou Murphy, cette jeune femme aux cheveux argentés tu la connais, tu peux toucher son âme d'un simple regard comme elle te touche le coeur en cet instant précis, le fais claquer contre ta cage thoracique, te fait ressentir un sentiment étrange, nouveau, que tu ne connais pas encore. De son regard, les idées se bousculent dans ta tête et pourtant, tu tentes de garder le contrôle. La fierté des rues polonaises, sans aucun doute. Ne jamais fléchir, toujours se montrer fort, même lorsque l'on est plus bas que terre, plus miséreux que jamais. Mais tu pouvais déjà le sentir, retrouver Murphy venait de briser quelque chose en toi. Ce sentiment de stabilité, toi qui avait été ballotté avec Cloé jusqu'ici, à Chicago, toi qui avais perdu tes parents, ta grand-mère, toi qui avait du affronter la mort, les coups, la haine et par dessous tout, le départ de Vriska. Et là, tu ne savais plus si tu étais Isak Lensherr, celui d'autrefois, le vagabond des quartiers polonais, ou Isak Fijalkowski, le rescapé immigrant, le miraculé d'une ère trouble et chargée de larmes salées.

Tu la vois hésitante, tremblante, et tu penses la comprendre. Ses gestes maladroits trahissent son manque de confiance, son manque de discernement et la difficulté à encaisser ce choc bien trop brutal, bien trop imprévisible. D'un pas naturel, vous vous dirigez vers le café que tu as quitté il n'y a qu'une dizaine de minutes pour retrouver ce fantôme du passé qu'est Murphy Szrenski. Tu adresses un léger sourire à la serveuse, comme à ton habitude. Mais tu n'as d'yeux que pour cette ancienne amie, cette fille qui a forgé ton enfance. Tu la vois, tu le sens, elle t'inspecte, te redécouvre par le regard et tu en fais de même. Les secondes filent, les minutes passent. Tu te sens tendu, les événements récents te font perdre beaucoup de ton naturel comme par peur qu'elle ne te reconnaisse plus si jamais tu devais agir comme l'homme que tu es devenu aujourd'hui. Malgré tout, en vingt années, tu ne penses pas avoir foncièrement changé, tu es toujours Isak. Il s'est pourtant passé tellement de choses que rien n'est plus exactement comme avant et qu'il en est très certainement tout autant pour Vriska, Murphy. Tu te questionnes, qu'a pu t'elle bien devenir ? Tu as beau tenter de la sonder, de découvrir quoi que ce soit par un simple regard, tu comprends petit à petit que c'est vain. Vriska a toujours été trop complexe, trop mystérieuse et il n'y a que quand elle veut bien sortir des mots de sa bouche qu'elle révèle un tant soit peu qui elle peut être réellement. Mais elle te devance, semble être tout aussi curieuse de savoir qu'est devenu le garçon qu'elle a côtoyé un tant, avant de s'effacer et de se faire oublier. Ton regard dérive vers la rue, derrière la vitre, avant de se perdre à nouveau dans celui de la femme qui s'adresse à toi, cette inconnue si familière. "Et bien je suis devenu assistant. A l'université, j'assiste un prof d'allemand et un autre de polonais. J'aime beaucoup ce que je fais." Tu réfléchis un instant avant de reprendre. "J'ai débarqué ici quand j'étais encore gosse, je pensais pas faire de longues études pour devenir un vrai prof, je pensais pas en être capable. Venir si tôt ici, je n'ai pas eu le choix..." Soudainement, tu te tais. A t'elle besoin de savoir si vite la raison de ta venue ici ? Tu n'as pas envie qu'elle te voit comme un monstre, monstre que tu vois déjà en toi. Monstre de par des actes qui te hantent encore... Et tu sais que Vriska en a vu des belles, tu n'as pas envie qu'elle sache si vite que le sang de ton père coule sur tes mains. Mais elle finira par savoir. Tu te tritures les mains, honteux, la peur au ventre. Tu te décides alors immédiatement d'enchaîner sur autre chose, Cloé, si Murphy le demande. Quand tu penses à elle, un autre sourire se dessine sur ton visage. Parce que Cloé est tout ce qu'il te reste et que tu es si fier d'elle. "Oh oui, Cloé est là. Elle va bien, je prend soin d'elle. Mais elle s'en sort toute seule aussi. Elle danse, elle danse si bien, comme elle l'a toujours fait, toujours rêvé." Ta voix s’adoucit considérablement en prononçant ses mots car Cloé et la personne la plus importante pour toi et qu'ô grand jamais tu la laisseras être méprise. Une fois que tu as apporté un semblant de réponses au questions, tu te redresses sur ta chaise, le regard qui se veut toujours plus profond, voulant briser toute trace de timidité, de pudeur inutile. Tu veux retrouver Murphy, Vriska. "Et toi, qu'est ce que tu es devenue ? Je crois que nous avons une vingtaine d'années à rattraper." Tu souris, pourtant tu es angoissé. T'as pas tellement peur de ce qu'elle a pu devenir mais tu as peur qu'elle apprennes qui tu es. Malgré tout, tu te sens déjà en confiance avec Murphy. Tu oses croire qu'au fond d'elle, elle est toujours la petite vagabonde polonaise autrefois appelée Vriska.

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