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S'inscrire au DARWIN'S GAME, c'est montrer de quoi nous sommes capables et prouver que nous sommes l'avenir. Une seule regle : survivre. A partir de maintenant, c'est chacun pour soi. Nous devons oublier qui sont nos freres, nos femmes, nos amis, parce qu'aujourd'hui ils sont nos ennemis. Tuer ou etre tue est notre seule motivation. Le jeu debute.



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 ALTERNATE WORLD / lucilla
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MessageSujet: ALTERNATE WORLD / lucilla   Dim 18 Sep - 22:03

jacob & lucilla
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Même un samedi après-midi, les rues n'avaient pas le même éclat qu'elles avaient pu avoir autrefois. Elles n'étaient plus vraiment peuplées de nos jours, hormis lorsque des centaines de personnes s'alliaient pour manifester contre les mesures anti-DG, parvenant à peine à décrocher de leurs téléphones pour déverser leur rage à Chicago. Les bilans étaient toujours les mêmes : une manifestation qui se mue en émeute, des rues saccagées, des boutiques pillées, des blessés traînés à l'hôpital débordé et des morts sur lesquels les vivants trébuchent alors qu'ils tentent de fuir ou de se mêler à la révolte environnante. L'anarchie le temps de quelques heures, avant que l'on passe à autre chose – de force ou de gré – et que le reste de la population reprend son souffle. Les médias, sous la coupelle de l’État, déverse leur flot d'informations sur les dégâts engendrés, avec des chiffres faux ou instrumentalisés, des images choisies avec précaution et des pseudo experts venant répéter sur les plateaux de télévision ce qu'ils avaient déjà pu dire la dernière fois mais prétendant donner une nouvelle opinion sur le contexte et les solutions à apporter à ces insurrections. Toutefois, certains avaient enfin réussi à se défaire des discours qu'ils n'avaient de cesse de répéter depuis des mois pour pointer du doigt un coupable, puisqu'il en faut toujours un après tout. Alors ils crachent sur les développeurs du jeu et sur la sénatrice Humphrey tandis que d'autres critiquent la politique gouvernementale de l’État qui serait à la source de tous ces mouvements agressifs. Peu importe leurs opinions dans le fond, puisqu'il est fort probable que la majorité d'entre eux se précipite sur leur téléphone pour se connecter à ce jeu tant déprécié dès que les caméras sont éteintes et qu'ils sont à l'abri des regards dans leurs foyers.

Cependant, il fallait continuer de vivre, du moins faire semblant. Quelques jours après la dernière manifestation meurtrière, les gens ressortent peu à peu pour feindre la routine mais ils sont plus agités, moins sereins, plus anxieux que quelque chose leur arrive dès lors qu'ils quittent la sûreté de leur appartement. Mais l'on se force à sortir de temps à autre comme pour montrer au reste du monde que l'on arrive encore à se détacher du jeu, que tout n'était pas perdu. S'ils se trouvaient dans cette rue habituellement passante du south side aujourd'hui, c'était en partie pour se voir ailleurs que chez lui mais aussi pour retrouver une certaine normalité plutôt rare de nos jours. Jacob avait proposé à Lucilla de se voir ailleurs que chez lui ou occasionnellement dans des bars aux horaires devenus particuliers, qui impliquait d'y aller en fin d'après-midi pour repartir en début de soirée, une heure plus tôt que l'heure à laquelle ils commençaient véritablement à avoir du monde lorsqu'il n'y avait pas encore la question du couvre-feu venant entraver leur service. Il avait voulu sortir en pleine journée, faire une activité normale à une heure normale, sans avoir à se soucier de rentrer à l'heure ou sans ressentir pleinement le coup que Chicago n'était plus vraiment la même ville qu'elle était encore il y a quelques mois. Il voulait faire comme si de rien était le temps de quelques heures où ils n'auraient pas à se soucier des contraintes qui reposaient sur eux et sur le reste de la population de façon générale. Et ça avait marché : il n'avait pas pensé au jeu et ne s'était pas inquiété sur le contexte actuel. Ils avaient fini par opter pour un petit restaurant de Chinatown dont la façade n'avait pas forcément l'air grandiose mais qui n'avait que des bons échos quant à sa cuisine. Lucilla s'était amusée de ses difficultés à reprendre l'habitude de manger avec des baguettes malgré sa dextérité habituelle et ils avaient échangé des plaisanteries et des anecdotes futiles durant le reste du repas, comme lors d'un repas au restaurant normal où l'on ne devait pas parler d'affaires ou jouer le rôle de quelqu'un d'autre. Mais était-ce vraiment normal de sortir déjeuner avec Lucilla comme l'on pourrait le faire avec des amis ou une petite-amie alors qu'elle n'était vraiment ni l'un ni l'autre ? Pour ne pas changer ses habitudes vis-à-vis d'elle, il était perdu et tout bonnement incapable de définir leur relation, ni même de savoir véritablement ce qu'il voulait qu'elle soit. Mais étonnament, il n'avait pas de difficultés à se laisser aller avec elle sans se poser cette question fatidique : il appréciait le temps qu'il passait avec elle à s'amuser et à se chercher et cela était amplement suffisant à ses yeux. Les étiquettes apposées sur les relations d'autrui ne faisaient finalement qu'afficher un statut au reste du monde sans pour autant qu'il ne signifie grand-chose. Le jeune couple idéal aperçu dans un café pouvait en réalité passer son temps à s'étouffer avec des crises de jalousie maladive ou alors l'un pouvait empêcher l'autre de s'épanouir pleinement. Les fiancés occupés à faire leurs courses pouvaient cacher derrière leurs sourires insouciants et aimants la peur de se marier à quelqu'un et lui promettre des choses pour lesquelles l'on ne sentait pas prêt. Et puis, était-il vraiment nécessaire de préciser ce qu'il en est vraiment des couples mariés ? Avec sa propre expérience cumulée à toutes celles de ses collègues et amis, Jacob était bien placé pour affirmer que le mariage dissimulait un ramassis de prétentions et de façades craquelées pouvant exploser à tout moment. Définir une relation n'était que donner la satisfaction aux autres de pouvoir l'étiqueter et la ranger dans une case où elle ne cesserait d'être jugée en comparaison avec ses voisines. C'était pour autrui et non pour soi alors si l'on était satisfait de sa relation, il n'y avait finalement aucun besoin d'apposer un nom à celle-ci alors il s'en était abstenu parce qu'il n'avait pas envie et quand bien même il l'aurait voulu, il en aurait été incapable. Cependant, il n'était jamais allé voir ailleurs durant la courte période où il avait commencé à fréquenter plus ou moins régulièrement Lucilla. D'une part parce qu'il n'en avait pas vraiment le temps, ce qui peut être paradoxal pour un homme qui n'avait pas encore rouvert son agence bien que cela était en préparation, trop occupé à alterner les moments où il n'avait envie de rien faire d'autre que traîner chez lui et les heures d'affilée où il se connectait au Darwin's Game, n'ayant pu se retenir plus longtemps de céder à la tentation, le tout entrecoupé par les visites de Lucilla qui venaient égayer ses journées ou ses nuits. D'autre part, il n'en avait tout simplement pas envie. Fréquenter quelqu'un d'autre signifiait se traîner jusqu'à un bar ou un café pour avoir des discussions sans intérêt avec des filles sans intérêt tout ça pour pouvoir les ramener dans son lit – cessons de prétendre que les gens célibataires traînant dans ces lieux en soirée avaient d'autres motivations que celle-ci –  et devoir se les coltiner jusqu'à ce que le couvre-feu soit levé. Non, il ne voyait pas l'intérêt de fréquenter quelqu'un d'autre, quand bien même il trouverait une femme qui pourrait rivaliser un tant soit peu avec la motarde.

Ils venaient de quitter il y a quelques minutes l'ambiance caractéristique de Chinatown, avec ses bâtiments particuliers décorés chaleureusement et agrémentés ici et là d'enseignes à néon annonçant un énième restaurant asiatique ou une épicerie fine de produits exotiques et remontaient maintenant une rue qui aurait normalement dû être plus vive qu'elle ne l'était un samedi en début d'après-midi, ne faisant que démontrer encore une fois que les derniers événements de Chicago avaient définitivement abattu son rythme habituel, les gens n'osant – ou n'ayant plus envie – de sortir de chez eux pour mettre le nez dehors. Il y avait toutefois quelques passants qui donnaient l'illusion que la vie n'avait pas totalement cessé partout et il jeta un œil désintéressé à deux silhouettes s'empressant de prendre une ruelle au loin alors que ses lèvres affichèrent un sourire aux propos de Lucilla marchant à côté de lui. Et c'est à cet instant-là que le temps sembla ralentir suffisamment pour que quelques secondes semblent durer des heures, tout en créant l'incompréhension la plus totale sur ces secondes qui semblaient s'éterniser. Un bruit d'explosion vint retentir derrière eux tandis que des éclats de métal et de verre fendaient l'air devenu brusquement brûlant qui les engloba soudainement. Instinctivement, Jacob se pencha au-dessus de Lucilla, la forçant à se recroqueviller alors que le dos du rouquin venait la protéger, ce dernier se recroquevillant au-dessus d'elle en portant ses bras à sa tête pour se protéger lui-même d'éventuels projectiles mais aussi tenter d'atténuer vainement le bruit infernal qui venait presque de l'assourdir, ses oreilles parvenant tout de même à capter de façon lointaine un hurlement accompagné de sons sourds d'objets tombant brutalement au sol. Son visage afficha une grimace de douleur, son dos ayant encaissé la majeure partie des dégâts qui leur étaient dus le faisant souffrir. Lorsque ces secondes interminables prirent enfin fin, ses oreilles continuant de bourdonner inlassablement, il se permet de jeter un vif regard en arrière pour voir la carcasse de la voiture qu'ils venaient de dépasser  en flammes, le reste de l'habitacle ayant explosé en envoyant des projectiles plus ou moins impressionnants tout autour. Là où ils se trouvaient il y a encore une minute, il eut à peine le temps d'apercevoir un corps sûrement démembré à terre alors qu'un autre ensanglanté hurlait à la mort. Prenant à peine le temps d'enregistrer la situation, son regard soucieux se posa à nouveau sur Lucilla en dessous de lui. « Ça va ? T'as été touchée ? » lui demanda-t-il sur un ton inquiet au possible, même s'il aurait été incapable de dire s'il avait hurlé ou murmurer sa question, son ouïe encore bien trop vulnérable pour se faire une idée correcte du volume des sons qui l'entouraient. Cependant, il n'eut pas le temps de la laisser rétablir qu'un coup de feu retentit et l'incita à baisser la tête à nouveau, son corps se recroquevillant à nouveau instinctivement autour de celui de la motarde pour éviter que la balle dont il ignorait la provenance et la trajectoire puisse l'atteindre.






i have no mouth and i must scream
SOLVEIG SÖDERBLOM ☽ in the souls of the people the grapes of wrath are filling and growing heavy, growing heavy for the vintage.



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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Lun 26 Sep - 17:00

jacob & lucilla
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Une fin d’après midi comme une autre, ou presque. Lucilla essaye depuis plusieurs heures désormais à ne pas penser aux aspects les plus déplaisants de sa vie, à la gêne qu’elle éprouvait presque à revoir Jacob alors même qu’elle avait dit le vouloir. Mais ce n’est pas habituel pour elle, c’est dérangeant aussi car elle n’a aucune option de fuite. Plus maintenant, pas alors qu’elle a promis de rester à Chicago afin de demeurer aux côtés de son frère, pas alors que le rouquin demeurerait continuellement dans son champ de vision ne serais-ce qu’au sein du jeu. Ce jeu qu’elle avait en horreur, qu’elle exécrait autant qu’elle pouvait maudire son addiction à celui-ci. Ça la tuerait, ça les tuerait tous, il suffisait de voir comment Chicago tournait pour comprendre que la fin du monde n’était franchement pas loin. Tout ce qu’elle pouvait détester dans le monde, se voyait accentué par le Darwin’s Game : la violence à n’en plus finir, la rancœur, les liens qui se brisent. Elle en chialerait presque, constatant au fur et à mesure que le temps passe qu’elle était de moins en moins capable de supporter ce qui pouvait se passer autour d’elle. La nervosité était décuplée, transformée en une angoisse saisissante, teintée d’une pointe de colère qu’elle se découvrait progressivement. Colère contre le monde, le jeu, son frère qui avait décidé d’y jouer tant et si bien qu’elle avait décidé de suivre le mouvement par amour pour lui. Colère contre ceux qui manifestaient dans la violence, ceux qui comme elle ne faisaient rien, contre le gouvernement, contre ceux qui s’opposaient à eux. Colère contre les profiteurs, les lâches, les joueurs de manière générale. Elle ne savait même plus qui blâmer, et finissait de ce fait à n’en vouloir qu’à elle-même, se demandant comment elle pouvait réussir à arrêter cette machine infernale, elle et ses maigres moyens, elle et ses angoisses, ses limites. C’est tout ça qui occupe ses pensées ces jours ci, bien que Lucilla tente de chasser ces idées noires en s’autorisant quelques sourires à l’intention de son interlocuteur. Elle tente d’oublier que cela l’effraie de sortir ainsi, de manger ailleurs qu’au sein de son foyer, de croiser des gens dans la rue qui pourraient la reconnaître, la détester pour ce qu’elle était, ou être de simples tarés prêts à dégainer un flingue sans raison véritable ou compréhensible. La brune tente ainsi de se focaliser sur le manque d’habileté flagrant de son interlocuteur dès lors qu’il était question de se servir de baguettes pour manger. Moqueuse, provocatrice, elle se raccroche à ce qu’elle connaît pour ne pas songer au reste et surtout pour ne pas montrer que cela l’affecte profondément.

Les heures passent ainsi, naturellement, avant que les deux comparses ne quittent le restaurant dans lequel ils s’étaient réfugiés pas mal de temps. Une fois à l’extérieure, Lucilla demeure de nouveau sur ses gardes, crispée instinctivement et sachant qu’elle ne saurait rassurée qu’une fois rentrée chez elle, ou chez lui, ou peu importe tant qu’elle pouvait faire confiance tant au lieu qu’aux individus qui l’entouraient. Ce n’était définitivement pas le cas ici et son angoisse augmente d’un cran lorsque deux individus s’éloignent en courant dans une ruelle, s’attirant d’office une œillade aussi curieuse que suspecte de la part de la motarde. Qui donc se tire en courant s’il n’y a pas de danger ? La jeune femme n’aura pas le temps de s’interroger plus avant que déjà une détonation se fait entendre, si proche qu’elle lui vrille les tympans, la laissant pour un temps incapable de percevoir des sons autres que les bourdonnements incessants qu’elle percevait sans raison. Se retrouvant penchée en avant instinctivement, soufflée par un élan invisible, l’ambre de ses prunelles se plante derrière elle, en direction de cette voiture qui venait d’exploser à quelques pas d’eux. Elle ne perçoit qu’à moitié les cris, découvre avec horreur le sang, le cadavre, et tout ce qui pouvait paraître dégueulasse dans une situation pareille. Elle capte les flammes qui ne cessent de lécher ce qu’il peut rester de la voiture venant d’exploser mais surtout elle se rend compte que son champ de vision est nettement réduit, de par la présence des bras de Jacob autour d’elle. C’est là qu’elle comprend. Qu’elle constate que cet homme qu’elle ne savait toujours pas appréhender réellement venait de faire rempart de son corps, se penchant instinctivement sur elle pour lui éviter des blessures, quitte à devoir les encaisser lui-même. Son cœur loupe un battement, par peur, par colère envers elle-même tant elle se sentait responsables de cet instinct protecteur qui avait pu saisir l’agent immobilier. Et malgré tout, malgré le fait qu’il venait de tout encaisser pour elle, il s’inquiète pour elle. T’es con. Putain ce que t’es con. C’est ce qu’elle se dit, instinctivement, dégoûtée de constater qu’elle avait eu pour lui, l’espace de quelques secondes, plus de valeur que sa propre vie. C’était stupide, inconcevable, nocif pour l’égoïste qu’elle était. Pourquoi ? Pourquoi t’as fait ça ? Pourquoi t’es pas parti en courant en me laissant là ? Le plaisir de me sauter devrait pas égaler ton putain d’instinct de survie. Elle l’insulte, elle le blâme, crache en un regard son incompréhension la plus totale. Et pourtant.

« Je… Je vais bien. Sa voix tremble, incertaine, témoignant des blessures psychologiques qui viennent de s’ouvrir brutalement, témoignant du choc et de son incapacité à s’en remettre simplement en quelques secondes. Mais oui, si l’on mettait cette peur qui nouait ses entrailles de côté, si l’on oubliait cette panique qui l’empêchait d’agir dans l’immédiat, elle allait bien. Aucune blessure ou presque bien qu’elle ne soit pas véritablement sûre elle-même, ses prunelles s’abaissant rapidement sur sa propre silhouette pour constater des éraflures à hauteur des bras malgré tout, légère, sûrement quelques éclats qui se sont perdus. Ça n’a aucune conséquence bien que cela ravive des souvenirs douloureux, ces derniers lui sautant brutalement au visage et provoquant de ce fait une accélération de son rythme cardiaque. Le souffle court, c’est finalement des bruits de coup de feu qui la font sursauter de nouveau, tandis qu’elle constate dans un nouvel élan rageur que Jacob s’était de nouveau penché sur elle pour la protéger. Elle déteste. Elle déteste avoir l’impression d’être de nouveau cette gamine trop fragile, incapable de se défendre elle-même. Cette gosse menacée par un père dont on ne la défend que très peu. Une mioche incapable, dépendante … D’un homme. Ça la fout en rogne, ça lui donne la nausée, mais cela n’est rien finalement comparé à son angoisse lorsque les coups de feu se multiplient. Lucilla se souvient de tout ce qu’elle a pu essayer de mettre de côté durant cette journée, elle se souvient de sa crainte de la violence, crainte qui trouve son justificatif dans ce qui se passe en cet instant précis. Mais surtout cela lui rappelle qu’il ne faut pas traîner là, pas une seule seconde de plus. On se tire. Cingle-t-elle, toujours incapable de doser ses intonations tant ses oreilles ne cessaient de bourdonner à cause de la récente explosion. Elle ne se soucie pas plus de ce ton autoritaire qu’elle prend, laissant son égoïsme prendre le dessus sur absolument tout. Tant pis les morts, les blessés, les nécessiteux. Elle ne se souciait que d’elle, elle et le rouquin à ses côtés qu’elle entraîne instinctivement à sa suite, refermant ses doigts autour de son poignet pour l’attirer tandis qu’elle se met à courir. Au début elle sait pas où elle va mais après quelques secondes, ou minutes, la motarde parvient à retrouver son calme, suffisamment pour analyser les rues qu’elle dévalait sans s’en rendre compte. Ils étaient dans le quartier sud de Chicago, son quartier et les endroits devant lesquels ils passaient à toute allure lui disaient quelque chose. On va chez moi. » Conclut-elle en repérant le chemin à emprunter pour y arriver au plus vite, alors même que les coups de feu se faisaient encore entendre, de même que les cris. Car il suffisait d’un rien, une étincelle, une explosion, pour que tout le monde sorte les armes, se sente attaqué et pour que tout le monde se saute à la gorge.

