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 Un oiseau sans elle (Luna)
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MessageSujet: Un oiseau sans elle (Luna)   Dim 25 Sep - 19:19
Un oiseau sans elle
Bryan & Luna



La venue de Mona m’a fait du bien, c’est un fait, c’est incontestable. J’ai envie de parler aux gens, j’ai envie de m’ouvrir, de discuter, d’échanger. Le problème, c’était à qui parler ? Car je n’ai pas oublié comment l’humain est cruel, comment l’humain est stupide, comment l’humain m’indigeste. Plusieurs options apparaissaient alors, croiser quelqu’un dans la rue et lui parler. Cette option reflète cependant de nombreux problèmes, les gens ressentent comme un problème quand quelqu’un vient vers eux, on ne parle pas aux gens que l’on ne connaît pas de manière générale, ou alors c’est un échange bref. « Une cigarette m’sieur, une pièce, un ticket resto’. » Ou alors si c’est une femme, ça ira de la drague la plus lourde « Jolie petit cul, il a un 06 ? » , à une drague détournée qui finira de toute manière par cette même question, le numéro de téléphone. Dans tous les cas, ça ne pouvait que mal finir si je tentais d’engager une véritable discussion avec une personne de « l’extérieur ». Surtout qu’est-ce que je pourrais lui dire, ça ferait étrange si je lui proposais quoi que ce soit. Je passerais de dragueur homo ou hétéro selon le sexe de la personne avec qui je discutais.

L’autre possibilité était une personne que je côtoyais de manière régulière. Soit les gens de mon travail. Sauf que dans tous les cas, j’étais baisé. Je ne peux pas inviter mes supérieurs à quoi que ce soit, ça serait vu comme du léchage de pompe, et ça serait mal perçu, surtout que j’ai une bonne place actuellement, je n’irais pas la mettre en danger dans l’idée de changer de comportement pour devenir plus sociable. Je ne peux pas non plus inviter mes employés, déjà ça causerait du mépris envers la personne invitée, les autres ne comprendraient pas le pourquoi du comment je privilégierais une personne et non une autre. Celle-ci serait ensuite rejetée par le reste du groupe, et je m’efforçais de traiter tout le monde de la même manière pour tenter de former un semblant de cohésion. Enfin, je ne suis pas sûr qu’il y avait beaucoup de cohésion avec moi, mais entre eux, ils rigolaient, travaillaient bien, j’avais rien à leur reprocher en soit. Je n’étais pas non plus trop distant, car ils n’hésitaient pas à me poser des questions si un souci apparaissait, et même me demander des services de temps à autre.

Mes céruléens croisèrent ses émeraudes avant de commencer le boulot. Dire que je la connaissais était un grand mot, dire que je la voyais tous les jours était plus proche de la réalité. J’avais dû lui parler brièvement pour qu’elle m’envoie vers tel ou tel personne, ou me dire que machin voulait me parler, mais rien de plus. Et c’était pourtant sur elle que j’avais jeté mon dévolu, après la vraie question était « qu’est-ce que je pourrais lui dire ». Je m’étais creusé la tête jusqu’à la pause déjeuner, la seule véritable réponse que j’ai trouvée était justement de l’inviter à déjeuner. Et me voilà descendre une à une les marches qui me séparaient de l’entrée, vérifiant que tout était « bon ». J’étais habillé comme d’habitude, c’est-à-dire en costume, et y a difficilement plus classe qu’un costume, j’étais coiffé, je ne pense pas avoir mauvaise haleine, non, je n’avais aucune excuse. J’étais de plus en plus près, comme attiré par la blonde, son regard était tourné vers moi aussi. Question de politesse ou attraction commune, ça ne faisait qu’augmenter la pression qui reposait sur mes épaules, et avant que je ne puisse ouvrir la bouche, le téléphone résonne.

L’index en l’air, indiquant sûrement que je devais patienter un instant, elle répondait à son interlocuteur, tandis que l’anxiété montait en moi semblable au décollage d’une fusée. Elle regardait, pianotait sur son clavier d’ordinateur, tandis que je tentais d’emmagasiner le maximum d’information, la première que j’ai pu récolter était qu’elle s’appelait Luna, merci le badge sur la poitrine. La deuxième… Il n’y avait pas de deuxième si ce n’est qu’elle était jolie avec ses yeux verts, ses cheveux blonds légèrement ondulés et son teint cristallin. Je sentais que la conversation touchait à sa fin, pourtant, je me sentais piégé, je présentais que les dés étaient déjà jetés, et à l’approche d’un refus, je ressentais déjà la douleur du rejet, comme un trou dans la poitrine. Je cherchais à fuir, mais fuir de quoi, et de toute manière pourquoi ? Ce n’était pas moi qui avais voulu m’ouvrir ? Alors pourquoi essayer pour au final tenter de s’échapper de je ne sais quoi. Dans le pire des cas, ça sera un refus et tu mangeras seul comme à ton habitude, dans l’autre cas, tu mangeras accompagnée de la jolie blonde de l’accueil, bouge ton cul Bryan.