Elle n’aimait pas ça Lucilla, devoir ramener Jacob chez elle, lui faire découvrir l’intérieur de son foyer, de son sanctuaire, aussi pourri soit ce dernier. Elle n’emmenait personne chez elle, ou presque, et n’avait pas tenu à faire une exception avec lui, pas dans l’immédiat toutefois. Mais les circonstances font qu’elle n’a pas le choix. Enfin si, elle avait le choix, elle aurait pu se débrouiller autrement, les emmener ailleurs quitte à courir plus longtemps, ou appeler des secours qui auraient mis un temps fou à venir. Mais un coup d’œil, durant un arrêt, en direction du dos de son compagnon avait suffi à lui rappeler qu’il avait pris des risques inconsidérés pour elle. Et Lucilla n’était définitivement pas assez mauvaise ou ingrate pour le laisser tomber après pareil acte de bravoure, ou de sottise selon les points de vue. En tous les cas, poursuivant leur course dont elle définit le rythme sans s’en rendre compte, Lucilla finit par atteindre le bas de son immeuble, tapant rapidement le code à l’interphone, songeant à peine au fait que la dernière fois qu’ils ont eu à taper un code aussi hâtivement, c’était pour passer une soirée bien plus agréable que celle qu’ils allaient avoir aujourd’hui. Une fois à l’intérieur du bâtiment, la brune se permet un profond soupir. Jacob se trouvant légèrement devant elle, ce fut dans une grimace qu’elle constata l’état déplorable de ses vêtements, déchirés à de nombreux endroits et du sang s’écoulant légèrement de ces plaies, tandis qu’elle imaginait également quelques traces de brûlures. « Merde… Je… On va s’occuper de ça ok ? Souffle-t-elle d’un voix légèrement tremblante qu’elle tente de rendre plus ferme, n’y parvenant qu’à moitié avant de commencer à monter les escaliers en compagnie de l’agent immobilier qu’elle gratifia durant la montée de quelques coups d’œil inquiets qu’elle tente de rendre discrets et subtils. Arrivant devant la porte de son appartement, ce fut d’une main rendue tremblante par le choc récent, ce qui suffit à la faire gronder d’agacement, qu’elle s’y reprit à deux fois pour réussir à déverrouiller la porte, l’ouvrant finalement et le laissant rentrer avant de s’engager à sa suite, refermant à clé derrière elle. Jetant un bref coup d’œil par-dessus son épaule, elle observa alors son chien s’avancer vers eux en aboyant, s’attirant d’office des sifflements désapprobateurs de la part de la motarde. Assan, non ! Instinctivement l’éducatrice canine retrouve cette fermeté nécessaire à toute bonne éducation. C’est pas le moment, fous le camp, allez ! L’animal, conscient du ton agressif de sa maîtresse, esquive donc dans un jappement Jacob, malgré son envie de découvrir cet inconnu, venant se loger entre les jambes de sa propriétaire qui, dans un soupir, le gratifia de brèves caresses pour apaiser son excitation avant qu’elle ne s’adresse de nouveau à Jacob. Installe toi où… Tu peux. Désolée pour le bordel, j’arrive avec de quoi nettoyer tout ça. » Fit-elle en filant en direction de sa salle de bain à l’étage, courant au sein même de son propre appartement. Arrivant dans la pièce, elle s’empara de l’énorme caisse qui lui servait de trousse de secours. Enfance merdique oblige, couplée à un désir de se débrouiller seule, Lucilla était totalement équipée pour ce genre de cas, bien que s’emparer du désinfectant, cotons et divers bandages lui arrache un frisson d’effroi. Elle avait espéré ne plus jamais avoir à faire ça : panser les plaies des autres comme elle avait pu panser celles de son frère. Ce fut donc dans une inspiration douloureuse et en tentant de juguler ses tremblements qu’elle finit par redescendre rejoindre le rouquin.
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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Lun 26 Sep - 18:01

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Des hurlements. Des flammes. Du sang. Des coups de feu. Le chaos à l'état pur lorsque l'esprit n'arrive pas à saisir l'ensemble des événements venant de se dérouler et continuant de se dérouler au moment même où l'on peine à se repérer. Une bien triste débâcle passant inaperçue pour quiconque ayant eu la chance de ne pas se trouver dans le quartier et qui ne pouvait par conséquent avoir son ouïe brouillée par un bruit de détonation, vif mais dont les aboutissements semblaient suspendus dans le temps, dans une attente interminable où l'on ignore ce qu'il s'est produit. Ces quelques secondes où nos tympans ayant menacé de s'éclater empêchent de se concentrer sur autre chose qu'un bruit de fond étouffé, presque imperceptible, un grésillement insupportable alors que les sons reprennent lentement le volume qu'ils devraient avoir. Ces quelques secondes où l'on ignore d'où vient le bruit assourdissant ou d'où vient l'explosion à sa source. Lorsque l'on ignore à quel point l'on est blessé, la douleur aussi assourdie que les sons environnants. Si l'on est en vie ou non. Ces secondes où l'on pense être ailleurs, sans déterminer précisément où. Un temps alternatif, une vie alternative, un monde alternatif. Et puis, l'on pense avoir trouvé. Le Darwin's Game. Les coups de feu qui s'enchaînent de toutes parts, les flammes dont la chaleur semble lécher la peau, les hurlements à la mort qui échappent à des joueurs qui se savent condamnés : c'est forcément le Darwin's Game, non ? Non. Évidemment que non. Les rues sont différentes, les cris plus désespérés, il y a des cadavres sanglants au sol. Ce n'est pas le Darwin's Game, ni un monde alternatif mais la réalité. Les morts ne disparaissent pas dans une nuée de pixels, voyant leurs tatouages descendre d'encore un cran. Il n'y a pas dix vies sur lesquelles se reposer. On crève une fois et c'est foutu pour de bon. Pas d'autres chances, pas de tatouages, pas d'équipes. Quand on se fait exploser tous ses membres parce qu'on est passé trop près d'une voiture piégée, on rouvre pas ses yeux sur un écran avec d'affreuses douleurs sur tout le corps. On les rouvre pas ses yeux, jamais. Notre cadavre reste sur le bitume pendant que la personne qui nous accompagnait n'a pas eu la même chance que nous, de mourir sur le coup. Elle sait qu'elle va y passer très bientôt, elle peut le ressentir jusque dans ses tripes alors qu'elle se vide de son sang. Elle espère même recevoir une balle perdue, si même elle est parvenue à enregistrer le fait que des gens avaient commencé à tirer de toutes parts dans la rue. Probablement pas, trop focalisée sur sa mort imminente et foutrement douloureuse pour s'intéresser aux idiots ayant dégainé leurs armes pour tirer sur n'importe qui. On sait jamais, dans le doute ils tireront peut-être sur quelqu'un qui le mérite.

Ça lui fout la gerbe. Pas tant parce qu'il vient de manquer d'y passer ou parce qu'il a vu un corps déchiqueté là où il se trouvait encore il y a quelques instants. Il est sonné, inquiet pour sa vie alors que les tirs s'enchaînent sans vraiment savoir d'où ils viennent, mais par-dessus tout il est énervé. Écoeuré. Fatigué, lassé, troublé, excédé par ce monde qui suinte la déception et la violence injustifiée par tous ses pores. C'est officiel, le monde a perdu la tête. De façon figurée pour le moment mais au rythme où vont les choses, on ne peut pas exclure la possibilité qu'il la perde littéralement et tout ça, grâce à l'homme, l'être rationnel, le progrès. Foutaises, ni plus ni moins. Ils allaient tous finir par crever dans une explosion finale et grand bien cela leur fera. Faire sauter une voiture, pour quoi faire ? Avoir le droit de jouer à un jeu ? Autant faire sauter l'intégralité de la population si les liens de causalité en sont venus à perdre tout sens et toute logique. C'est pourtant pas bien compliqué de rester cloîtré chez soi pendant des jours pour avoir les yeux vides rivés sur un écran, il était bien placé pour le savoir.  Alors à quoi bon vouloir mettre Chicago à feu et à sang si ce n'était pas pour voir le monde entier crever ? Toutefois , Jacob n'a pas le temps de comprendre suffisamment la situation pour trouver une échappatoire que Lucilla tire sur son bras, l'enjoignant de le suivre en le tirant derrière elle alors qu'ils s'élançaient aussi vite qu'ils le pouvaient en dehors de cette rue macabre, laissant les tirs et les cadavres sectionnés derrière eux, l'agent immobilier ne pouvant s'empêcher de jeter un dernier regard derrière lui pour apercevoir cette scène sinistre qu'ils quittaient, probablement déjà gravée sur ses rétines, pour tenter une dernière fois de comprendre pourquoi, en vain. Pourquoi un groupe de personnes a ressenti le besoin, encore une fois, de laisser une traînée de cadavres dans leur sillage alors que malgré les efforts du gouvernement qu'ils affrontaient avec acharnement, ils pouvaient toujours accéder au jeu chez eux pour y tuer autant de personnes qu'ils le souhaitaient. Si l'on meurt dans le Darwin's Game, l'on ne peut s'en prendre qu'à soi-même pour s'être inscrit mais à Chicago, la plupart n'ont rien demandé. Ils voulaient juste continuer de vivre comme avant, du moins de faire semblant qu'on le pouvait. Il avait voulu faire semblant et ils avaient failli mourir par sa faute, parce qu'il était trop stupide pour se rendre à l'évidence, que le monde est fichu.

Il se contente de suivre Lucilla, incapable de reconnaître dans lesquelles ils continuaient de courir sans relâche, la laissant les emmener là où elle estimerait qu'ils seraient en sûreté, chez elle si ses oreilles étaient parvenues à entendre correctement ce qu'elle lui avait annoncé au détour d'une rue qui lui était toujours aussi inconnue. Enfin, il lui sembla reconnaître l'immeuble au pied duquel il avait attendu la motarde dans sa voiture, en faisant glisser nerveusement ses doigts sur sa cravate en appréhendant l'issue de la soirée. S'il s'était douté... Mais la façade de son immeuble, c'est tout ce que Jacob avait pu entrapercevoir du foyer de Lucilla, l'extérieur du bâtiment où elle vivait. Il n'était jamais rentré chez elle et n'avait jamais cherché à le faire non plus., ça ne le regardait pas. Sauf qu'elle l'avait traîné jusqu'ici pour fuir l'horreur qu'ils avaient aperçu là-bas et s'il avait l'autorisation de rentrer chez elle, c'était probablement uniquement pour trouver un refuge le temps que les choses se calment, avant qu'il ne puisse rentrer chez lui sans avoir la certitude de se faire tirer dessus sur le chemin. S'appuyant sur le mur de son épaule pendant qu'elle tapait le code d'entrée à l'interphone, le rouquin reprenait difficilement sa respiration alors que son dos continuait de le piquer et de lancer affreusement, sans qu'il puisse savoir véritablement ce qui en était la cause. Des blessures dues aux projectiles issus de l'explosion certes, mais il en ignorait l'étendue des dégâts et il ne pouvait pas vraiment se fier à sa douleur pour faire une estimation. Il pouvait très bien être en état de choc et ne pas ressentir l'intégralité de la douleur que les coupures et les brûlures devaient lui provoquer ou alors, à cause de ce qu'il avait pu avoir, il en exagérait la souffrance inconsciemment, comme pour se pardonner implicitement d'avoir abandonné sans aucune hésitation la femme dont les hurlements résonnaient encore dans ses oreilles. Sans dire un mot, il glisse à l'intérieur du hall d'entrée une fois la porte ouverte et jeta un bref coup d’œil sur les murs défraîchis avant d'entendre la motarde souffler des mots concernant sûrement l'état de son dos qui ne devait pas être beau à voir. Il voulut jeter un œil derrière son épaule pour constater l'ampleur des dégâts lui-même mais il ne pouvait rien voir de toute manière, ce qui lui fit échapper un léger claquement de langue agacé à l'idée de ne pas savoir à quel point son dos avait morflé. « C'est rien, laisse, je me débrouillerais quand je serais chez moi. » souffle-t-il à son tour avant de monter les escaliers à la suite de la jeune femme. Ce n'était probablement pas rien et même si s'en occuper soi-même s'avérerait difficile en raison de l'emplacement de ses blessures, il ne voulait pas l'importuner davantage. Il lui avait proposé de déjeuner ensemble et sa proposition avait failli résulter en leurs morts. En outre, elle l'invitait à rentrer chez elle pour être à l'abri du chaos qu'était devenu Chicago mais il n'aurait sûrement pas mis les pieds ici s'ils n'avaient pas manqué de se faire exploser ou de se faire tirer dessus alors il ne voulait pas s'imposer davantage. Il n'avait qu'à attendre qu'une heure pour que les choses reviennent plus ou moins en ordre dans le quartier et il rentrerait chez lui. S'il était incapable de se soigner lui-même, il n'aura qu'à se rendre aux urgences probablement bondées avec des gens en bien plus piteux état que lui. Il pouvait attendre, ce n'était pas si grave que ça, du moins il l'espérait.

Toutefois, il attendit patiemment derrière elle qu'elle ouvre la porte donnant sur son appartement alors qu'elle peinait visiblement à la déverrouiller s'il pouvait se fier aux sifflements qu'il entendait s'échapper des lèvres de Lucilla. Une fois la porte ouverte, la brune le laissa rentrer en premier et en passant le pas de la porte, il fut accueilli par un chien s'avançant vers lui en aboyant. L'animal n'a toutefois pas le temps de l'approcher qu'il se fait déjà rappeler à l'ordre fermement par sa maîtresse, dont le métier prenait tout son sens à voir son chien se loger entre les jambes de l'éducatrice canine sans laisser échapper un son, si ce n'est un faible jappement. Jacob jeta un regard quelque peu amusé entre le chien et sa maîtresse qui ne manquait certainement pas d'autorité vis-à-vis de son animal. C'est probablement bien la première fois de sa vie qu'il a vu un chien filer aussi droit et obéir directement aux ordres de son maître et si Lucilla parvenait à éduquer de la même manière les chiens de ses clients, nul doute qu'elle continuerait d'avoir des clients, même durant ces périodes compliquées. Ne sachant pas trop faire de lui-même, Jacob resta planté là à observer Lucilla donner quelques rapides caresses au dénommé Assan avant qu'elle ne lui demande de s'installer quelque part, le temps qu'elle cherche le matériel nécessaire pour le soigner, le tout avant de s'éloigner rapidement pour mettre la main sur ce qu'elle recherchait. « Non, Lucilla c'est pas la peine... j'irais aux urgences si j'arrive pas à me démerder tout seul ! » finit-il sa phrase, légèrement plus fort qu'il ne l'avait débuté pour qu'elle puisse l'entendre là où elle avait filé aussi rapidement, pris de court par Lucilla. Ce n'était pas à elle de le soigner, elle n'avait rien demandé. Il se débrouillera plus tard, seul ou avec l'aide d'un médecin, mais elle n'avait pas besoin de s'occuper de l'état de son dos. Il avait été idiot de penser qu'ils ne risquaient rien, il n'avait qu'à en payer les pots cassés encore une heure ou deux. Il resta encore planté là quelques secondes à observer silencieusement l'appartement qu'il ne pensait pas avoir l'occasion de visiter de sitôt, ne pouvant s'empêcher de se demander qui avait bien pu refourguer un appartement pareil à Lucilla alors qu'il affichait des défauts certains, notamment d'isolation et d'humidité, mais se reprit lui-même presque immédiatement. Il venait d'échapper à la mort et voilà qu'il examinait un appartement comme l'agent immobilier qu'il est, du moins qu'il était, comme si de rien était. Laissant échapper un soupir, il s'approcha de la fenêtre pour observer la rue, comme pour vérifier qu'il ne trouverait pas un cadavre démembré sur le trottoir là aussi. Sa main s'avança en direction de la poignée de la fenêtre, ses doigts se refermant dessus, alors qu'il ressentait le besoin irrépressible de l'ouvrir pour savoir si l'on pouvait encore entendre ces cris déments qui l'empêcheraient sûrement de dormir ce soir, si l'on pouvait encore entendre résonner les coups de feu incessants et sans but qui avaient martelé ses oreilles, si l'on pouvait entendre que les secours étaient en chemin, bien que trop en retard pour sauver qui que ce soit qui aurait eu besoin de leurs attentions. Brutalement, il abandonna ses interrogations et la poignée de la fenêtre lorsque Lucilla retourna dans la pièce avec une énorme trousse de secours entre les mains. Jacob soupira à nouveau, conscient qu'il n'était même pas utile qu'il précise à nouveau à la motarde qu'elle n'avait pas besoin de le faire et qu'il pourrait s'en sortir par lui-même plus tard, il s'approcha du canapé pour s'y installer, tout en commençant à déboutonner sa chemise pour tenter de la retirer. Son visage grimaça de douleur alors qu'il voulut faire glisser la chemise de ses épaules, son dos le faisant souffrir au possible lorsque la chemise n'était pas tout bonnement collée à sa peau et à ses blessures suite au sang coagulé ou aux brûlures sûrement produites par des projectiles en feu. Abandonnant ses efforts malencontreux qui ne faisaient que le faire souffrir davantage, il laissa Lucilla lui décoller le vêtement tant bien que mal alors qu'il laissait échapper des sifflements de douleur ici et là, lorsque le tissu ne pouvait être retiré délicatement. « J'ai été con de penser qu'on pouvait continuer de vivre normalement. siffle-t-il entre ses dents, plus pour lui-même que pour Lucilla. En réalité, il était presque plus agacé envers lui-même en ce moment présent qu'il n'était agacé contre le monde partant en vrille. Agacé, parce qu'il s'était trompé et qu'il avait failli y laisser la peau à cause de ça. On peut crever à n'importe quel coin de rue maintenant... Putain, mais faire sauter des voitures, leurs attentats, ça les aide à quoi ? S'ils veulent tant qu'on les laisse jouer, ils ont qu'à rester chez eux pour le faire, personne ne viendra les faire chier et ils feront chier personne. » Ses mots aussi amers que désillusionnés sont soulignés par un mouvement de tête désabusé, avant qu'il ne grimace encore une fois en raison de la douleur lancinante dans son dos. Il n'attendait pas forcément de réponse de Lucilla, s'étant simplement contenté d'exprimer à haute voix ce qui lui avait traversé l'esprit dans cette rue sanglante, d'exprimer son mécontentement et son incompréhension, peu importe si son point de vue était partagé ou non. « Alors, ça donne quoi? » finit-il par demander sur un ton plus léger, pour dédramatiser mais aussi pour feindre l'insouciance, lorsque Lucilla était parvenue à lui retirer sa chemise, pouvant maintenant apprécier pleinement ses blessures.






i have no mouth and i must scream
SOLVEIG SÖDERBLOM ☽ in the souls of the people the grapes of wrath are filling and growing heavy, growing heavy for the vintage.




Dernière édition par Jacob Fletcher le Mar 27 Sep - 23:11, édité 1 fois

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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Mar 27 Sep - 22:53

jacob & lucilla
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Elle l’entend bien sûr, Lucilla a bien remarqué qu’il avait refusé à plusieurs reprises qu’elle lui vienne en aide. L’espace d’un instant elle s’était demandée si, comme elle, il refusait simplement que qui que ce soit intervienne, trop orgueilleux et fier pour se permettre de dépendre de quiconque même lorsque sa santé était en jeu. Mais elle fut rapidement obligée d’admettre que ça, c’était sa façon de procéder à elle, pas celle de Jacob. Lui, altruiste au possible, faisait ça pour ne pas déranger, pour ne pas perturber ses habitudes à elle et pour ne pas s’imposer au sein d’un quotidien qui se voyait déjà suffisamment chamboulé par la tournure que prenait progressivement leur relation. Il était peut être autant paniqué qu’elle, paniqué à l’idée de s’engager dieu seul savait où, paniqué à l’idée de devoir se lancer dans quelque chose de nouveau alors même qu’il ne devait pouvoir s’empêcher de penser à son mariage raté au possible. C’est dur, de faire confiance sans avoir de garanties, surtout vu le contexte actuel. Et c’est compréhensible, en un sens, que de vouloir ruminer ses pensées seul, sans personne à côté pour nous jauger ou nous évaluer. Mais la brune se disait qu’en cet instant précis, malgré son cœur battant à la chamade et malgré ses appréhensions habituelles, elle n’aurait pas voulu être seule. Pas après l’explosion, le sang, les cris, l’horreur. Dans le miroir de la salle de bain elle perçoit encore le reflet des flammes. Le feu l’avait toujours fascinée, mais pas à ce point, pas au point de cautionner ce qui s’était produit. Et dans le silence, elle entend encore les cris de détresse et de douleur, ce qui suffit à lui arracher un frisson avant de l’inciter à fermer férocement les yeux, pour ne plus jurer que par ce noir intense qui s’imposait à elle dans cette situation. Inspirant profondément, ce fut ainsi équipée de cette trousse encombrante qu’elle finit par quitter la pièce, retournant au plus vite auprès de Jacob après s’être rappelée qu’il ne pouvait décemment pas attendre qu’elle aille mieux. Elle devait se ressaisir tout de suite et, comme lorsqu’elle était gamine, se devait de prendre soin de lui rapidement, en laissant de côté ses angoisses ou ses désirs. Faut croire que la garce manipulatrice n’était pas que ça, pas qu’une salope finie qui pensait qu’à sa gueule. Il y avait encore de l’altruisme, amenuisé par les coups bouffés dans la gueule durant l’enfance, mais qui ressortait quand certains le méritaient. Suffisamment pour qu’elle se grouille, suffisamment pour qu’elle vrille un regard soucieux sur le rouquin qui ne s’était toujours pas installé tandis qu’elle dévalait les escaliers.

Il finit par le faire dans un soupir et bien qu’elle ne relève pas, consciente du fait que ses blessures pouvaient le rendre aigri, cela ne l’empêche pas d’en prendre note, la brune se promettant intérieurement de glisser une remarque à ce sujet. S’approchant sans un mot de plus, elle s’installa sur le canapé, derrière lui, déposant l’ensemble de son paquetage sur la table qui se trouvait à côté. Grimaçant face à la chemise dévastée, et les plaies que cela laissait entrevoir, ce fut en essayant d’être le plus délicate possible et en s’excusant dans un souffle dès lors qu’elle devait se montrer plus ferme, qu’elle retira péniblement les lambeaux du vêtement pour exhiber la chair à vif. Prête à s’excuser de nouveau, Lucilla ouvrit la bouche pour mieux la refermer dans les secondes qui suivirent, coupée dans son élan par la prise de parole de son interlocuteur. Muette, elle l’écoute sans dire quoi que ce soit, préférant préparer les compresses, l’alcool, les baumes et les bandages. Il n’y avait de toute façon rien à dire. Elle ne comprenait pas non plus ces attentats, elle ne comprenait pas la violence de manière générale et a toujours été farouchement contre. Elle craignait que cela ne change, craignait d’en arriver à frapper elle-même quelqu’un dans un élan de colère irrépressible procuré par le jeu. « C’est le jeu. Faut pas leur demander de réfléchir. » Elle n’excuse en rien les actes de ces barbares, mais met clairement le doigt sur le fond du problème. C’est le jeu qui les rendait tous fou, à différents degrés, à différents niveaux. Elle-même méprisait son addiction croissante, méprisait ses gestes, ce qu’elle faisait pour survivre au sein d’une réalité de moins en moins fictive. Ses manipulations de bas étage au sein de sa vraie vie n’étaient rien comparé à ce qu’elle pouvait réclamer d’autrui au sein du Darwin’s Game : certains mourraient pour elle. C’était ce qu’elle avait presque exigé de Jacob il y a de cela quelques semaines bien qu’aujourd’hui, pour rien au monde elle ne voudrait le voir mourir en son nom. En tous les cas il n’y a pas d’autre explication à ce qu’il se passait actuellement et Lucilla, ayant toujours été pessimiste de nature, ne parvenait guère à s’offusquer devant les drames de ce monde. Elle avait rien connu d’autre, bien que sa vie puisse être jugée plaisante comparée à celle d’autres individus. Mais qu’importe. Le monde restait pourri jusqu’à la moelle, aujourd’hui plus que jamais.

De toute manière, comment pouvait-elle blâmer son interlocuteur ? Elle-même avait espéré, encore un peu, être épargnée. Elle avait beau se méfier et demeurer angoissée à chaque seconde qui passe, elle avait sincèrement espéré que cette journée se passerait bien, comme si ses bonnes intentions avec le rouquin devraient servir de rempart face aux nuisances et à la malfaisance d’autrui. La bonne blague. Il se sentait con, elle s’était sentie dans le même état pendant longtemps, avant que la lassitude et la résignation ne prenne le dessus. La motarde se voit cependant rapidement ramenée à la réalité par une nouvelle question de la part de l’agent immobilier, ce dernier cherchant à savoir dans quel état il pouvait être. Alors ? A croire qu’il s’attendait à ce qu’on lui annonce le décès d’un proche ou un cancer en phase terminale. Elle détestait cette question, ce simple mot, qui file la pression, qui accuse, qui se soucie. C’est fou comme ça sonne mal à ses oreilles. « Eh bien… Te griffer pendant nos ébats c’est terminé dans l’immédiat je crois. Rétorque-t-elle dans un léger sourire, tentant de plaisanter pour dédramatiser. Ce fut cependant avec plus de sérieux qu’elle caressa sa peau du regard, n’osant pas encore y toucher alors même qu’elle venait de s’équiper de ses compresses imbibées de divers produits. T’as quelques … Eclats j’crois, j’vais essayer de les retirer, tu m’excuseras. Et des brûlures. Pas joli mais j’ai ce qu’il faut je pense. En bref pas besoin de finir à l’hôpital pour une raison quelconque, elle pouvait tout gérer depuis son canapé. Dégainant une pince à épiler de sa trousse de soins, on fait avec les moyens du bord, elle la nettoya avec l’alcool avant de chercher avec précaution à retirer ce qui avait pu se planter dans la chair de son compagnon, se sentant l’âme d’un chirurgien bien que cela ne lui plaise pas le moins du monde. Grimaçant en même temps qu’il pouvait siffler de douleur, n’appréciant pas le moins du monde d’être celle qui pouvait lui causer du tort bien que cela soit nécessaire, elle tente de faire au plus vite sans se montrer déraisonnablement pressée. Tamponnant délicatement les plaies, et nettoyant le sang au passage, elle applique des crèmes sur les brûlures également, avec une infime précaution. Tu veux que j’te prête des fringues ? Se moque-t-elle dans un sourire tandis qu’elle achevait son œuvre. Pour le moment j’te déconseille de mettre quoi que ce soit, tu vas dégueulasser tout ce que tu portes. Gardant le silence un instant, Lucilla assimile lentement le fait que la seule option qu’il leur restait était de demeurer dans son appartement à elle. T’as qu’à rester. Et me dis pas que je suis pas obligée, je le sais parfaitement. Je te dois rien. »

Rien ne la contraignait à faire ce qu’elle faisait, si ce n’est sa morale, et il était hors de question qu’elle déroge à ses principes uniquement parce qu’il avait la mauvaise idée d’insister un peu. Elle a beau ne pas apprécier la situation, l’adrénaline retombant doucement lui rappelant à quel point elle détestait amener quelqu’un chez elle, cela ne change rien au fait que c’était la solution la plus acceptable à ses yeux au vu des circonstances. C’était pas son but, à la base, que de le ramener dans ce qui lui servait de sanctuaire, aussi pourri soit ce taudis. Mais elle ferait avec, bien que, passée la brève colère éprouvée à l’idée de n’avoir pas vraiment le choix que de le laisser squatter, Lucilla se voyait désormais gênée alors qu’elle jetait un coup d’œil à son appartement. C’était merdique, et un agent immobilier le remarquerait rapidement. Ça faisait que la renvoyer à sa situation précaire, ses finances merdiques et sa vie de manière générale qui s’avérait être tout aussi pathétique. Gardant le silence un bref instant, la motarde capta alors la silhouette de son chien plus loin et reprit alors la parole à l’intention de Jacob, demeurant assise sur le canapé, ses jambes étendues sur un côté de celui-ci. « Désolée, mais si tu lui fais pas un petit câlin il va être chiant du coup… Assan, viens mon chien ! Siffle-t-elle finalement d’une voix bien plus enjouée que ce qu’il avait pu lui connaître jusque là. L’animal ne se fait pas prier et dans un aboiement accourt jusqu’à eux, se focalisant rapidement sur Jacob, à la recherche de caresses. Il suffisait d’une seule pour satisfaire l’animal, et il valait mieux ne pas en offrir plus sauf qu’il désirait avoir le chien-loup collé au baskets pour le reste de la journée. Ce fut par ailleurs tant par affection que pour épargner son visiteur que la jeune femme, après s’être nettoyée brièvement les mains sur une compresse propre, alla flatter son chien avec amour, appréciant plus que de raison de glisser ses doigts dans son pelage, ce qui avait toujours eu le don de calmer ses nerfs. Dans un sourire, elle observa Jacob gratifier l’animal des mêmes attentions et remarqua de ce fait un détail qui lui avait échappé jusqu’alors. Tu… T’as retiré ton alliance ? » Les sourcils froncés par la surprise et l’incompréhension, tout sourire ayant quitté son visage, elle releva les yeux en sa direction. Trop habituée à le voir avec, le sachant marié bien que nullement en compagnie de sa femme, elle n’avait même pas vu qu’il ne portait plus cette bague pourtant si précieuse. Elle comprend d’autant moins que la jeune femme s’était toujours dit que le rouquin était encore amoureux de sa dulcinée, que c’était elle qui était partie mais qu’il portait le bijou encore par affection plus que par habitude. Cela ne l’avait jamais dérangée, n’ayant jamais songé à exiger de son compagnon son amour inconditionnel et exclusif, mais elle se rendait désormais compte qu’elle s’était peut être trompée. Tant sur l’affection qu’il pouvait encore ou non porter à sa femme, que sur le fait qu’elle n’était peut être pas si insignifiante à ses yeux qu’elle avait cru l’être.
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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Mer 5 Oct - 23:05

jacob & lucilla
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Si l'envie irrépressible d'ouvrir la fenêtre pour mieux entendre les sons qu'elle étouffait s'était brutalement dissipée lorsque Lucilla était retournée dans la pièce, elle restait latente dans son esprit comme une pensée folle et irrésistible fascinée par ce qui pouvait se produire à quelques rues de là non pas par admiration, certainement pas mais pas totalement par horreur non plus. Non, il s'agissait plutôt d'un besoin viscéral de savoir si les explosions et hurlements persistaient dans les rues adjacentes. Comme si la fenêtre était une chimère qu'il lui fallait briser afin de découvrir si le monde avait cessé de tourner et que de l'autre côté du mur, le chaos avait fait place au vide total alors que de son côté du mur, l'illusion se maintenait encore fébrilement. Il voulait voir et entendre ce qui se passait au dehors ne serait-ce que pour se donner la certitude, qui pouvait pourtant être faussée par son cerveau, qu'il pouvait encore user de sa vue et de son ouïe pour distinguer si le monde continuait de vivre malgré tout ou s'il parvenait tout juste à capter les éléments de son environnement immédiat ? Un canapé, des murs, une chemise, Lucilla, un dos douloureux, un chien et une table basse. Si l'explosion avait foutu en l'air ses sens, du moins le temps d'un bref instant, il semblait avoir détraqué par la même occasion son cerveau qui semblait vagabonder dans l'incertitude la plus totale quant à ce qu'il se passait dehors et s'il était réellement en bonne santé et en vie, exception faite de son dos lacéré par des projectiles enflammés. Il se sentait con mais il était peut-être devenu fou, engourdi par des sons assourdis et une vision floue alors que pendant une fraction de seconde, il avait confondu la réalité avec le Darwin's Game. C'était peut-être pour cela qu'il voulait tant entendre les bruits de la ville, afin de s'assurer que l'on n'entendait plus de coups de feu, plus d'explosion et plus de hurlements mais parfois, le bruit de voitures fendant l'air à toute vitesse alors que la sirène des secours retentissait bruyamment avant de s'étouffer au bout de quelques secondes, trop éloignée pour parvenir pleinement à ses oreilles. Pour s'assurer qu'il était bien à Chicago et non à Darwin Harbor où il n'y a pas de répit pour les coups de feu, les explosions et les hurlements et que les secours ne viennent jamais ou du moins pas comme l'on pourrait s'y attendre. C'est pour cette raison que Jacob ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d’œil vers la fenêtre alors qu'il essayait tant bien que mal de se dévêtir de sa chemise collée à sa peau par le sang et les débris l'ayant déchirée. Il était incapable de vraiment voir quoi que ce soit d'utile de là où il se trouvait dans la pièce et quand bien même il aurait eu le loisir de pouvoir apprécier la maigre vue s'offrant à lui, il n'aurait pas pu voir bien loin. Tout au mieux, il n'aurait pu qu'apercevoir que la rue dans laquelle habitait Lucilla demeurait encore en place, tout comme les immeubles environnants. C'était déjà mieux que rien mais cela serait tout de même resté un maigre soulagement alors pouvoir apercevoir ou non ce qui passait au dehors n'était peut-être pas si important que ça.

Alors qu'ils parvenaient enfin à lui retirer le vêtement en bien piteux état, Jacob ne put s'empêcher de se demander de ce qu'il en est, pas tant parce que cela le préoccupe grandement mais simplement par curiosité, pour mieux évaluer l'ampleur des dégâts et estimer si la douleur ressentie était exagérée ou atténuée en comparaison de ce que son dos avait vraiment pris. En somme, il voulait simplement un constat presque détaché de l'état des choses et s'il aurait pu le faire lui-même en face d'un miroir, il en aurait été de même. Cependant, avec tous les efforts maladroits possibles, force était de constater – sans mauvais jeux de mots – qu'il lui serait tout bonnement impossible d'évaluer correctement les dégâts qu'il avait pris s'il devait se contorsionner pour apercevoir son dos dans un miroir et il ne pourrait certainement pas lui apporter les soins sûrement nécessaires. Est-ce que c'était grave ou non, voilà tout ce qu'il voulait savoir, pas pour s'apitoyer sur son propre sort ou s'inquiéter outre mesure de ce qu'il adviendrait de sa chair, mais juste pour être au courant, tout simplement. Dans tous les cas, il était en vie et en considération du fait qu'ils étaient passés à côté de la voiture quelques minutes à peine avant qu'elle n'implose, il était déjà bien heureux d'avoir encore tous ses membres en bon état. En réalité, il aurait préféré être blessé ailleurs, à un endroit qui lui était plus accessible et dont il aurait pu s'occuper seul sans avoir l'impression de forcer la main involontairement de Lucilla pour qu'elle le soigne. Il avait déjà fini chez elle, faute de meilleur refuge, alors qu'il n'y avait jamais mis les pieds auparavant et il n'était pas assez sot pour penser que c'était simplement une coïncidence qu'il n'avait jamais vu son appartement avant. L'agent immobilier se contenta donc d'une simple question adressée à Lucilla, pour savoir ce qu'elle avait en face de ses yeux et ce qu'il ne pouvait pas soigner lui-même, se contentant de lâcher un rire étouffé lorsqu'en guise de réponse, elle l'informa sur les pratiques auxquelles elle ne pourra plus s'adonner pendant quelque temps lorsqu'ils étaient occupés avec des activités plus réjouissantes que celle-ci. La plaisanterie, même si elle venait surtout détendre l'atmosphère quelque peu tendue, était loin d'être de refus après les derniers événements qui avaient retiré tout sourire des lèvres du rouquin. Il écouta toutefois Lucilla lui répondre véritablement avec attention, s'imaginant un tableau peu agréable à la vue au vu des descriptions concises mais suffisantes pour visualiser quelque chose de peu harmonieux. Toutefois, ce n'était rien de bien surprenant et il fut quelque peu rassuré de savoir qu'il n'y avait pas d'énorme plaie affreuse dont son esprit avait mis de côté la douleur pour l'épargner momentanément, avant que le choc de l'explosion ne se dissipe totalement. « Je t'en prie. répondit-il aux mots de Lucilla, venant s'excuser par avance du mal qu'elle pourrait lui causer en lui retirant ce qui avait pu s'insinuer dans sa chair. C'est déjà sympa de t'en occuper, je vais pas faire le difficile. » Une sorte de merci implicite, le seul remerciement qu'il donnerait pour le moment, conscient du fait qu'il se ferait probablement gronder ou recaler pour une tentative de remerciement, bien que sincère, ou encore un énième rappel qu'elle n'avait pas besoin de s'occuper de lui ainsi. Ainsi, il resta silencieux alors qu'il pouvait sentir le moindre des gestes de Lucilla dans son dos, grimaçant parfois de douleur ou de soulagement lorsqu'elle parvenait à extraire un éclat de sa chair endolorie.

Tu veux que j'te prête des fringues? Jacob laissa échapper un rire, dans un claquement de langue faussement agacé, à l'allusion à peine voilée à ce qu'il avait lui-même pu proposer à Lucilla la première fois qu'elle avait passée la nuit chez lui, alors qu'il semblait que la motarde avait fini ses soins. « Et dire que je voulais juste être serviable... » Néanmoins, il se contenta de hocher la tête lorsque la jeune femme lui recommanda de ne pas tenter de se rhabiller tout de suite, sous peine de salir le moindre vêtement qui viendrait au contact de sa peau. Il se contenta également de hocher la tête en guise de seule approbation tacite lorsqu'elle lui confirma ce qu'il pensait précédemment, à savoir qu'il n'avait pas à lui dire qu'elle ne devait pas se sentir obligée à l'accueillir chez elle. Finalement, il  souffla tout de même quelques mots en reportant son regard vers la fenêtre dont il ne pouvait toujours pas apercevoir grand-chose. « Ça devrait bientôt se calmer... » « ...et quand ça sera le cas, je m'en irais au plus vite, t'en fais pas » était la suite logique et sous-entendue de sa phrase, bien qu'il s'abstînt tout de même de la prononcer à voix haute dans son intégralité. Clairement, il ne voulait pas s'imposer davantage et s'il n'avait aucun souci à l'accueillir chez lui, visiblement l'inverse n'était pas vrai, pas que cela le chagrine particulièrement. Il était simplement mal à l'aise de s'immiscer malgré lui dans un environnement dont on ne lui aurait pas accordé l'entrée dans des circonstances différentes, à savoir s'ils n'avaient pas manqué de se faire exploser par une voiture piégée à quelques rues de là et que des abrutis n'avaient pas commencé à tirer dans tous les sens comme si cela allait améliorer quoi que ce soit. Assan, viens mon chien! Le ton n'avait plus rien à voir avec celui qu'elle avait utilisé pour s'adresser à son chien lorsqu'ils étaient rentrés dans son appartement et Jacob vit l'animal s'avancer vers lui énergétiquement, visiblement ravi de pouvoir enfin se rapprocher de l'inconnu qui était rentré sur son territoire. « Salut toi. » souffla-t-il dans un sourire alors qu'il venait caresser le pelage du chien avec joie. Il ne faisait pas partie de ces gens qui avaient grandis avec un animal dans la famille et aussi contraignant qu'un animal de compagnie puisse être par moments, il avait toujours envié ses camarades de classe lorsqu'ils parlaient de leur chien ou encore leur chat, même si Jacob avait toujours eu une nette préférence pour les premiers. Lorsqu'il avait quitté le logement familial pour faire ses études et ensuite travailler, il n'avait jamais vraiment envisagé d'adopter un animal pour avoir une compagnie plus sympathique et moins embêtante qu'un colocataire dans son appartement, jugeant notamment dans ses jeunes années qu'il serait sûrement capable d'oublier de lui donner à boire ou à manger alors qu'il était trop occupé par les cours ou ses sorties estudiantines. Quand il avait suffisamment gagné en maturité pour se sentir capable d’élever et s'occuper d'un chien, l'idée d'adopter un animal était déjà bien derrière lui, trop occupée qu'il était à apprécier la compagnie d'un être humain à la place, en la personne de Caroline.