Le téléphone venait d’être posé, nos pierres précieuses se dévisageaient les mots vinrent instantanément.

« Salut, ça te dirait qu’on déjeune ensemble ? Je t’invite. »

Ça ne pouvait pas passer autrement que pour de la drague, ça ne pouvait clairement pas passer pour autre chose, pourquoi rajouter ce foutu, je t’invite. Tu viens de t’obliger à claquer de l’argent à un restaurant, en plus de ça y’a pas de petit restaurant à moins de 15 minutes à pied, donc, tu vas la faire monter dans ta voiture, vu que tu n’aimes pas la voiture de fonction, tu vas avoir ta mustang, et passer pour un gros frimeur. Le costume, la montre, la voiture, le restaurant. Non, ce n’est pas de la drague, c’était juste pour avoir quelqu’un avec qui discuter.
Parfois, je me pose la question suivante. « Je suis né con, ou je le suis devenu ? Car là, ce n’est pas que de l’entraînement, y a un talent de base. »
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Dernière édition par Bryan Lithe le Mar 27 Sep - 23:01, édité 2 fois

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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Mar 27 Sep - 10:42
Un oiseau sans elle
Bryan& Luna

Toutes ses journées se ressemblent. Indéniablement, il est toujours question de la même chose, du même rythme qui tourne en boucle. Trop bien réglée pour que quelque chose, Luna fini par s’y habituer. C’est là le propre de son monde, depuis qu’elle est ici. Papillonnant de boulot en boulot, par capable de rester trop longtemps au même poste, comme si elle avait sans arrêt besoin de changement, d’aller voir ailleurs si c’est mieux ou non. Pour finalement s’y plaire, au début et ensuite aller papillonner ailleurs. Elle est trop dans son monde, la jolie blonde pour pouvoir se plier aux règles qu’on lui balance sur le coin de son bureau. Comme tous ces papiers qui s’entassent, flot de couleur et d’écriture qu’elle s’efforce de lire et de traiter au mieux sans vraiment parvenir à savoir si elle agit comme elle en a envie ou comme on attend qu’elle le fasse. C’est un petit robot qui s’exécute, mécaniquement. Tout comme à chaque fois que le téléphone sonne, Luna tend le bras, décroche avec ce même air absent pour se coller un sourire de circonstances sur le visage et illuminer ses paroles apprises par cœur. Elle les débite par automatisme, la parfaite standardiste qui fait ce pour quoi on l’a mise là. Derrière un comptoir duquel elle dépasse à peine. A se faire dorer le nez devant son écran d’ordinateur. Ca l’agace ça aussi d’ailleurs, d’avoir à contempler pendant autant de temps un écran sans pouvoir pleinement en profiter. Le jeu lui manque, c’est un fait étrange qui fait vibrer ses veines. Un nouvel automatisme, qui associe la machine à l’adrénaline. Ce petit truc qui la fait vibrer et sortir de son apathie habituelle. A la manière de ces feuilles violettes qu’elle consomme avec l’avidité d’une gamine devant un cupcake à la fraise. Une nouvelle addiction qu’elle n’avouera pas vraiment, tout comme elle ne se considère pas comme dépendante à ses bébés plantes. Persuadée de pouvoir décrocher dès qu’elle en sentira l’envie ou le besoin. La lunaire qui plane au-dessus d’un déni affolant. Elle s’en fout de toute façon la petite blonde, du moment que ça ne devient pas nocif, elle ne décrochera pas. Elle a besoin de ses plantes, tout comme elle a besoin du jeu. Ca lui permet de pouvoir défouler ses nerfs sur son rouquin préféré, que demander de plus ?