T'as retiré ton alliance ? Quelque peu stupéfait, Jacob se tourna vers Lucilla pour chercher à comprendre l'origine de son interrogation. Il pensait qu'elle avait déjà remarqué qu'il ne portait plus son alliance mais qu'elle n'avait rien dit, parce qu'il n'y avait pas grand-chose à dire à ce propos, tout simplement. Alors, il fut légèrement surpris de constater que la motarde semblait à peine s'en rendre compte alors qu'il jeta un bref coup d’œil à sa main occupée à gratter l'animal devant lui, dont l'annulaire était dépourvu de toute bague. « Ouais, mais ça date pas d'aujourd'hui. Je pensais que tu l'avais déjà remarqué. souffla-t-il dans un léger rire amusé alors qu'il continuait de gratifier le chien de caresses. Cela ne faisait pas une éternité non plus mais bien quelques jours qu'il avait décidé, un matin, de déposer l'anneau en question sur le rebord du lavabo de la salle de bain avant de le déposer plus tard sur un meuble où il ne risquerait pas de tomber dans les canalisations, dans un plat recueillant tous les objets divers que l'on ne veut pas tout à fait jeter, sans toutefois avoir l'intention de le porter à nouveau. La sensation de ne plus rien porter à l'annulaire après dix ans de constante présence d'un anneau avait extrêmement perturbante au début pour devenir simplement anormale par la suite, bien qu'il avait toujours du mal à s'habituer au manque de ne rien avoir autour du doigt. J'ai plus vraiment de raison de la porter. J'aurais dû la retirer plus tôt mais j'y faisais même plus attention. C'est étrange comment quelque chose peut passer inaperçu pendant des années mais lorsqu'il disparaît soudainement, son absence se fait plus bien imposante que n'a jamais été sa présence. Mais il n'en reste pas moins que si son alliance avait pu être un accessoire crucial et symbolique pour afficher son état civil aux yeux de tous mais surtout pour signifier qu'il était amoureux de quelqu'un qui lui rendait ses sentiments  - suffisamment pour s'engager dans l'union la plus stupide qui soit au regard de toutes les conséquences que cela peut entraîner, soit le mariage – elle était devenue un accessoire subsidiaire, passif, qui au fil des années témoignait de moins en moins de chose pour finalement devenir un simple vestige du passé et de ce qui avait été, ce qui n'était pas une assez bonne raison pour s'y accrocher autant d'années. S'il avait chéri cet objet pour ce qu'il signifiait, il avait perdu de sa valeur dès lors qu'il ne reflétait plus que le souvenir de quelque chose qui lui avait procuré des années de joies et de bonheur auparavant. Seulement, comme le temps avait terni l'or de l'alliance, il avait flétri ce qui avait conduit à la présence de cette bague sur son doigt et il lui avait fallu bien longtemps pour se rendre à l'évidence que certaines choses ne sont pas faites pour durer. Ça te dérange ? » demanda-t-il à Lucilla en se tournant vers elle, d'abord amusé puis perplexe, soucieux et curieux à la fois de ce qu'il pouvait en être. À ses yeux, le port ou non de son alliance n'interférait en rien avec sa relation avec Lucilla mais concernait uniquement sa relation avec Caroline qui, en l'occurrence, avait finalement pris officiellement à tous les égards et dans le fond, c'était une bonne chose, il aurait simplement voulu avoir eu le courage de le faire bien plus tôt, pour lui mais surtout pour elle. S'ils ne méritaient pas de voir leur mariage tomber en ruine ainsi, elle le méritait encore bien moins que lui. Toutefois, si cela n'avait pas d'incidence à ses yeux sur le brouillard appréciable qu'était sa relation avec Lucilla, il n'en était peut-être pas de même aux yeux de la motarde qui n'avait pas hésité à l'interroger sur le sujet dès lors qu'elle avait remarqué la chose.






i have no mouth and i must scream
SOLVEIG SÖDERBLOM ☽ in the souls of the people the grapes of wrath are filling and growing heavy, growing heavy for the vintage.



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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Mar 18 Oct - 17:21

jacob & lucilla
alternate world
Elle ne rétorque pas la brune, mais elle se crispe instinctivement dans le dos de son compagnon dès lors qu’elle doit entamer les soins, n’appréciant que peu la vision de la chair à vif et des éclats de métal s’étant logés dans celle-ci. Certes il s’en remettra, certes il était vivant et en un seul morceau, mais ça lui fait mal, de le voir ainsi. Ça lui fait mal, de constater qu’une fois de plus dans sa vie l’on s’en prenait à son entourage d’une façon ou d’une autre, et que ce dernier finissait surtout blessé par sa faute à elle. Aaron s’était bouffé des coups quand elle n’avait pas été présente pour l’en protéger, et aujourd’hui Jacob venait de se blesser pour elle, parce qu’il avait été trop con et avait éprouvé le besoin  stupide de veiller sur elle. Pourquoi ? Pourquoi la défendre, la protéger, la préserver. Ne voyait-il pas, qu’elle ne le méritait pas le moins du monde ? Il semblait bien que non. Inspirant profondément, la brune tente de laisser de côté les mauvais souvenirs qu’elle ressassait tout en imbibant les cotons de divers produits et préfère tenter un peu d’humour tant pour se détendre elle-même que pour apaiser son interlocuteur. Ça fait mouche, suffisamment pour arracher un rire étouffé au rouquin qui se laisse docilement faire. Malgré son calme apparent, il ne parvient pas cependant à rester totalement impassible, grinçant des dents par instant et se crispant d’instinct face aux soins. Elle en est désolée, tendue elle-même bien qu’elle s’efforce de le cacher, se mordant férocement la lèvre comme pour se punir d’être aussi peu délicate. Pourtant, délicate, Lucilla l’était. Elle s’en est trop pris dans la gueule pour ne pas être capable de se montrer douce au possible, peut être même un peu trop. Il finit par ailleurs par la remercier, estimant dans un sous-entendu qu’elle n’était pas obligée de faire tout ça. « C’est normal. » Rétorque-t-elle en douceur, effleurant du bout des doigts, en une caresse désirée, la peau intacte du dos de son interlocuteur. Elle reprend alors ses soins, muette, ne reprenant la parole qu’une fois qu’elle eut fini de le soigner, tentant de nouveau de plaisanter en demandant au rouquin s’il voulait qu’elle lui prête des vêtements. Passé l’éclat de rire, Jacob vante son côté serviable, arrachant un sourire à la motarde qui ne rétorque pas cependant, se contentant de jeter un coup d’œil à la fenêtre lorsqu’il annonça que cela finirait bien par se calmer.

Elle n’y croyait pas le moins du monde. Ça ne se calmerait jamais, l’engouement pour le jeu prendrait encore de l’ampleur et la violence irait en s’accentuant dans le même temps. Cette après midi n’avait été qu’un acte isolé parmi tant d’autres, ce genre de brutalité dont elle entend si souvent parler à la télévision qu’elle avait décidé de ne plus écouter les informations et de faire brûler le journal qu’on lui livrait au quotidien avant même de l’ouvrir. Oui, les rues seraient peut être plus calmes et plus sûres après le passage, sûrement tardif, des flics, des ambulances et autres. Mais tout recommencerait le lendemain, et un jour elle finirait par en crever, elle ou l’un de ses proches, ce qui serait pire encore à ses yeux. Lucilla ne voulait pas y penser toutefois, aussi ce fut tant pour faire les présentations que pour apaiser son cœur bancal qu’elle rappela son chien vers elle dans un sourire, flattant généreusement l’animal après que Jacob ait eu l’occasion de le faire, observant dans un sourire le rouquin qui semblait ravi d’être ainsi accompagné par la bête. Ce fut finalement à force de l’observer gratifier Assan de nombreuses caresses qu’elle nota l’absence d’alliance à son doigt et passé l’incompréhension, elle ne put qu’en faire le constat à voix haute, surprise. Elle se heurte à autant d’incompréhension de la part du rouquin, sûrement qu’il estimait que ce n’était pas important, ou peut-être pensait-il qu’elle l’avait déjà remarqué, ou pire encore que cela semblait naturel qu’il retire sa bague alors même qu’ils étaient tous les deux engagés dans une espèce de relation bizarre qui avait peut être plus de valeur pour lui que cela en avait pour elle. Terrorisée à l’idée de ne pas être capable de lui offrir ce qu’il désirait, la brune préfère garder le silence afin de le laisser se justifier. Si elle remarquait à peine ce changement, cette bague manquante, cela ne semblait pourtant pas dater d’aujourd’hui si l’on en croyait Jacob et Lucilla s’en voulu presque de ne pas l’avoir vu plus tôt, elle qui se vantait pourtant d’être observatrice au possible.

Muette comme une tombe, observant les doigts de son interlocuteur sans oser dire quoi que ce soit, Lucilla se contente de l’écouter d’une oreille attentive, l’entendant ainsi lui expliquer qu’il n’avait après tout plus aucune raison de la porter. Jusqu’alors, c’est l’habitude qui le poussait à arborer le bijou, témoin de son mariage raté, et la brune comprend alors qu’elle s’était fourvoyée jusqu’alors en pensant qu’il l’aimait toujours. Habituée à se rabaisser, sans en avoir conscience, la motarde n’aurait jamais osé s’espérer assez bien pour être importante aux yeux de Jacob, aussi était-il préférable pour elle de penser qu’elle n’était qu’une passade, un moyen d’oublier cette autre femme qu’il aimait encore éperdument. C’est comme ça que ça marchait normalement non ? On oubliait via le sexe, on tournait la page en allant voir ailleurs afin de ne plus songer aux cuisses que l’on convoitait jusqu’alors. Il semblerait pourtant que ce n’était pas le cas ici, il l’avait déjà oublié, tout du moins le lui affirmait-il et bien que sceptique, Lucilla ne put se dérober à la question soudaine qu’il lui posa. Ça te dérange ? Elle en sursaute presque, un frisson remontant le long de sa peau alors qu’elle essaye de savoir, son cerveau réfléchissant à vive allure, si cela lui posait un quelconque problème. « Non, non. C’est juste que… Que quoi ? Vas y, donne lui une moitié de vérité, un demi mensonge. Ne dis pas ce qui t’inquiète véritablement, ne lui dis pas que t’as peur qu’il s’attache à toi, que t’as peur de t’attacher à lui de la même façon. N’avoue pas que cette bague te rassurait considérablement, car elle formait une barrière, celle qui te confortait dans l’idée qu’il n’y aurait jamais rien de plus que de la sympathie et du sexe entre Jacob et toi. Rien de plus. Jamais rien de plus. Tu sais pas offrir mieux de toute façon. Je croyais que tu l’aimais encore. Avoue-t-elle finalement, suffisamment à l’aise avec cette idée là pour la lui offrir sereinement, bien que gênée de s’être trompée sur ce détail précis.  Haussant les épaules comme pour se trouver un excuse, désinvolte, elle précisa dans un souffle, avec un peu plus d’hésitation : Je veux dire, ça faisait dix ans. C’est sûrement, compliqué, non ? » Dix ans, c’est pas rien, Lucilla se souvenant parfaitement de la baffe mentale qu’elle s’était prise en apprenant la durée de ce mariage, de cette relation. Plus long que ce qu’elle a jamais vécu, plus long que ce qu’elle vivrait jamais.

« Oublie, c’est pas important. S’excuse-t-elle finalement à sa façon, balayant l’air d’un geste de la main avant de déposer sur la table à côté d’elle tout ce qu’elle avait utilisé pour soigner le rouquin, observant distraitement le dos de ce dernier. Son autre main nichée dans le pelage de son chien à côté d’elle, la motarde cherche un moyen de passer à autre chose et le trouve finalement en pensant au premier repas qu’elle avait partagé avec l’agent immobilier, au restaurant. Ce fut donc dans un sourire et en se relevant, quittant son canapé pour aller se laver les mains dans la cuisine à côté, ouverte sur le salon, qu’elle demanda : Au fait, ça donne quelque chose ton agence immobilière ? J’espère que j’ai pas minaudé comme une cruche devant Mark pour rien. Elle accentue le prénom, mielleuse et lève les yeux en direction de Jacob, lui jetant de ce fait une œillade amusée. Lui laissant le temps de lui expliquer la situation, l’éducatrice canine finit malgré tout par revenir vers son interlocuteur, retournant s’installer dans le canapé, y prenant naturellement ses aises, ainsi assise en tailleur. Nouveau coup d’œil aux blessures de son compagnon, nouveau pincement au cœur. Incapable de garder plus longtemps pour elle ce à quoi la renvoyait ces plaies, elle soupir, ses doigts glissant instinctivement dans le bas de son dos, effleurant avec une délicatesse infinie la peau encore intacte qui s’y trouvait: Tu vas garder des cicatrices tu sais… C’était une évidence, cela guérirait mais la peau blanche de son dos n’en redeviendrait pas immaculée pour autant là où il avait été blessé. Comme son épiderme à elle, marqué par les coups reçus étant gamine. T’aurais pas dû. » Conclut-elle, à moitié gênée et à moitié agacée, baissant de nouveau les yeux vers son chien pour ne pas avoir à confronter le regard de Jacob sur la question. Il n’aurait pas dû la protéger, la préserver. Elle aurait dû se bouffer l’assaut du métal qui explose, pour au moins lui éviter de devoir tout encaisser seul, à sa place.
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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Jeu 20 Oct - 22:49

jacob & lucilla
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Si retirer son alliance ne lui avait pas semblé comme être un acte particulièrement important, si ce n'est peut-être symbolique dans la mesure où la retirer venait à avouer ce qu'il savait déjà depuis bien plus longtemps, il n'aurait pas pensé que cela aurait pu susciter une quelconque réaction de la part de Lucilla, en particulier puisqu'il pensait qu'elle avait déjà remarqué l'absence de bague à son doigt et qu'elle n'avait simplement pas trouvé nécessaire d'en faire la moindre remarque, tout comme il n'avait pas jugé nécessaire d'en faire. Après tout, un anneau n'est rien d'autre qu'un bijou échangé pendant une cérémonie tout aussi futile puisque ni l'un ni l'autre correspondent véritablement à ce qu'est le mariage, se contentant d'être des éléments faisant rêver les jeunes célibataires s'imaginant vivre leur vie au côté de la même personne tout du long, au même titre que la robe de mariée blanche pouvait faire rêver certaines jeunes filles. Des simagrées qui ne reflètent en réalité en rien le véritable engagement qu'est le mariage, qui se construit et s'alimente tous les jours, sans prendre en compte les prétentions que sont une bague à l'annulaire ou la qualité de la fête nuptiale. C'est d'ailleurs avec un étonnement qu'il parvient à peine à dissimuler qu'il entend Lucilla lui révéler qu'elle pensait qu'il aimait encore sa femme et que c'est pour cette raison qu'il avait porté son alliance tout ce temps. L'idée que l'on puisse penser qu'il aimait encore Caroline, du moins de la façon dont Lucilla l'entendait, lui paraissait étrange mais en même temps, il était toujours fort difficile de juger la relation de qui que ce soit lorsque l'on n'a pas été partie intégrante de cette relation et encore, chacun ayant une perception bien différente des choses. Lui-même n'avait jamais vraiment partagé les réussites ou les déboires de sa vie de couple avec qui que ce soit, si ce n'est peut-être Edgar et toujours avec parcimonie, alors il était bien difficile de pouvoir s'étonner des interprétations prêtées à son mariage lorsqu'il daignait laisser passer si peu d'informations à son propos.

« C'est compliqué mais pas dans ce sens-là. Malgré l'offre d'échappatoire donnée par la brune qui tente de revenir sur le sujet de conversation qu'elle avait amorcé, le rouquin souhaite quand même lui répondre, ne serait-ce que pour lever les doutes que Lucilla lui avait communiqués. Je suis plus amoureux d'elle non, depuis sûrement déjà plusieurs années et c'est très probablement réciproque. Il aimera sans doute toujours Caroline, du moins les souvenirs qu'ils ont pu partager ensemble, et tiendra certainement toujours à elle en lui espérant le meilleur mais cela correspondait simplement à de l'affection que l'on peut porter avec quelqu'un avec qui l'on a partagé dix ans de sa vie, avec des hauts et des bas, et ce n'était certainement plus de l'amour, ce sentiment abstrait si difficile à trouver et à garder. Toutefois, il serait assurément peiné de savoir qu'il est arrivé quoi que ce soit à Caroline et il espérait véritablement qu'elle puisse refaire sa vie et retrouver le bonheur qu'ils avaient connu ensemble il y a des années, bien que cela puisse paraître paradoxal pour l’œil extérieur puisque Jacob n'avait pas réussi, voire chercher véritablement, à l'aider et à la soutenir dans la perte de leur enfant ou encore à la tirer hors du Darwin's Game et prendre de ses nouvelles, ne serait-ce que chercher à savoir où elle se trouvait à cet instant précis. Paradoxal, cela l'était sûrement mais il n'avait pas eu le courage ou la force nécessaire pour se battre et avait préféré s'avouer vaincu en regardant ailleurs. On avait pas autant de chose en commun qu'on le pensait ou alors on a évolué différemment, je sais pas vraiment. En toute honnêteté, il s'agissait sûrement des deux, la première raison n'ayant fait qu'aggraver la seconde. Puis on... Elle a vécu des choses qu'elle méritait pas de vivre et j'ai pas été le mari dont elle avait besoin à ce moment-là. Ça a pas vraiment aidé. » Ça lui coûtait d'en parler parce que cela signifiait avouer ses torts et surtout penser à tout ce qu'il avait manqué de faire dans cette relation, un échec amer et cuisant, dont il ne regrettait pourtant pas l'issue pour la simple et bonne raison qu'il en valait mieux ainsi, même s'il aurait bien se passer de certains événements qu'ils avaient vécus ensemble.