L’énième sonnerie de la journée, peu de temps avant l’heure de la pose. Le bras se tend, le sourire se colle sur ses lèvres et elle joue de sa voix la plus légère et adorable pour charmer son auditoire. Seule derrière son comptoir, comme protégée de l’agitation qui se presse devant ses yeux. Le monde qui descend des étages pour s’engouffrer au-dehors et savourer le plaisir d’une pose déjeuné durement gagnée. Elle se demande parfois ce qu’ils font, tous ces gens en costume de leurs journées. Sont-elles aussi moroses que les siennes ? Ce serait étonnant pour des gens aussi bien habillés, visiblement toujours pressés au point d’oublier de se montrer aimables et civilisés avec les employés dans son genre. Elle hausse les épaules, pour elle. Se perd un instant dans le fil de la conversation qui s’écrase contre son oreille, l’absence d’un instant qui vient creuser un trou dans le vert de ses yeux. La blondinette bat des cils et relève le nez au moment où de ces hommes en costume s’approche d’elle. Mécaniquement, elle lève la main pour le faire patienter. Peu encline à se faire accoster, elle sent déjà la panique qu’une présence inconnue dans son petit univers peut provoquer. Ca vrille dans son ventre, des frissons qui courent contre sa peau. L’autre au bout de la ligne a déjà raccroché, mais Luna continue de faire la conversation à la tonalité, comme si de rien n’était. Pour finalement se résigner à raccrocher en voyant que l’homme n’a toujours pas bougé. Le regard vissé à la machine, elle remet une mèche de cheveux derrière son oreille et relève le nez, son plus sourire collé sur ses lèvres. Il s’efface un court instant, comme un bug dans un système qui fait freezer la machine. La question la prend de court, elle qui a l’habitude de déjeuner seule. Son nécessaire de survie préalablement préparé dans son petit studio ou bien acheter à la hâte dans un petit snack pas trop loin du bureau. Luna hésite, se mord la lèvre avec candeur.

« - C’est que… J’ai déjà ce qu’il me faut. » Ca s’échappe sans qu’elle ne le veuille vraiment, l’honnêteté qui déborde et se glisse de son propre chef hors de sa bouche. C’est mal vu de refuser une proposition de ce genre ? La question lui trotte dans la tête, s’y cogne pour la laisser dans un vide presque aussi sidéral que celui qui l’avale quand elle plane. « - Oui. Oui pourquoi pas. Bryan c’est ça ? » Elle n’est pas vraiment sûre, mais il lui semble avoir déjà entendu le prénom associé à cet homme qui se tient devant elle. Luna se lève, éteint l’écran de son ordinateur et attrape sa veste pour finalement sortir de son enclos rutilant et se planter devant Bryan. « - Je n’ai pas beaucoup de temps pour déjeuner, en fait. » Lâche-t-elle comme une excuse pour justifier ses précédentes maladresses. Sa panique qui se fait pressante dans sa poitrine, elle qui s’est habituée à sa solitude de midi.
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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Mar 27 Sep - 23:00
Un oiseau sans elle
Bryan & Luna



« - C’est que… J’ai déjà ce qu’il me faut. »

Elle aurait tout aussi bien pu dire non, ça aurait eu le même effet. Après tout à quoi je pouvais m’attendre ? À un « oui avec grand plaisir », à ce qu’elle se souvienne de mon prénom alors que je ne me souvenais même pas du sien ? J’avais fait disparaitre son sourire en ouvrant la bouche comme si je donnais une glace à un enfant avant de la jeter par terre. Je ne pouvais que me résigner à cette réponse, et je mangerais seul, comme j’avais l’habitude de le faire jusqu’à là, j’irais sûrement au snack du coin, manger un sandwich en regardant les informations sur mon téléphone, comme j’avais l’habitude de le faire normalement. Un air faussement occupé, faisant semblant de temps à autre d’envoyer des messages à des contacts qui n’existaient même pas, pour persuader le monde autour de moi que je ne mangeais pas seul par choix, mais par nécessité. Et je regardais une dernière fois ses yeux, d’un vert profond, d’un vert sincère. On ne disait pas vert de jalousie pour rien, comment ne pas l’être devant un regard comme le sien, on ne pouvait que souhaiter en être l’attention, ne serait-ce que minime de ses joyaux étincelants.

« - Oui. Oui pourquoi pas. Bryan c’est ça ? »

J’ai dû rater un épisode, voir une saison. Ne venait-elle pas à l’instant de décliner mon offre ? J’avais fait les yeux de petit chat tout mignon à mon insu pour qu’elle change d’avis aussi subitement ? Et elle se souvenait de mon prénom en plus de ça ? Et elle venait comme si de rien était, avec sa petite veste se plantant devant moi comme si c’était prévu depuis une semaine, et que j’avais le culot de la faire attendre. Elle me perturbait, c’était un fait dont je ne pouvais me défaire, mais ça me plaisait à moitié, je sentais que j’avais bien fait de prendre un petit risque pour une fois. Est-ce quelque chose qui relie toutes les femmes aux yeux de jade, cette sorte de main tendue dans ma direction pour me sortir de ce gouffre sans fond ? J’imagine que je ne peux plus reculer maintenant, la phrase avant celle-ci me permettait au moins d’échapper à ce rendez-vous qui pouvait à tout moment finir sur une note salée.