Il ne savait pas quoi rajouter d'autre alors il se contenta de garder le silence en faisant glisser ses yeux sur la pièce dans laquelle il se trouvait pour éviter de croiser le regard de Lucilla et c'est avec soulagement qu'il l'entendit évoquer le devenir de son agence immobilière, suite au fameux dîner qu'ils avaient partagé en la compagnie de ses associés, avec des manières exagérées qui amusèrent Jacob. « Faut croire que tu minaudes comme une cruche de qualité parce qu'on a trouvé un arrangement. laissa-t-il échapper dans un sourire en suivant Lucilla des yeux alors qu'elle se dirigeait vers sa cuisine. En effet, Mark et Steve l'avaient recontacté peu de temps après le dîner pour discuter de façon plus concrète les possibilités qui s'offraient à eux en vue de l'état actuel, plutôt pitoyable, du marché immobilier et financier dans son ensemble. Je devrais pouvoir rouvrir bientôt, un ou deux jours par semaine pour commencer et je continuerais de vendre quelques biens normaux dans des quartiers passables mais je vais devoir faire comme tous ceux qui gardent la tête hors de l'eau et proposer des trucs hors de prix soi-disant sécurisés à des gens qui ont tellement peur qu'ils sont prêts à claquer leurs économies là-dedans. Honnêtement, cela le débectait pour en arriver là mais si cela lui permettait de pouvoir rouvrir son agence et assurer des ventes de façon de plus ou moins stable, surtout dans la période actuelle, soit. Il mettra sa morale de côté en se rassurant comme il peut, en pensant à ces personnes qui abusaient de façon bien plus odieuse des pauvres gens effrayés par le contexte actuel de Chicago, tout en s'efforçant de ne pas repenser à la fougue amère qui l'avait pris lorsque Martin avait énoncé la possibilité qu'il puisse en arriver là et qu'il s'en était défendu sèchement pour au final en arriver à la conclusion, bien des semaines plus tard, qu'au final il n'était pas mieux que quiconque. Et dire que je critiquais ceux qui venaient à faire ça il y a encore pas si longtemps. » finit-il avec une légère note de désillusion dans sa voix. « On fait comme on peut » était l'excuse habituelle et aussi douteuse soit-elle, il devait bien se ranger de son côté pour se justifier.

Lucilla finit par le rejoindre à nouveau, s'asseyant à ses côtés et il pouvait sentir ses doigts frôler la peau de son dos, là où aucun éclat de carrosserie n'avait pu fendre sa chair. Le soupir poussé par la jeune femme, suivi par sa remarque sur les forts probables cicatrices qu'il aura gravées sur sa peau, conduit l'agent immobilier à tourner sa tête vers elle pour ne rencontrer qu'un regard fuyant lorsqu'elle laissa échapper qu'il n'aurait pas dû, sans préciser ce qu'il n'aurait pas dû faire mais dont l'interprétation n'était pas très compliquée. « Peut-être mais je regrette pas de l'avoir fait. laissa-t-il échapper à son tour, en cherchant à croiser le regard de la motarde, en vain. Il était sincère pourtant. Il n'avait peut-être pas vraiment réfléchi à son acte, faute de temps, mais il s'était penché instinctivement au-dessus d'elle justement sans avoir le besoin d'y réfléchir, de peser le pour et le contre ou de se demander si cela en valait la peine, s'il ne valait pas mieux qu'il reste à la place, ce qui lui aurait peut-être permis de s'en sortir avec un dos moins lacéré qu'il ne l'était suite à cette décision semblable à un réflexe. Il s'en serait voulu s'il l'avait laissé prendre des dégâts qu'il aurait pu encaisser si aisément en se penchant simplement de façon à prendre les éclats éventuels qui auraient pu lui tomber dessus. Il aurait s'agit d'une inconnue ou même d'une personne connue mais dont il n'avait rien à faire, il n'aurait pas bougé un muscle qui ne lui aurait pas assuré sa propre sûreté mais aussi égoïste qu'il pouvait l'être avec certains, il ne pouvait se résoudre à laisser ses proches derrière lui sans remords. L'agent immobilier se tourna complètement, de façon à faire face à la jeune femme, et lui empoigna doucement les bras pour inspecter les blessures, heureusement légères, et éraflures venues marquer sa peau bronzée. Puis au moins maintenant je peux dire que mes cicatrices sont pas uniquement dues au fait que je me suis cassé la gueule en vélo à douze ans. » s'amuse-t-il dans un sourire, sur un ton faussement moqueur envers sa propre personne, tout en attrapant la trousse de soins déposée sur la table pour la placer sur ses genoux. Il souhaitait détendre l'atmosphère d'une part mais aussi assurer à Lucilla d'une façon détournée qu'il n'accordait guère d'importance à l'idée que son dos puisse être marqué et qu'il n'avait véritablement aucun regret ou remise en question sur ce qu'il avait fait. Il préférait largement avoir sa peau quelque peu dénaturée par des vulgaires cicatrices que de voir le dos de Lucilla en sang, en sachant qu'il aurait pu faire quelque chose pour empêcher que cela n'arrive.

Après avoir récupéré le matériel que Lucilla venait d'y ranger, après avoir fini de soigner son dos, Jacob commença à nettoyer les coupures et les éraflures venues entailler les bras de la brune, en tâchant de s'exécuter avec le plus de soin possible, tout en s'efforçant de désinfecter correctement les plaies, certes peu profondes mais qui pouvaient toutefois s'infecter rapidement aux vues de ce qui les avait causées. Il ne pouvait s'empêcher de penser au dos de Lucilla, déjà bien assez marqué comme ça, et à l'excuse qu'elle lui avait donnée la première et seule fois où il lui avait demandé comment elle avait pu être marquée à ce point, une excuse qui semblait chanceler un peu plus davantage chaque fois qu'il pouvait apercevoir ou sentir son dos nu contre la peau de ses doigts. La question lui brûlait les lèvres mais il n'osait pas la poser, craignant de demander quelque chose qu'il ne devrait pas, demander une réponse qu'il ne méritait pas mais pourtant il la posa tout de même, gardant toutefois ses yeux rivés sur ce qu'il était en train de faire, ne prenant la peine de croiser brièvement le regard ambré lui faisant face que lorsqu'il prononça le prénom de l'intéressée. « Lucilla, les cicatrices sur ton dos... ça vient pas vraiment du Darwin's Game, non ? C'était l'explication qu'elle lui avait donnée et il l'avait accepté sans broncher, avec toutefois une grimace de dégoût envers quiconque pouvant s'adonner à infliger de telles blessures même dans le Darwin's Game où tous les coups semblaient permis. Cependant, si les cicatrices provenaient effectivement du jeu, elles auraient dû s'estomper davantage au fur et à mesure du temps, voire même disparaître depuis qu'il avait posé la question. Mais elles étaient toujours présentes, avec la même intensité qu'au premier jour, des cicatrices usées par le temps mais certainement pas en passe de disparaître de sitôt, ce qui n'avait fait qu'amplifier le dégoût qu'il portait à la personne qui avait bien pu lui infliger une chose pareille, dans une réalité où tous les coups ne sont pas permis. Laisse, t'as pas à me répondre. s'empressa-t-il toutefois d'ajouter, regrettant sa demande dès lors qu'elle avait quitté ses lèvres, accompagnant le tout d'un léger mouvement de tête de désapprobation pour souligner qu'elle n'avait pas à lui donner de réponse si elle n'en avait aucune envie. Il n'aurait pas dû poser une question alors qu'il en connaissait la réponse. Il était quasiment certain qu'elles n'étaient pas issues du Darwin's Game mais si c'est l'explication qu'elle avait souhaité lui donner, c'est qu'elle ne voulait pas en parler et il ne pouvait décemment pas lui forcer la main.

Il acheva de soigner les blessures de Lucilla et, posant au passage la trousse de soins là où il l'avait trouvée, se leva pour se laver les mains à son tour avant de revenir s'asseoir aux côtés de la brune. Il ne put s'empêcher de jeter un regard en direction de la fenêtre, toujours curieux de savoir ce qu'il en était dehors – si le silence était retombé sur Chicago ou si le chaos continuait mais dans une autre rue, dans un autre quartier – mais son envie de le savoir à tout prix l'avait quitté et il ne ressentait pas le besoin irrépressible de savoir ce qu'il advenait du reste de la ville, préférant se focaliser sur ce qu'il passait dans cet appartement qu'il découvrait la première fois. Son regard soucieux se posa naturellement sur Lucilla, sa main pâle venant glisser une mèche de cheveux brune derrière l'oreille de la jeune femme pour lui dégager le visage. « Ça va ? » Cette question n'avait rien à voir avec celle qu'il avait posée quelques secondes seulement après l'explosion, lorsqu'il souhaitait savoir si elle avait été blessée, ni quelque chose à voir avec celle qu'il venait de poser quelques instants auparavant, sur les craquelures imprégnant la peau de son dos. Elle allait bien au-delà des éventuelles séquelles physiques du passé ou du futur que la jeune femme pouvait porter sur sa peau, sur ce qui importait le plus dans le fond, un corps n'étant rien sans l'esprit.






i have no mouth and i must scream
SOLVEIG SÖDERBLOM ☽ in the souls of the people the grapes of wrath are filling and growing heavy, growing heavy for the vintage.



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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Lun 24 Oct - 15:52

jacob & lucilla
alternate world
Elle n’avait pas tenu à lui forcer la main, à le forcer à s’expliquer quant à son mariage raté et les raisons qui avaient pu soudainement le pousser à retirer cette alliance qui ne l’avait pourtant pas quitté depuis des années. Lucilla lui offre de ce fait une échappatoire qu’il ne saisira pourtant pas et ce fut sans oser dire un mot, ou sans oser bouger, qu’elle l’écouta attentivement expliquer que c’était compliqué en effet, mais pas comme elle l’entendait. Ce fut ainsi qu’elle apprit que ce mariage n’était décidément plus heureux depuis longtemps, les deux mariés se côtoyant sans s’aimer, vivant ensemble sans éprouver de désir pour l’autre depuis des mois voire des années. Une absence de points communs propre à les souder, des évolutions différentes, tout cela avait fini par les séparer. Et un évènement, qui concernait sa femme, un évènement sur lequel il ne s’épanche bien et la motarde ne le lui reproche nullement. La jeune femme tique toutefois devant l’utilisation du pronom « on » suivi de « elle », comme si le rouquin niait avoir été impliqué dans cette histoire, comme si lui n’avait jamais été vraiment concerné. Elle en doute, l’espace de quelques secondes, son scepticisme naturel revenant au galop mais elle met rapidement ces doutes de côté lorsqu’elle entend Jacob admettre qu’il n’avait pas été présent pour sa femme à cette période cruciale de sa vie, tout du moins n’avait-il pas su répondre aux besoins de cette dernière, pas correctement. Cela avait fini de ruiner leur couple et la motarde ne peut décemment pas blâmer son interlocuteur pour ne pas avoir été à la hauteur. Elle-même ne l’avait jamais été, avec personne. Elle, elle attendait pas dix années de mariage pour échouer, abandonner, fuir. Sa lâcheté était décidément légendaire, alors qui était-elle pour juger l’histoire de son compagnon ? Personne. Elle était personne, pourtant il venait de se confier naturellement à elle, un peu, à moitié. C’était largement suffisant pour elle, et quelque peu gênant également tant elle était incapable de gérer la situation actuelle. Les aveux étaient synonyme de confiance, de rapprochement, d’affection. Lucilla se doutait bien que le chef des crieurs n’était pas du genre à s’épancher sur sa vie privée, ni ici et encore moins dans le jeu, aussi prenait-elle conscience de la valeur de ces quelques explications, ce qui avait par ailleurs suffit à la convaincre définitivement du fait que Jacob n’était plus amoureux de sa femme. Et évoquer ce cœur à prendre lui faisait peur, bien qu’elle se garde de le montrer, préférant hocher simplement la tête pour signaler qu’elle avait entendu son histoire et s’abstenait simplement de la commenter.

Voulant détendre l’atmosphère suite à ces aveux, Lucilla se permet d’aller se laver les mains dans la cuisine et en profite pour évoquer leur soirée au restaurant, et plus particulièrement les conséquences que ce dîner aura eues. Elle avait joué le rôle de sa femme, avait minaudé, et avait de ce fait satisfait les hommes de l’assemblée. Elle espérait désormais que cela ne soit pas en vain, bien que la soirée dont il était question aura eu d’autres conséquences fort agréables qui pouvaient largement compenser, à ses yeux, un potentiel échec quant à l’avenir professionnel de son interlocuteur. Malgré tout, elle lui souhaitait le meilleur, aussi fut-elle rassurée de l’entendre parler d’elle comme étant une cruche de qualité, au vu de l’arrangement qu’ils avaient trouvé. Sourire aux lèvres, Lucilla l’écoute ainsi lui expliquer comment cela se passerait, un programme qui lui semble être un grand pas en avant, tout du moins jusqu’à ce qu’il évoque les magouilles qu’il aura à réaliser pour gagner sa vie. Mentir aux gens, se jouer de leurs peurs, profiter du système en somme pour éviter de ne rien toucher à la fin du mois. Le mensonge, Lucilla ne jugeait pas, pour la simple et bonne raison qu’elle passait sa vie à mentir et nier. Jouer sur la peur des gens en revanche… Cela n’avait rien de moral, même pour elle, et elle n’aimerait pas que l’on se sert ainsi de sa propre peur, au vu du contexte actuel. Jacob lui-même semble avoir conscience du caractère peu glorieux de la chose, et il admet avoir critiqué ce genre d’individus il y a peu encore. Elle comprenait, cela n’avait rien de simple et plus le temps passait plus elle-même songeait à commettre des fautes également. A commencer par ces cigarettes dont elle était dépendante et qu’elle était las de payer, au vu de son maigre salaire de ces temps ci. Son loyer était déjà difficile à payer, alors ce genre de saloperies pour drogués… N’en parlons pas. S’abstenant toutefois d’évoquer les quelques nécessités peu glorieuses auxquelles elle comptait probablement s’adonner, la brune préfère relever les yeux en direction de son interlocuteur pour souffler spontanément, avec sérieux, une légère intensité au fond du regard et de la voix : « Je préfère te savoir malhonnête que dans la merde. Explique-telle simplement, avec naturel. Son égoïsme revenait au galop, celui la même qui la poussait à estimer que la situation de Jacob était plus importante à ses yeux que celle de parfaits inconnus aux alentours, aussi abjectes soient les méthodes évoquées jusqu’alors. Haussant les épaules, elle conclut, tentant un argument un peu plus raisonné : Et puis si tu arrives à vendre ce genre de biens, c’est qu’ils ont l’argent, y a pire dans la vie quand même. » Pire que d’avoir du fric à dépenser, clairement.

Essuyant ses mains sur un chiffon de passage, la motarde finit par revenir s’installer sur le canapé, sans un mot, l’ambre de ses yeux se plantant de nouveau sur le dos de son interlocuteur qu’elle observe, une moue peinée et gênée sur le visage. La vue des blessures la dégoûte, la renvoyant à des angoisses primaires et des souvenirs douloureux. Ça la tue, que d’avoir de nouveau était prise dans le feu de l’action, dans la violence, et de constater que quelqu’un d’autre avait encore subi tout ça pour elle. Alors cette vérité lui échappe dans un souffle, tandis qu’elle effleurait avec délicatesse la peau indemne : il n’aurait pas dû. Il en garderait des marques, tant physiques que psychologiques et, indéniablement, elle ne valait pas la peine qu’il se fasse autant de mal à ces deux niveaux. Peut-être, mais je ne regrette pas de l’avoir fait. Ça lui arrache un frisson qu’elle ne parvient pas à analyser, les sentiments se mélangeant de façon désagréable. Mais si la situation la gêne, autant que la sincérité perturbante du rouquin, ce dernier finit par la mettre facilement plus à l’aise en pivotant vers elle, s’emparant avec douceur de ses bras, provoquant de ce fait un nouveau frisson chez elle. Docile, elle s’apprêtait à le rassurer quant à la gravité de ses plaies à elle, insignifiantes au possible, mais il la prend de court en évoquant un évènement de son enfance. Ça suffit à lui arracher un éclat de rire franc, ça suffit à l’inciter à relever les yeux vers lui pour lui jeter un coup d’œil amusé, suivi d’une réplique toute aussi moqueuse : « Je parie que t’as gardé les petites roues super longtemps. » S’amuse-t-elle en retour. Mais le sourire qu’elle lui offre, bien que témoignant de son amusement, contenait surtout une gratitude muette. Elle le remerciait, en silence et sans même y penser véritablement, pour avoir cette capacité de lui faire penser à autre chose. Une remarque anodine sur le vélo et une enfance moins médiocre que la sienne, juste pour lui éviter de penser à la tendresse du moment, et pour apaiser sa gêne. Ce fut sans nul doute pour cela qu’elle ne broncha pas en le voyant s’emparer de la trousse de soins à son tour, là où elle aurait pu vouloir jouer les grandes filles en d’autres circonstances en affirmant ne pas avoir besoin de ces soins, ou de lui pour ça. Cela aurait été puéril, certes, mais cela aurait été sa réaction première. Là, elle voulait bien le laisser faire, simplement car il savait comment le faire, et qu’elle avait conscience des risques importants d’affection.

Muette, la jeune femme baissa les yeux sur les doigts pâles de son compagnon, l’observant s’occuper de ses plaies avec précaution, mais non sans une certaine assurance. Il faisait ce qu’il fallait faire, ce qui avait quelque chose de rassurant en soi. Ça l’amuse en un sens, de constater qu’une fois encore il faisait preuve de confiance en lui-même, il n’hésitait pas, il agissait. Elle se souvenait de son audace des premiers temps, bien qu’elle ait fait le premier pas à l’époque. Désormais, visiblement, elle n’avait pas forcément à faire le premier pas. Le léger sourire qu’elle arbora s’envola toutefois rapidement et la brune blêmit lorsqu’elle l’entendit lui poser une question délicate, et ô combien imprévue sur le moment. Il avait déjà demandé, une fois, et elle avait mentit, naturellement. Elle ne s’était pas vraiment attendue à rester avec lui forcément très longtemps, ne s’était pas non plus attendue à ce qu’il prête continuellement attention à ces plaies, qui se multipliaient de toute façon avec le jeu. Mais il n’était pas dupe, et ces cicatrices sur son dos l’ont marqué de par leur permanence. Evidemment, son mensonge ne pouvait pas durer éternellement. Mais clairement elle ne s’était pas attendue à le voir ramener le sujet sur le tapis de nouveau, et ce malgré son semblant d’excuse dans les secondes qui suivirent, alors qu’il lui assurait désormais qu’elle n’avait pas forcément à lui répondre. Gardant le silence, la gorge nouée, hésitante au possible, elle ne dit rien sur le moment. La vérité est qu’elle n’avait pas envie d’en parler, persuadée que garder le silence était la meilleure chose à faire pour oublier. De toute manière il ne pouvait rien y faire. Cependant, songeant aux aveux du rouquin un peu plus tôt quant à sa femme, Lucilla s’en veut d’être incapable de révéler quoi que ce soit en retour. Avec une autre personne, elle ne s’en serait guère soucié, n’éprouvant pas spécialement le besoin d’être à égalité avec quiconque et se moquant bien de l’honneur ou du principe de dettes qui n’allaient pas dans son sens à elle. Mais lui… C’était différent. Ce qui ne changeait rien au fait qu’elle n’était pas à l’aise avec le sujet. Se raclant légèrement la gorge, elle se contenta d’avouer, d’une voix faible proche du murmure qui témoignait de la honte qu’elle éprouvait à ces simples souvenirs : « Non, ce n’est pas le Darwin’s Game. Au moins disait-elle la vérité, elle ne le confortait pas dans ce mensonge bidon auquel il ne croyait de toute façon plus. Haussant sans conviction les épaules, elle alla rapidement conclure : C’est fini, c’est plus que des mauvais souvenirs maintenant. » Se contente-t-elle d’expliquer, désirant le rassurer quant au fait que cela ne risquait pas de se reproduire.

La motarde ne se voyait pas en dire plus cependant, pas plus qu’elle ne désirait s’excuser d’avoir menti quant aux raisons qui avaient fini par marquer sa peau. Voyant que Jacob n’insistait pas, elle soupira légèrement de soulagement lorsqu’il se leva pour s’éloigner, profitant de ce temps seule pour tenter de juguler les mauvais souvenirs et ses angoisses avant qu’il ne revienne. Ça marche, un peu, pas beaucoup. Lorsqu’il revient pour s’installer à ses côtés, un silence s’installe et elle ne trouve rien à y redire, se calant un peu mieux dans le canapé, la tête légèrement en arrière et les yeux clos. Jusqu’à ce que la question de l’agent immobilier ne parvienne à ses oreilles, lui arrachant un léger ricanement avant qu’elle ne baisse de nouveau les yeux vers lui, les rouvrant en sa direction. Un sourire aux lèvres, qu’on devine aisément feint et exagéré, elle rétorque instinctivement : « Bien sûr que non. Bien sûr que ça n’allait pas, comment pourrait-elle bien aller après ce qu’il venait de se passer ? Qui pourrait décemment penser que tout va bien, que c’était pas grand-chose, que c’était la vie. Lui-même, irait-il prétendre qu’il allait bien ? Qu’importe, pour l’heure c’est elle qui prend la parole et elle ne se gêne pas pour la garder, fixant dans un froncement de sourcils son interlocuteur, tout sourire ayant disparu tandis qu’elle poursuivait avec quelque peu de véhémence, désignant l’extérieur d’un geste du bras : On aurait pu mourir aujourd’hui Jacob, je vois pas comment on est censé aller bien après ça. Retenant péniblement un grondement amer, elle poursuivit en ramenant ses bras contre elle, les croisant contre sa poitrine dans un geste défensif devenu une habitude depuis le temps. C’est ce jeu de merde, c’est ces gens de merde. J’aurais jamais dû y jouer, je voulais même pas y jouer je l’ai fait pour… S’emballant, elle s’interrompt en constatant qu’elle s’apprêtait à en révéler beaucoup, aussi se contente-t-elle de prendre deux secondes le temps de mesurer ses propos quant aux raisons de son inscription, avant de reprendre avec son aigreur habituelle : … Pour veiller sur quelqu’un. Mais à quoi bon ? Je sais déjà pas m’occuper de mon cas, je sers à rien dans ce jeu, je sers à rien en dehors et maintenant je suis obligée d’enchaîner les insomnies et les crises d’angoisses à cause d’enfoirés incapables de demeurer civilisés dans la vraie vie. La seule raison qui fait que j’ose encore aller travailler c’est la présence de mon chien, qui me rassure, avant que je me mette à paniquer à l’idée qu’un cinglé lui tire dessus sans raison. J’ose plus faire mes courses, je… » S’interrompant de nouveau, la brune garda le silence et inspira profondément avant de passer sa main sur son visage, las.

« Désolée. Souffle-t-elle en lui jetant un coup d’œil, accompagné d’un léger sourire un peu gêné. Elle s’était emballée, clairement, et la propre violence de ses termes, sa propre véhémence et son envie de crier et blâmer le monde entier pendant des heures, avaient le don de la déranger. Elle n’aimait pas le comportement des autres, pas plus qu’elle n’appréciait le sien depuis qu’elle jouait à ce maudit jeu, et surtout depuis qu’elle voyait son nombre de vies dégringoler petit à petit. Soupirant de nouveau dans l’optique de se calmer, elle se justifia rapidement dans un souffle : J’en ai juste … Marre de la violence. Elle l’exécrait, plus que n’importe quoi au monde. Baissant les yeux en direction d’Assan, ce fut dans un léger sourire qu’elle vit ce dernier s’avancer vers elle, pour poser sa truffe sur ses jambes dans un geste qu’elle estime tendre dans l’immédiat et qui l’incite à se pencher en avant pour flatter l’animal, déposant un baiser sur son front. Ce fut ainsi en fixant le chien, ses mains parcourant allégrement le pelage du chien-loup, qu’elle souffla plus pour elle-même que pour son interlocuteur : J’aurais dû partir. Ou ne jamais revenir, aussi. Vadrouiller à travers le pays comme je l’ai toujours fait. Elle regrettait parfois, quand l’angoisse devenait trop forte, mais une voix intérieure lui soufflait de ne pas le faire. Son frère était là, et il avait besoin d’elle autant qu’elle avait besoin de lui. Fuir pendant des années ne lui avait finalement jamais réussi, aussi espérait-elle désormais se reconstruire aux côtés d’Aaron. Mais c’était dur, d’aller contre ses habitudes, ses peurs, et tout ce qui faisait d’elle cette femme bousillée qu’elle était. Ce fut finalement après un bref silence qu’elle jeta un coup d’œil au rouquin, constatant dans un léger froncement de sourcils : T’as l’air tellement calme, en comparaison. » A moins que c’était elle l’hystérique de l’histoire.
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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Lun 31 Oct - 23:35

jacob & lucilla
alternate world
S'il n'était pas toujours évident de désavouer des opinions que l'on avait autrefois défendue avec véhémence, il l'était bien moins de se regarder en face dans un miroir sans se traiter d'hypocrite lorsque l'on en était venu à laisser de côté – tant bien que mal – nos états de conscience pour sauver sa propre peau. Certes, Jacob n'avait jamais rechigné à profiter de certaines situations pour en tirer des avantages non négligeables mais jusqu'alors, les situations avaient été dérisoires, sans réel intérêt ou conséquence néfaste pour qui que ce soit. Il n'avait jamais abusé de la confiance d'autrui, tort pourtant reproché à certains collègues partageant sa profession mais dont il s'était gardé pendant toutes ces années, refusant d'user de calomnies ou d'embellies frauduleuses pour sous tirer une somme que ses clients n'auront peut-être plus jamais le loisir de dépenser. Mais que lui restait-il à faire dorénavant ? Rester cloîtré chez lui, à vivre sur les économies dûment collectées au fil des années, pour se laisser choir des heures durant devant un écran, l'esprit ailleurs, pour finir aussi aliéné que ces gens prêts à faire sauter une voiture en pleine rue pour une raison qu'il ne parvenait pas tout à fait à comprendre. En soi, il aurait pu tomber bien plus bas que la solution à laquelle il s'était ravisé afin de continuer de travailler. Nul doute que des gens abusaient de la crainte et de la détresse de la population pour en faire un commerce florissant, en particulier dans tout ce qui relevait de l'illicite. Alors il allait peut-être profiter de ces mêmes crainte et détresse pour arriver à garder la tête hors de l'eau, en incitant quiconque rentrant dans son agence et au compte bancaire conséquent d'acheter l'une des dernières constructions dans un quartier sécurisé, assortie de multiples dispositifs de sûreté qui pourraient apporter un léger soulagement à ses clients tandis que leurs économies en prenaient un coup sévère et qu'il empochait un pourcentage non négligeable du prix de la vente dans sa poche. En toute sincérité, il n'avait aucune fichue idée de la bonne foi des promesses faites par ces constructeurs immobiliers qui, au final, en profitaient bien plus que lui mais pour sa défense, il pensait encore ce matin que l'on pouvait encore sortir dans la rue sans se faire exploser au passage alors qui était-il pour savoir si un détraqué n'allait pas parvenir à entrer par effraction chez ces pauvres gens effrayés pour Dieu sait quelle raison. C'est toutefois non sans soulagement qu'il entendit Lucilla lui souffler qu'elle préférait le savoir malhonnête qu'en fâcheuse situation. Et s'il partageait son opinion, du moins s'il se répétait qu'il n'avait pas d'autre choix suffisamment de fois pour finir par y croire quelque peu et réussir à mettre de côté le jugement que lui réservait son miroir chaque matin, il en était toutefois affligeant de constater que l'individualisme si caractéristique de nos sociétés contemporaines était à son apogée et ne semblait pas s'arrêter en si bon chemin, chacun préférant se sauver d'abord alors que l'effroi et l'égoïsme régnaient d'une main de fer chaque jour un peu plus sur Chicago. Sauve-qui-peut, peu importe sur qui l'on marche au passage, voilà ce qui semblait devenir le mantra de tout un chacun, à quelques exceptions près. « Ouais, je suppose. » se contenta-t-il de répondre au dernier argument avancé par Lucilla, qui marquait un point. Il était vrai qu'il ne volait pas le pain de la bouche aux nécessiteux et s'il profitait effectivement de l'état d'esprit de certaines personnes, elles en avaient clairement les moyens pour la plupart d'entre elles. Et puis, il valait mieux ça que vendre des armes non enregistrées au premier venu qui n'hésiterait pas à appuyer d'un doigt tremblant sur la gâchette dès que son rythme cardiaque venait à s’accélérer quelque peu, non ? Il y a toujours pire que moi. Une maigre consolation qui devrait toutefois faire l'affaire, faute de meilleure justification.

Lorsque Lucilla vint se rasseoir à ses côtés et lui effleurer le dos du bout de ses doigts, sa remarque le gêna quelques instants avant qu'il ne prenne sur lui pour lui assurer que quand bien même il n'aurait pas dû la protéger, ce qui pouvait déjà être débattable aux yeux de certains, il n'en restait pas moins qu'il ne le regrettait pas, sincèrement. Alors qu'il avait cherché à croiser son regard pour mieux chercher à comprendre où la brune voulait en venir, il s'était demandé s'il avait un quelconque regret, une quelconque amertume de s'être ainsi penché au-dessus d'elle pour éviter que tout éclat ne vienne transpercer la peau de son dos déjà marquée et malgré son court temps de réflexion, force était de constater que ce n'était pas le cas. Aussi désagréables qu'étaient les picotements qui parcouraient sa peau et aussi douloureux qu'avait été le processus de retirer tout morceau de carrosserie venu s'implanter dans sa chair sans ménagement, il n'aurait pas voulu que Lucilla prenne ces dégâts et donc, non, il ne regrettait pas de s'être ainsi déplacé sur la trajectoire des éclats qui ne lui étaient peut-être pas destinés initialement. Néanmoins conscient du caractère sensible de son aveu et ne souhaitant pas laisser s'installer un de ces silences gênants qu'il avait tant en horreur, Jacob s'efforça de rassurer Lucilla en la persuadant implicitement que les cicatrices que cet incident lui laisserait sur le dos ne le gênaient pas vraiment en partageant la chute monumentale qu'il avait pu faire à vélo lorsqu'il était bien plus jeune, lorsqu'il s'était élancé avec ses camarades de classe dans une course effrénée qui s'était conclue avec des genoux en sang pour bon nombre d'entre eux, le moins chanceux s'étant même cassé une dent sur le bitume, le tout sous le regard accablé d'un couple de vieillards qui semblait être affligé par ce qu'était devenue la jeunesse. « Hé, c'est pas évident pour tout le monde, d'accord ? laissa-t-il échapper dans un rire franc suite à la moquerie lancée par Lucilla. Puis les garçons sont idiots, c'est bien connu. Je m'en souviens plus vraiment mais ça m'étonnerait pas qu'il ait été question d'impressionner un groupe de filles de notre classe. » Si cela avait été effectivement la raison de leur course à vélo endiablée en premier lieu, comme il semblait s'en rappeler sur le moment, nul doute que les filles en question ont dû se moquer d'eux longuement avant de vaquer à leurs occupations, plus importantes qu'un groupe d'abrutis étalés sur la chaussée.

Occupé à rendre la pareille à son hôte, en nettoyant avec attention et prudence les éraflures présentes sur les bras de Lucilla comme elle avait pu soigner son dos quelques minutes plus tôt, il demeura silencieux quelque temps, s'efforçant de retenir la question qui lui brûlait la langue en retournant la chose dans son esprit mais il ne put s'empêcher bien longtemps de la prononcer, regrettant presque immédiatement de l'avoir posée dès lors que les mots lui avaient échappé. Il n'avait pas à le savoir, cela ne le regardait pas et si elle lui avait menti en premier lieu, tout comme elle ne l'avait jamais fait monter dans son appartement avant aujourd'hui, plus contrainte par leur position géographique que par réelle envie, c'est qu'elle n'avait pas eu envie de partager certaines choses avec lui et il n'avait donc nul droit de la contraindre ou lui forcer la main à divulguer quoi que ce soit à propos d'elle qu'elle n'aurait pas envie de lui confier. Il l'avait très vite compris qu'elle gardait très peu de choses pour lui et cela ne lui avait jamais posé de problèmes, lui-même peu prompt à s'épancher sur sa vie privée. La question lui avait échappé par pure curiosité mais aussi, surtout, parce qu'il voulait s'assurer qu'elle ne risquait pas d'en avoir davantage. Évidemment ses cicatrices n'étaient pas dues au Darwin's Game, il avait fini par le comprendre, mais aussi effacées par le temps qu'elles pouvaient l'être, elles supposaient tout de même que quelqu'un ait pu lui infliger une telle chose dans la vie réelle. Il hocha la tête silencieusement alors qu'elle lui assurait ce qu'il savait déjà, en rajoutant toutefois que cela était maintenant derrière elle. Rassuré de savoir qu'une telle cruauté ne risque pas de se reproduire, le rouquin ne put s'empêcher de se demander à nouveau comment l'on pouvait faire une chose pareille, qui n'avait rien à envier aux actes de barbarie cités dans les livres d'histoire. Ne souhaitant pas s'attarder plus longtemps sur le sujet, d'autant qu'il avait obtenu les confirmations qu'il désirait, Jacob se leva pour aller se rincer les mains à son tour, ses soins prodigués à Lucilla terminés.  

Lorsqu'il retourna s'asseoir sur le canapé aux côtés de la brune, il laissa échapper une question qu'il aurait dû poser bien plus tôt, dès lors qu'ils étaient rentrés sains et saufs, du moins physiquement, si l'on faisait abstraction des balafres entachant leur chair. Une question plus rhétorique qu'autre chose, il est vrai et c'est pour cette raison que la réponse de Lucilla ne vient pas le surprendre. Il se doutait bien que cela n'allait pas, mais les deux mots qu'il avait prononcés n'étaient qu'une formule utilisée pour englober des questions plus sincères, plus précises mais qu'il n'avait pas eu la foi de poser. Deux mots qui résumaient bien des choses mais qui voulaient surtout demander implicitement à quel point cela n'allait pas, aussi paradoxal puisse être leur énoncé. Sans un mot, il l'observa lui répondre avec véhémence, son langage corporel ne faisant que souligner ses mots amers alors qu'elle soufflait son aversion pour ce jeu qui, au final, était la cause de tous les maux que connaissait Chicago ces derniers mois. Il ne relève pas lorsqu'elle faillit laisser échapper un nom qu'elle se garda toutefois de prononcer, préférant rester évasive, ce dont il ne lui en voulait guère. S'il connaissait déjà quelque peu l'opinion de la jeune femme sur le jeu, il n'avait jamais su la raison de son inscription bien qu'il se l'était probablement demandé une ou deux fois, justement parce qu'elle ne portait pas le Darwin's Game dans son cœur. Il tiqua néanmoins lorsqu'elle vint affirmer qu'elle n'avait aucune utilité, que cela soit dans le jeu comme ailleurs, les sourcils du rouquin venant se froncer instinctivement dans un signe de désaccord involontaire. Il ignorait que les événements récents pesaient autant sur la motarde et maintenant qu'il avait été mis au courant, il s'en voulait d'autant plus d'avoir voulu prétendre que le monde tournait encore rond et qu'ils pouvaient encore aller déjeuner à l'extérieur comme deux personnes qui partageaient une relation dont la nature n'était pas vraiment fixée. Il avait simplement voulu sortir de son appartement, pensant naïvement que cela était encore possible, ignorant la sévérité des angoisses que vivait Lucilla. Un faible sourire vint orner les lèvres de l'agent immobilier lorsque cette dernière s'excusa de s'être ainsi emballée, bien qu'il ne lui en tenait pas rigueur. Peu importe l'opinion que l'on avait sur le Darwin's Game, elle était rarement en retenue et, bien au contraire, entraînait souvent un émoi difficilement dissimulé par l'interlocuteur. Il ne pouvait d'autant pas en vouloir à Lucilla d'avoir ainsi exprimé son point de vue que le sien n'en était pas vraiment éloigné et que lui aussi était fatigué de cette violence qui ne prenait jamais fin et dont il n'arrivait pas à comprendre les revendications. Ses lèvres esquissèrent un nouveau sourire, plus prononcé que le précédent mais empli de désillusion, alors que la jeune femme concluait ses propos en lui faisant remarquer qu'il semblait bien plus serein qu'elle. « Je suis pas calme, je suis... Je sais pas. » Ses yeux se détachèrent de Lucilla pour fixer un point en face de lui alors que, d'un geste las, il se passa la main sur la figure, ses doigts venant s'irriter contre sa barbe.

« Je sais pas quoi faire. Ceux qui sont pas occupés à mettre la ville à feu et à sang, pour des raisons que j'arrive toujours pas à cerner, ont peur pour leur vie à chaque instant et restent cloîtrés chez eux pendant que le monde court à sa perte. Je ferais sûrement partie de ces derniers si j'avais pas tant l'habitude de faire semblant de vivre comme si de rien était mais au lieu de ça... C'était bien la première fois qu'il le disait à haute voix mais cela n'en était pas moins vrai. Comme d'habitude, il masquait son ressenti en feignant la normalité alors que cela n'aidait rarement ses proches et se voiler la face ainsi malgré lui ne devait certainement pas l'aider non plus. Mais minimiser les choses, regarder ailleurs lorsqu'il le fallait, jusqu'à ce que cela explose – parfois littéralement – c'était la seule chose dont il avait l'habitude, pour tenir. Ce n'était pas tant de l'insensibilité ou de l'indifférence mais simplement quelqu'un qui se berçait d'illusions ridicules pour ne pas regarder les choses en face et assumer ce qu'il ressent, ce qu'il craint ou ce qu'il espère. Le vide vaut mieux que l'angoisse ou la peine. Comme si faire un carnage dans le jeu leur suffisait plus, certains prennent un malin plaisir à confondre le réel et le virtuel pour faire craindre au moindre habitant l'idée même de sortir de chez lui, et tout ça pour quoi ? Pour créer l'anarchie, se venger du gouvernement ou de tous ceux qui ont osé les regarder de travers dans leur vie ? C'est des merdeux qui ont toujours pas compris que provoquer le chaos et la désolation feront pas de leur vie quelque chose de meilleur ou de plus tolérable, bien au contraire. Lui-même avait été tenté d'envoyer tout en l'air lorsque son fils avait crevé sans même avoir la chance de vivre véritablement mais à quoi bon ? Cela n'aurait servi à rien, si ce n'est lui faire perdre encore bien plus : son mariage serait tombé en ruine bien plus vite mais en plus de cela, il aurait sûrement perdu ses amis et son travail par la même occasion. Et à partir de là, qu'est-ce qu'il lui serait resté ? Rien, si ce n'est son amertume et cela n'était guère suffisant pour vivre. Mais je suppose que je peux m'en prendre qu'à moi-même. Après tout, je me suis inscrit sans y être forcé ou sans chercher à protéger quelqu'un. J'étais curieux et j'ai pas cru toutes les rumeurs qui circulaient alors je me suis inscrit et maintenant c'est tant pis pour ma gueule, pas vrai? continua-t-il, sur un ton bien plus pondéré que ses propos précédents, ses coudes venant se reposer sur ses genoux alors qu'il continuait d'observer un point au loin, se contentant de jeter un rapide coup d’œil à Lucilla, un léger sourire désabusé sur le visage. J'ai même entraîné malgré moi la personne la plus bienveillante que je connaisse dans ce jeu, pour dire à quel point j'ai merdé. » Un rire faiblard quitta ses lèvres tandis qu'il hochait quelque peu la tête, n'aimant guère se rappeler que si Edgar s'était inscrit au Darwin's Game, c'était en partie parce que c'était Jacob s'était inscrit en premier lieu.

S'étant lui aussi laissé emporter par son ressenti face au jeu et la situation dans laquelle ce dernier avait plongée Chicago, Jacob laissa échapper un sourire alors qu'il se reculait quelque peu, prenant toutefois soin de ne pas s'appuyer contre le dossier du canapé pour ne pas le salir ou ruiner les soins que Lucilla lui avait prodigués. Il n'avait pas voulu en dire autant et il ne cherchait pas le réconfort de Lucilla. Il avait merdé comme il l'avait si bien dit, et il ne pouvait que s'en prendre à lui-même, voilà tout. L'avouer à haute voix n'était simplement pas vraiment agréable mais il s'en remettra et il pourra continuer de faire semblant comme il savait si bien le faire. Soucieux de passer à autre chose mais également de revenir sur ce qu'avait pu dire Lucilla avant lui, il se tourna à nouveau vers elle, ses yeux verts aussi intenses qu'auparavant, toute hargne s'étant cependant dissipée. « Mais on est toujours là, pour vivre une sale vie peut-être, mais toujours là. Malgré ce jeu et ces gens de merde, malgré aujourd'hui. C'est pas beaucoup mais c'est déjà bien. Mieux que certains qui n'avaient pas eu leur chance, s'il était vraiment question de chance dorénavant. Une bien maigre consolation certes, mais il fallait bien se raccrocher à quelque chose. Puis t'as beau éviter le combat si possible, j'en ai vu pas mal dans le QG regarder ton fouet d'un mauvais œil, sûrement parce qu'ils ont trop peur de se prendre un coup s'ils sortent une blague graveleuse mal placée. continua-t-il, un sourire aux lèvres en pensant aux joueurs intimidés par Vesta qui ne leur ferait certainement pas le même effet s'il était aussi inutile qu'elle le laissait entendre. Aux dernières nouvelles, j'ai entendu personne se plaindre de ton boulot de messagère. J'ai jamais vu un chien aussi bien élevé de ma vie et pourtant, j'en ai croisé. poursuivit-il en lançant un regard amusé en direction du chien en question. T'es aussi l'infirmière la plus sympathique, attentionnée et, soyons honnêtes, la plus agréable à regarder que j'ai pu rencontrer. On pourrait presque en oublier que t'es canadienne. Pour agrémenter ses paroles, le rouquin usa d'un ton amusé en regardant de bas en haut la jeune femme avec un sourcil évocateur levé avant d'afficher une moue de désapprobation exagérée à l'idée qu'elle soit canadienne, détournant finalement le regard en laissant échapper un léger rire avant de reprendre sa réflexion. Et n'oublions pas que tu sais jouer la cruche à la perfection, un talent indéniable de nos jours et c'est pas Mark qui dira le contraire. Son regard amusé se reposa à nouveau sur Lucilla mais se faisant toutefois nettement plus doux. Puis t'as bien réussi à t'occuper de ton cas toute seule jusqu'ici, non ? C'est déjà honorable, tu devrais pas te sous-estimer autant. » finit-il en donnant un léger coup d'épaule à Lucilla, un sourire aux coins des lèvres, avant de reposer son regard vers la fenêtre face à lui.

« On a pas besoin de sortir de toute façon. J'espère juste que mon appartement te sors pas par les yeux parce que nos options sont limitées. Un doux rire lui échappa alors qu'il cherchait son paquet de cigarettes dans la poche de son pantalon. Enfin, au pire des cas, tu pourras passer ton temps dans la baignoire, je doute que ça t'embête plus que ça. continua-t-il en lançant un regard amusé à la motarde. Ça te dérange ? Je peux aller à la fenêtre si tu préfères. Pour illustrer sa question, Jacob leva son paquet de cigarettes qu'il avait réussi à sortir de la poche de son jean, proposant par ailleurs silencieusement à Lucilla de se servir si elle le souhaitait.






i have no mouth and i must scream
SOLVEIG SÖDERBLOM ☽ in the souls of the people the grapes of wrath are filling and growing heavy, growing heavy for the vintage.



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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Lun 7 Nov - 15:31

jacob & lucilla
alternate world
« Et mainteant tu séduis les filles en vantant ta capacité à faire un cunnilingus. Je sais pas si on peut parler de progrès. » Se moque-t-elle avec malice tandis qu’il évoquait les raisons qui l’ont poussées à faire le con avec son vélo. Une histoire de gonzesses, comme d’habitude bien que le niveau soit moindre au vu de l’âge des protagonistes. En tous les cas ce fut finalement la dernière plaisanterie que la jeune femme put véritablement se permettre car, tandis que Jacob prenait soin d’elle et des plaies bénignes qui ornaient ses bras, ce dernier finit par oser poser la question qui devait lui brûler les lèvres depuis un moment désormais : comment avait-elle eu ces cicatrices dans son dos ? L’excuse du Darwin’s Game n’était plus valable depuis longtemps, elle s’en doutait parfaitement, mais elle avait naïvement espéré qu’il se contenterait de ce mensonge, sans chercher à connaître la vérité. C’était stupide que de l’imaginer aussi peu intéressé par elle, et hypocrite par ailleurs étant donné qu’elle-même se permettait depuis peu à poser des questions plus personnelles à son invité. C’est en partie pour lui rendre la pareille que Lucilla se permet d’avouer son mensonge, elle se garda bien toutefois d’offrir des détails, se contentant d’assurer à son interlocuteur qu’elle ne risquait plus rien dans l’immédiat. Les cicatrices demeureraient, mais elle n’aurait plus jamais à subir la violence de son paternel, elle s’en était assurée. Mais au fond, quelle importance ? Qu’est ce que ça pouvait faire que de savoir que ces plaies ci découlaient de violence dans la vraie vie, alors même qu’elle se plongeait désormais tête la première dans un jeu plus sanguinaire et meurtrier encore. Là aussi elle finissait par en avoir des cicatrices, pas qu’un peu à vrai dire. Tout comme lui. Ils étaient pathétiques pas vrai ? C’est ce qu’elle se dit tout du moins, et ce malgré les raisons somme toute valables qui l’ont poussées à s’inscrire. Mais elle regrette en un sens, et elle se surprend à regretter tout autant l’inscription de son interlocuteur. Car elle les perçoit également, ces restes d’égratignures qui ornent la peau pâle du rouquin, témoignant des combats qu’il aura eu à mener. Ça ne lui plaît pas, mais se garde bien de le juger. Partiellement du moins. Car quoi qu’elle en dise, Lucilla ne peut s’empêcher de se demander quel genre d’homme Kairos pouvait être. Elle a beau s’être entendue avec lui très tôt, ce qui les avait finalement poussé dans les bras l’un de l’autre, elle craignait sans arrêt de lui découvrir un aspect bien plus violent que prévu. Que faisait-il, quand il ne donnait pas d’ordres aux crieurs ? Allait-il cogner et tuer, s’en donnant à cœur joie ? Elle en doutait, tout du moins elle en doutait en caressant du regard le faciès de Jacob. Mais elle savait à quel point les gens pouvaient changer à cause du jeu, balayant de ce fait les quelques certitudes qu’elle pouvait avoir à son sujet.

Plongée dans ses pensées, ce fut avec un certain soulagement qu’elle laissa son compagnon s’éloigner, profitant de cette pause pour inspirer profondément, avant qu’il ne revienne à sa hauteur. La conversation, sérieuse, qui avait été entamée plus tôt se poursuivit, mais d’une autre façon. La brune capte le regard intense de son partenaire, tandis que celui-ci formulait une nouvelle question. Ça va ? Bien sûr que non. Comment pourrait-elle aller bien après ce qu’il venait de se passer ? Et c’est ce qu’elle explique, bien moins calme qu’elle avait pu l’être jusque là. Vesta ne se permettait que rarement la colère, Lucilla également tant elle craignait de devenir violente à force de cracher sa haine, mais cette fois ci était l’exception qui confirmait la règle. A dire vrai, cela arrivait de plus en plus souvent et cela ne lui plaisait guère. Mais c’est ainsi, elle, expliquant avec véhémence à quel point ça n’allait pas, à quel point elle pouvait détester ce jeu sur lequel elle ne s’était inscrite que pour… Prendre soin de quelqu’un, comme elle daigne l’avouer sans offrir plus de précisions toutefois. Et elle avait peur, de tout. Lucilla a toujours été angoissée, elle se l’admettait à moitié intérieurement, mais cela devenait pire avec le temps. Elle repense à la trouille qui s’était emparée d’elle à l’idée de sortir, dans la rue, avec Jacob ce midi même. Puis elle pense aux terreurs supplémentaires qui s’ajouteront à tout ça désormais qu’elle avait frôlé des dégâts conséquents, voir même la mort. La motarde explique également à quel point tout cela était ridicule, elle voulant jouer les guerrières protectrices alors même qu’elle était incapable de s’occuper d’elle-même. Aaron le lui avait bien prouvé, il avait tout réussi dans sa vie, passant outre leur enfance désastreuse pour finir avec une femme qu’il aimait désespérément, sans parler de cette petite fille qu’il avait, de cette situation stable qu’il s’était octroyé, tout simplement. Elle, elle progressait pas, jamais. S’en était déprimant. Torturée par ses démons et ce peu importe la distance qu’elle mettait entre elle et ces derniers, plus angoissée que jamais, incapable de savoir ce qu’elle désirait vraiment et tout aussi démunie face au potentiel bonheur qu’elle pourrait s’octroyer dans tout ce merdier. Elle méritait pas d’être heureuse, elle avait trop merdé, de cela elle en était convaincue. C’est sûrement en partie pour cela qu’elle finit par se taire, se calmant à moitié après avoir pris conscience de sa véhémence actuelle. Vrillant l’ambre de ses yeux sur Jacob, elle finit par souffler à son attention, dans un froncement de sourcils témoignant de son incompréhension et presque de son envie tandis qu’elle remarquait qu’il semblait bien plus calme qu’elle. Et dieu savait qu’elle aimerait prendre les choses avec autant de légèreté.

Ce fut avec attention qu’elle l’écouta lui répondre, son regard s’attardant sur ces lèvres qui s’étiraient en un sourire large mais triste. Ça la touche, car elle-même avait trop l’habitude de feindre la joie pour ne pas avoir conscience du cadeau qu’il lui faisait en étant sincère jusque dans ses attitudes et mimiques. Ce fut donc patiente que Lucilla l’entendit se poser des questions, il n’était pas calme il était juste… Quelque chose. Elle comprenait aisément la difficulté à mettre des mots sur ses ressentis et se garda donc bien de le presser, de toute manière trop curieuse pour se permettre de dire quoi que ce soit qui puisse l’influencer ou le déranger. La brune apprit ainsi que Jacob était tout simplement le genre de personne à se voiler la face, un peu comme elle-même si lui semblait plutôt éviter les sujets sensibles là où elle préférait jouer un rôle qui l’exhibait sous un jour meilleur que ce qu’elle pouvait être en vérité. L’ignorance face au mensonge, fermer les yeux plutôt que de raconter des bobards. Quelle belle équipe ils faisaient, et elle comprenait encore mieux leur appartenance à l’équipe des fourbes. Ils n’étaient pas forcément animés de mauvaises attentions, loin de là, mais ils n’étaient pas sincères, ou trop rarement. Elle avait l’habitude de fuir, il avait l’habitude de nier. Etaient-ils seulement compatibles dans ces conditions ? Gardant ces questions pour elle, tentant de dissiper les angoisses qu’elles soulevaient naturellement chez elle, Lucilla se contenta de l’écouter plus avant. Une fois de plus, comme elle, il se plaint de ces gens qui confondent jeu et réalité, il se plaint de la violence, des raisons stupides ou inexistantes qui poussent ces mêmes individus à se comporter comme des connards finis. Profitant d’une pause de la part du rouquin, ce fut dans un froncement de sourcils presque désespéré qu’elle demanda, d’une petite voix, dans un souffle qui témoignait des peurs que cette simple question pouvait révéler chez elle : « T’as pas peur toi, de devenir comme eux ? Je sais pas je… Je les juge, mais je suis terrifiée à l’idée de finir par leur ressembler. Je change déjà trop, et pas en bien. » Comme cette manie de ne plus savoir garder son calme en toutes circonstances ou presque. Elle n’était plus aussi habile qu’avant pour afficher un masque et cela la dérangeait, car c’est ainsi qu’elle vivait depuis des années. Et si cela changeait, qui sait ce qui pourrait encore arriver à l’avenir. Peut-être tuerait-elle, volontairement, dans un accès de colère imprévu et sans nul doute injustifié.

La conversation reprend toutefois, avec Jacob estimant qu’il ne pouvait blâmer que lui-même étant donné qu’il s’était mis au jeu simplement par curiosité, par envie, et sans avoir pris au sérieux tout ce qu’on pouvait dire sur le jeu. Comme beaucoup de monde finalement il n’a pas cru à ce qu’on pouvait raconter, et étant donné qu’il était l’homme qui créait les rumeurs cela n’avait rien d’étonnant de constater qu’il était insensible aux ragots au quotidien. Peut-être, au fond, s’était-il pensé capable de tenir bon dans le jeu aussi. Mais qui était-elle pour le juger ? Tout le monde ou presque avait commencé ainsi, et puis finalement elle aussi jouait, peu importait les raisons, ils étaient dans le même merdier. Et la motarde n’apprécie guère d’entendre son interlocuteur se blâmer à ce point, ou estimer que c’était bien fait pour lui et que désormais tout le monde se foutait bien de son histoire ou de lui. Ce fut donc en fronçant les sourcils que la jeune femme l’interrompit volontairement, rétorquant avec douceur cependant : « Arrête… Moi aussi finalement, je me suis inscrite pour un autre, et je voudrais pas que cette personne s’accuse d’être la source de mes problèmes. J’ai fais un choix, ton ami également. » Jamais elle n’irait blâmer Aaron, d’autant plus qu’il ignorait encore tout de son inscription tant elle préférait agir dans l’ombre pour lui, pour qu’il n’ait pas à s’inquiéter et pour pas qu’il n’ait pas à choisir entre sa sœur et son équipe. Les caho. Ceux là même qu’elle méprisait, ceux là même qu’il guidait en un sens étant donné qu’il était leur bras droit. Quel bordel. En tous les cas la jeune femme n’insiste pas, consciente du fait que le sujet n’était pas agréable et que de toute manière ses mots sonneraient sûrement creux pour son compagnon. On ne changeait pas les gens, et au vu la manière de procéder du rouquin toute sa vie durant, ce n’était pas elle qui irait le convaincre d’une quelconque façon qu’il n’était pas tant à blâmer que ça. Au moins aurait-elle essayé, et au moins aurait-il compris qu’elle était de son côté, quoi qu’il arrive.

Si Lucilla pensait toutefois qu’ils en avaient désormais fini, elle constate se tromper lourdement dès lors qu’elle capte le regard de l’agent immobilier, plus intense bien que plus doux également. Et les mots qu’il prononce arrachent un frisson à l’éducatrice canine, irrépressible, et elle est incapable de l’analyser correctement dans le temps qui lui est donné. On est toujours là. On. Comme s’il n’y avait pas de Jacob sans de Lucilla, ou de Lucilla sans Jacob. Comme si c’était là tout ce qui comptait aux yeux du rouquin : savoir qu’ils étaient là, tous les deux, vivants. Certes c’était peu, quoi que puisse en dire cette société culpabilisante dans laquelle ils vivaient, vivre n’avait jamais été suffisant. N’importe qui pouvait espérer plus, plus que la satisfaction de savoir que son cœur battait encore. La brune quant à elle n’avait jamais été capable de penser ainsi, sa simple survie lui convenait, tout du moins s’efforçait-elle de le croire pour éviter de penser aux échecs qui jalonnaient sa vie et son incapacité à remonter la pente. Alors certes, c’était déjà bien, qu’ils en soient là, tous les deux. C’était suffisant en tout cas pour lui soutirer l’esquisse d’un sourire, doux, tandis qu’elle le caressait du regard, comme si ce qu’il lui racontait était la seule vérité qui comptait à ses yeux. Sûrement étais-ce un peu vrai, en un sens. La jeune femme ne commente pas toutefois et se contente de lever les yeux au ciel, moqueuse, tandis que son interlocuteur poursuivait son discours qui, visiblement, visait à la rassurer quant à ses capacités et son importance au sein du jeu. Peu lui importait qui pouvait la regarder de travers, elle et son fouet, d’autant plus qu’elle était convaincue que beaucoup de monde ou presque était au courant du fait qu’elle ne se battait pas. La seule chose qui compensait, finalement, c’était ses rapports avec la chef et le bras droit eshu. Elle les avait dans la poche, littéralement, bien que ce soit involontaire au vu du fait qu’elle les avait connu avant même de les rencontrer dans le jeu, mais indéniablement cela lui assurait une protection qui la satisfaisait grandement. Elle se sentait intouchable, bien que pas suffisamment sotte pour se reposer sur ces simples relations. Toutefois Jacob avait raison sur un point : elle ne supportait pas les blagues des hommes. Elle ne supportait pas grand-chose de leur part à vrai dire, et elle se demanda l’espace d’un instant s’il avait conscience de ce mépris qu’elle pouvait globalement leur vouer.

Il se permet par ailleurs de poursuivre son discours, expliquant qu’elle était également une bonne messagère bien que là encore la brune ne voyait pas la difficulté de la tâche. C’était facile, que de transporter des messages. Il était un peu moins facile de jouer les espionnes pour Kairos dans le même temps, ceci dit, elle l’avouait volontiers. Mais tous ces compliments sur sa capacité à se débrouiller dans le jeu la laissent finalement de marbre. Le jeu, ce n’était rien, peu importait sa débrouillardise ou son talent au sein de ce dernier, elle n’en tirait aucune satisfaction ou fierté. Loin de là. Cependant, dès lors qu’il évoque son travail auprès de son chien, le regard ambré de la jeune femme se met à scintiller tant de fierté que d’affection tandis qu’elle caresse du regard l’animal en question, celui là même qui était reparti vaquer à ses occupations. Elle le savait pourtant nerveux, forcément au vu du fait qu’elle était elle-même mal à l’aise au quotidien. Assan le percevait largement et elle s’en voulait de l’impliquer dans son état émotionnel, de même qu’elle s’en voulait de ne plus être capable de s’occuper dignement de lui, la faute à ces angoisses qui la rongeaient de plus en plus. Tandis qu’elle observait son chien, la suite des propos du rouquin lui arrachèrent finalement un léger rire et l’attention de la brune se focalisa aussitôt sur lui. Un sourire amusé aux lèvres, elle rétorqua rapidement sur le même ton : « T’as pas dû croiser beaucoup d’infirmières dans ta vie alors, y en a des biens plus jolies. Faut dire qu’elles ont la tenue qui va avec. Même si, indéniablement, les tenues d’infirmières officielles n’avaient rien à voir avec celles plus sexy destinées à pimenter la vie sexuelle d’un couple. Ceci dit, il était bien question de cela en cet instant précis pour Lucilla. Ignorant volontairement la remarque sur ses origines, bien qu’elle lui jette un regard faussement courroucé pour la peine, regard qui se voit rapidement remplacé par un nouveau sourire lorsqu’il la gratifia d’un léger coup d’épaule. Muette, elle l’écoute plaisanter de nouveau sur son côté cruche, mais toute trace d’amusement disparaît de son visage lorsqu’il résume en expliquant qu’elle avait au moins été capable de se gérer elle-même tout ce temps. C’était déjà bien. Méditant ces quelques paroles, ce fut en fronçant les sourcils qu’elle demanda : Tu trouves que c’est suffisant ? Gérer son cas ? Certes ça occupait l’esprit, certes ça faisait passer les journées… Mais étais-ce suffisant ? Une fois de plus, était-ce donc tout ce qu’elle pouvait attendre de la vie et d’elle-même ? Je crois que… J’ai plus de temps à perdre. » Souffle-t-elle pour elle-même en jetant un coup d’œil par la fenêtre. Désormais qu’elle était coincée à Chicago, et que son espérance de vie était diminuée par son addiction au jeu, elle n’avait plus de temps à perdre. Ou sinon sa fin serait aussi misérable que le début de son histoire. Et elle crèverait sans avoir pu profiter de quoi que ce soit.

Gardant le silence ce fut de nouveaux les mots de son compagnon qui la sortirent de sa rêverie et elle apprécia de l’entendre évoquer le fait qu’ils n’auront plus forcément à sortir. Bien qu’elle ignore s’il agissait ainsi car lui-même avait eu peur à cause de l’incident d’aujourd’hui ou s’il cherchait surtout à prendre en compte ses angoisses à elle. Peu envieuse de connaître la réponse dans le fond, Lucilla ne relève pas toutefois et se contente de rire légèrement à l’évocation de cette baignoire qu’elle aimait tant. « Je vois pas de quoi tu parles. S’amuse-t-elle avant de le rassurer d’un vague geste de la main quant à la consommation d’une cigarette au sein même de son salon. Nan t’en fais pas, je fume même dans ma chambre pour te dire… Un non fumeur crèverait d’asphyxie chez moi. Ironise-t-elle avant de s’emparer d’une cigarette dès lors que celles-ci furent proposées. S’emparant d’un briquet abandonné sur la table du salon, elle alluma son bien et fit de même avec celle de son compagnon avant de redéposer le briquet sur la table. Ce fut à ce moment là que son regard capta la forme du tatouage de Jacob et de sa main libre, l’autre retenant la cigarette le temps qu’elle expire la fumée, elle en effleura avec délicatesse le contour, redessinant du bout des doigts le chiffre qui était gravé à même la peau. Sois prudent. Y en a trop qui ont des tendances suicidaires dans le jeu, trop qui iront se battre pour des conneries d’égo ou d’honneur. Fais pas ça. On s’en fiche de la fierté, et tu pourras toujours remonter la pente si quelque chose ne doit pas aller. Ce qui compte, c’est de rester en vie. Assure-t-elle avec sérieux. Il l’avait dit lui-même, et elle tenait à ce qu’il fasse attention ce qui était déjà un aveu en soi venant d’elle. Elle tenait à lui, suffisamment pour souffrir de sa potentielle mort. Alors il n’avait pas intérêt à lui faire ce coup là, surtout pour des conneries. Ce fut cependant avec plus d’amusement qu’elle rajouta, sans jamais cesser d'effleurer sa peau toutefois : Par ailleurs j’ai eu l’occasion d’entendre que certaines rumeurs se sont répandus à la vitesse de l’éclair. T’es doué pour foutre ta merde. » Se moque-t-elle dans un sourire, ramenant sa cigarette à ses lèvres dans une dernière œillade.
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MessageSujet: Re: ALTERNATE WORLD / lucilla   Sam 3 Déc - 21:31

jacob & lucilla
alternate world
Son fiel se déverse aisément, comme si sa hargne n’avait fait qu’attendre désespérément la permission de sa langue se décidant enfin à former ces mots qu’ils ne prononçaient que trop rarement, gardant son avis pour soi non pas par gêne ou par pudeur mais simplement parce qu’une fois lancé, il trouvait bien des difficultés à s’arrêter tant le sujet ne cessait d’entretenir son incompréhension colérique face à ces actes cruels et insensés. Ces gens qui ne peuvent plus se satisfaire de s’entre-tuer, que cela soit dans un univers virtuel ou non, mais qui ressentent désormais le besoin d’arracher à la vie à autrui pour se faire entendre, entendre alors qu’ils ne produisent qu’un bruit blanc parfois entrecoupé de cris ou d’un coup de feu mais qui au-delà de ces interruptions bruyantes ne dégage aucun son réel. Pour qu’une révolution en soit une, et pour qu’elle porte un sens, encore faut-il qu’elle ait un message clair et un objectif précis. Autrement, les révolutionnaires ne peuvent que se targuer de l’étiquette d’anarchistes tandis que leur utopie n’est qu’un ramassis d’éléments plus chaotiques les uns que les autres. Ils sont dorénavant tellement nombreux à périr que les cimetières ne peuvent accueillir toutes leurs dépouilles alors l’on a creusé des trous. Des fosses communes qui accueillent des montagnes de corps perdant leur identité propre pour ne devenir qu’une masse informe de bras et de jambes – pour les plus chanceux d’entre eux – dont les visages sont indissociables. Une masse d’anonymes et d’inconnus qui étaient autrefois nos proches. Des merdeux, voilà tout ce qu’étaient les gens qui avaient tué ces pauvres personnes condamnées à une sépulture commune bon marché. T’as pas peur toi, de devenir comme eux? Un instant, il pose son regard sur celui de Lucilla afin de mieux mesurer chacun ses mots, l’agent immobilier laissant finalement son regard vagabonder sur la pièce alors qu’il réfléchissait à cette question sur laquelle il ne s’était jamais véritablement permis de s’attarder. « Bien sûr que ça me fait peur… lâche-t-il dans un souffle discret comme si l’avouer à haute voix réaliserait sa crainte de devenir comme eux. Ça paraît si facile de juste perdre pied et tomber là-dedans. Ce qu’ils font, c’est infâme mais quand on ne croit à plus rien d’autre, peut-être que se battre pour ça, peu importe à quoi ça correspond vraiment, paraît être la meilleure de solutions... » Peut-être s’agit-il au bout du compte d’une révolution aux revendications floues mais une véritable révolution tout de même. Peut-être qu’il en comprendrait le sens un jour, un sens qui pourrait le toucher au point qu’il les rejoigne, brûlant et tuant sur son passage pour se faire entendre, comme un fou qui ne supporte plus d’être ignoré. Se faire entendre par tous les moyens. Néanmoins, il ne peut s’empêcher de repenser à cette femme déchirée et en sang sur le bitume, hurlant aussi fort qu’elle le pouvait pour elle aussi se faire entendre. Faire entendre sa peine et sa douleur, le temps qu’il lui restait pour les vivre. Il ignorait si elle avait eu la chance de survivre ou non mais le plus probable était certainement la deuxième issue. Mais elle pourrait être encore en vie qu’il ne pourrait certainement jamais se débarrasser de cette vision et de ses cris, des hurlements dont il ne voudrait jamais être la cause. Un souvenir cauchemardesque qui l’empêcherait sûrement de basculer dans ce combat injuste et cruel, sans pour autant lui ôter avec certitude la crainte de devenir comme eux. Après tout, il suffisait d’un rien pour perdre pied.

Mais il était difficile de se plaindre d’une situation alors que l’on a collaboré de plein gré à son avènement. Il s’était inscrit par lui-même et pour lui-même, il avait joué comme tout un chacun à ce jeu et, en toute honnêteté, il serait bien incapable de s’en défaire quand bien même il en aurait la possibilité. Au fond, s’il s’était inscrit, ce n’était pas seulement par simple curiosité mais également parce qu’il avait besoin d’une échappatoire, une vulgaire porte de sortie où il n’aurait plus besoin de prétendre penser à autre chose mais véritablement s’occuper l’esprit. Il avait sûrement déjà changé lui aussi et changerait encore de manière indiscutable. Tuer des inconnus dans le doute perpétuel d’être celui de trop, ça ne peut que difficilement laisser indifférent mais voir le monde tomber en ruine devant ses yeux alors que les cadavres s’empilent devant le pas de sa porte, il est indéniable que l’on en sort changé. Mais comment ? Faut-il s’insurger ou s’horrifier suffisamment pour rejoindre un camp comme cela leur était proposé ? Le bien ou le mal, sachant que ce qui est bon pour l’un est la croix d’un autre. C’était une vision bien trop duale et restrictive qui s’offrait à eux, la milice venant s’immiscer dans le débat dans ce qui était auparavant le refuge paradoxal de tous ceux ne souhaitant pas y réfléchir, une vision à laquelle Jacob avait du mal à s’y faire et encore moins à laquelle il pouvait adhérer. Les propos tenus par chaque camp sont bien trop extrémistes et hypocrites pour qu’il ne puisse les prendre à cœur. Aussi complexe qu’est la situation actuelle, c’est faire preuve d’une condescendance abusive que de forcer chacun à ne choisir qu’entre le blanc ou le noir. Il n’empêche qu’il se fait couper la parole par Lucilla alors qu’il avouait n’avoir personne d’autre que lui-même à qui s’en prendre pour en être arrivé là, sans aucune noble cause derrière laquelle se cacher. « Il dirait probablement la même chose mais il n’en reste pas moins que si je me serais pas inscrit, il l’aurait sûrement jamais fait non plus. » glissa-t-il alors que ses lèvres esquissèrent un sourire désolé, sa main venant frotter sa barbe dans un geste involontaire, pour se donner bonne mesure. Il avait entraîné un père de famille dans un jeu meurtrier, malgré lui certes mais tout de même, son ami le plus proche qu’il connaissait depuis une quinzaine d’années qui plus est. Il savait vraiment gérer les situations à la perfection, il en mériterait presque une médaille. Il leva toutefois ses yeux vers Lucilla pour lui signifier d’un infime sourire légèrement forcé qu’il était tout de même reconnaissant pour ses propos bien qu’ils n’étaient pas suffisants pour lui alléger la conscience.  Cependant, il s’empressa tout de même de reprendre la parole pour la dévier de ce sujet mais aussi des autres, pessimistes et effrayants, qu’ils avaient pu aborder plus tôt en les remplaçant par un discours se voulant plus optimiste, plus rassurant mais également sincère, venant balayer les critiques que Lucilla avait pu s’adresser injustement d’un revers de la main verbal, reprenant point par point ce qui l’avait suffisamment déplu à entendre pour s’en souvenir aussi méthodiquement.

Cependant, n’appréciant guère le ton trop sérieux qu’avait pris leur conversation, dès lors qu’ils avaient effleuré les ‘vrais’ sujets aussi pertinents que malaisants, dont la gravité et la sincérité étaient loin d’être dans leurs habitudes ou même dans celles que le rouquin pouvait avoir par lui-même, il ne put s’empêcher de diffuser la tension par des remarques légères et anodines ici et là afin de détendre une atmosphère bien trop pesante à son goût, lui qui n’était pas vraiment à l’aise avec ce genre de situation. C’est avec une légère satisfaction qu’il parvint à faire sourire Lucilla à propos de son compliment sur son remarquable travail d’infirmière, ce à quoi elle s’empressa de lui répondre, arrachant à son tour un sourire amusé à l’agent immobilier, précédé d’un bref rire. « La tenue ne fait pas tout, bien au contraire… glissa-t-il avec une œillade suggestive mais moqueuse, un sourire de la même nature aux lèvres, avant de reprendre la suite de ses propos, se targuant d’une dernière plaisanterie pour en arriver à sa conclusion véritable, l’amusement faisant place à un avis sincère. Une conclusion qui suscite des questions de la part de la brune qui formule cette fameuse interrogation, celle de savoir si c’est suffisant et avec étonnement, son esprit aborde la question avec un optimisme qui lui était jusqu’ici défaillant, sa voix se faisant plus mesurée tandis que son regard était porté sur la fenêtre. Peut-être pas, mais c’est déjà quelque chose dans la bonne direction. Gérer son cas, beaucoup en sont incapables alors c’est déjà bien d’y arriver. Finalement son visage se tourne vers celui de Lucilla, son regard captant le sien quelques instants avant de vaquer ailleurs, ses épaules se haussant légèrement alors qu’il prononce sa dernière phrase, non pas par scepticisme envers ses propres paroles mais comme une confirmation implicite qu’aussi problématique pouvaient être leurs vies respectives, d’autant plus avec les récents événements où la mort semblait être à chaque coin de rue, avoir tenu et survécu toutes ces années est déjà un accomplissement en soi, d’autant plus que si les cicatrices de la motarde pouvaient attester d’une chose, c’est bien qu’elle n’avait pas vécu une vie facile. Après, il est seulement question de continuer sans baisser les bras. C’est pas évident mais si t’as réussi jusqu’ici alors tu devais pouvoir y arriver. » continua-t-il, ses yeux se posant à nouveau sur la femme à ses côtés, celle-ci venant affirmer dans un souffle et le regard perdu ailleurs qu’elle n’avait plus de temps à perdre, un sentiment que Jacob ne pouvait s’empêcher de partager. Du temps, il lui semblait qu’il en avait pour l’éternité lorsqu’il avait commencé sa carrière et qu’il venait de se marier, n’ayant pas perdu un seul instant pour commencer sa propre vie alors qu’il était encore si jeune aux yeux de certains. Il s’était précipité dans une course effrénée dont le rythme lui avait contraint à faire des concessions qu’il n’a pas voulu faire et il avait suffi d’un jeu pour faire basculer sa vie à l’équilibre déjà fragile. A force de vouloir devancer le temps, il avait presque tout perdu – et il aurait tout perdu si le dîner avec ses anciens collaborateurs ne s’était pas présenté – et maintenant il manquait de temps pour tout rebâtir, le compteur encré sur sa peau lui rappelant qu’il suffisait de peu pour que sa vie prenne fin. Se contentant toutefois d’approuver les propos de Lucilla par un vague soupir, il concentra son attention sur la poche de son jean afin d’y récupérer les cigarettes qui, ironiquement, semblaient avoir perdu tout leur aspect nocif depuis que le jeu était entré dans sa vie, lui promettant d’atteindre bien plus rapidement le Styx que ne l’aurait fait un cancer des poumons.

S’assurant toutefois qu’il avait la permission de fumer dans l’appartement de Lucilla avant de porter l’une des cigarettes à ses lèvres, proposant autrement de la fumer à la fenêtre, il ne put s’empêcher de rire en entendant la réponse de celle-ci alors qu’elle s’emparait à son tour d’une cigarette dans le paquet qu’il lui avait tendu. « Ravi d’avoir déjà mes poumons assez déglingués pour pas étouffer ici dans ce cas. reprit-il sur le même ton que son interlocutrice, s’efforçant de ranger à nouveau son paquet froissé dans la poche de son pantalon. La cigarette enfin déposée entre ses lèvres, il se pencha vers le briquet, les yeux baissés sur les doigts de la motarde qui vinrent allumer le bâton de nicotine, avant de finalement se reculer suffisamment pour inspirer puis expirer sa première bouffée. Ses yeux se posèrent affectueusement sur le dénommé Assan mais c’est avec une légère surprise qu’il sentit des doigts effleurer sa peau et plus précisément son tatouage dont les contours étaient tracés avec précaution, préférant cependant rester silencieux dès lors que Lucilla prit la parole, son regard se posant un instant sur elle mais préférant toutefois se poser ailleurs. J’ai parfois un ego mal placé mais j’en suis pas encore à vouloir me jeter sur le premier venu à la moindre occasion. Je cherche pas le combat, si je peux l’éviter, c’est préférable. Je te promets que je vais faire de mon mieux pour rester en vie, mais ça vaut pour toi aussi. » Sur ces derniers mots, ses yeux cherchèrent à nouveau ceux de la jeune femme, ses doigts tapotant légèrement sa cigarette sans pour autant déverser ses cendres au sol afin de le rassurer par la présence de l’objet entre ses doigts qui lui donnait une certaine contenance illusoire alors qu’ils se permettaient une certaine sensibilité vis-à-vis de l’autre qu’ils ne s’étaient jamais permis jusqu’à aujourd’hui. Il était touché par la demande de Lucilla de faire preuve de prudence et de raison dans ce jeu qui avait fait perdre la tête à plus d’un et il comprenait cette inquiétude voilée puisqu’il la partageait envers elle, bien que son acte instinctif de cette après-midi démontrait déjà qu’il ne souhaitait pas qu’il lui arrive quelque chose d’importun, voire de funeste. Il n’était pas sûr de supporter que quelque chose, quelqu’un d’autre, disparaisse de sa vie, du moins pas pour le moment.

Le sujet fut cependant changé rapidement pour porter sur quelque chose de plus léger et plus dérisoire qu’étaient les rumeurs eshu, Jacob éclatant d’un rire franc alors que Lucilla venait déclarer qu’il était doué « pour foutre sa merde », une affirmation qu’il aurait bien du mal à nier bien que le titre de ‘fouteur de merde’ n’était pas des plus élogieux. « Faut bien avoir un talent et c’est pas dans le jeu que je vais pouvoir vendre des baraques. glissa-t-il dans un sourire amusé en portant sa cigarette aux lèvres, prenant le temps d’expirer la fumée avant de reprendre. Mais oui, on a eu de quoi faire en ce moment, je suis plutôt content. Faut dire qu’on m’a gracieusement fait don de certains renseignements non négligeables et fort utiles, ça aide. Il jeta alors un coup d’œil amusé à la motarde avant de détourner le regard, marquant une légère pause silencieuse avant de reprendre le fil de ses pensées. Les autres crieurs font un bon boulot mais j’ai l’impression qu’ils disparaissent tous les uns après les autres, remplacés par des nouveaux visages qui seront à leur tour remplacés d’ici quelque temps. A part une poignée qui reste présente, on ne revoit plus jamais les autres alors… l’ego et l’honneur étaient sans doute plus importants que leurs vies je suppose. Songeur, il inspira à nouveau une bouffée de sa cigarette et une fois la fumée expirée, ses yeux vinrent se poser sur sa main libre qui attrapa celle de Lucilla nichée contre sa peau. Enfin, je suis bien content que Vesta ne soit pas de ce genre. Son pouce vint tracer des mouvements circulaires contre la peau de la main de la motarde, ses yeux suivant inconsciemment le tracé des dessins. Manquerait plus que j’ai à chercher mes rumeurs moi-même. » finit-il en relevant les yeux vers l’intéressée, une fausse grimace masquant ses traits quelques instants avant d’afficher un sourire sincère en direction de la jeune femme. Conscient qu’il avait sûrement à nouveau plombé l’ambiance en évoquant les disparitions régulières de ses crieurs, le regard du rouquin se posa à nouveau sur le chien de son hôte et, avec un réel intérêt pour l’animal, il s’enquit sur l’âge de ce dernier et d’autres informations triviales qu’il prit toutefois plaisir à connaître, ses doigts continuant d’effleurer la main de la jeune femme alors que la conversation changea une fois encore de sujet, leur permettant petit à petit d’oublier temporairement les atrocités qu’ils avaient pu voir aujourd’hui et qui continuaient sans doute de se produire, ailleurs dans la ville oubliée pour l’instant.






i have no mouth and i must scream
SOLVEIG SÖDERBLOM ☽ in the souls of the people the grapes of wrath are filling and growing heavy, growing heavy for the vintage.



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