« - Je n’ai pas beaucoup de temps pour déjeuner, en fait. »


Ses mots avaient deux possibilités. Une chance de se dédouaner de son refus du départ, ainsi que se déculpabiliser éventuellement de cette sentence. L’autre était un moyen de fuir, comme elle l’avait fait dès le départ, ou fuir d’un déjeuner qui pourrait être relativement long et la mettrait mal à l’aise, à vrai dire, elle n’avait pas l’air de l’être, à l’aise. Pourtant, elle me fixait, elle attendait mon départ, elle voulait qu’on parte, pas main dans la main, mais cote à cote, ce n’était pas un rancard, ce n’était pas un rendez-vous, c’était un déjeuner de ce qu’il y avait de plus commun entre deux personnes de la même boite. Pourtant, j’avais cette envie, cette luxure dès que je voyais une fille assez jolie, ce besoin de se sentir regardé, admirer, complimenter, quoi que ce soit. Et ce n’était pas avec un repas que j’allais lui arracher quoi que ce soit, si ce n’est des mots à celle-là, c’est une league au-dessus de ce que j’avais l’habitude de voir. Allez Bryan, t’étais parti pour manger avec quelqu’un, éventuellement te faire un ami, arrête avec tes idées à la con tu vas tout gâcher.

"Tu dois bien avoir une heure, je ne te prendrais pas plus de ton précieux temps auquel tu tiens tant."
Dis-je dans un sourire qui se voulait sincère, et qui l’était, je présume.

Je serais fort étonnée qu’elle en est moins, vu que mes salariés ont une heure et quart et j’avais le droit qu’à une heure de mon côté. Oui, pour ceux qui pensent encore qu’être cadre, c’est plein de privilèges, pas que. C’est comme des mômes, je dois être là quand ils sortent et quand ils entrent. Arrête donc de penser boulot un instant Bryan, pense plutôt à ce que tu comptes lui dire, car t’allais devoir l’animer ce repas. Nous quittions l’entrée du bâtiment, rejoignant le parking en face de celui-ci, la seule voiture avec un cheval sur l’avant de tout le parking, la seule à plus de 400 chevaux aussi. La classe internationale, ou comment ne pas faire vénale et dragueur. Je ne sais pas si elle était intéressée par la voiture, du moins elle n’a laissé aucun commentaire, que ce soit pour ne pas me blesser ou qu’elle n’en avait absolument rien à faire. Heureusement, je ne l’avais pas prise rouge avec des bandes noires sur le capot, ça ne serait jamais passé…

Et nous voilà à l’intérieur de la voiture, pour une course de courte durée, vu que le temps nous était précieux. Au moins, on ne pouvait pas retirer à cette voiture le confort, en plus c’est une 4 places ! J’aurais pu faire pire, j’imagine, je présume, j’assume. Pas le temps d’en profiter de toute manière, vu que je me gare rapidement avant de la faire rentrer dans le restaurant, je voulais lui ouvrir la portière pour plaisanter, mais elle était trop rapide, à mon plus grand regret. On partait sur un restaurant indien, l’avantage que je connaissais à celui-ci était la rapidité du service pour un ratio qualité-prix à en faire rougir plus d’un. Round 2 engagé, j’avais l’avantage du terrain, je connaissais la majorité des plats disponible dans ce genre de restaurant, et même les noms indiens, je me suis tenté à la cuisine indienne, sans réel succès, mais j’ai les bases disons.
« Si tu veux le moindre conseil sur quoi prendre, ou si tu n’aimes tout simplement pas l’Indien, tu as juste à le faire savoir, tes désirs seront des ordres. » Glissais-je.

J’aime bien cette formulation. Vu qu’il semblerait que je l’ai prise un peu de courts avec ce déjeuner, autant lui laisser un peu de mous.
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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Ven 30 Sep - 20:14
Un oiseau sans elle
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Prise au dépourvu par une invitation qui tombe comme un cheveu sur la soupe, la blonde, un peu perdue se cache derrière hésitation et excuses. Parce qu’elle redoute ne prendre trop de temps, elle qui est fâchée avec sa montre, incapable d’arriver à l’heure si elle ne s’oblige pas à partir bien en avance. Le mieux pour une tête en l’air comme elle, c’est de rester sur place. Vissée à sa chaise, même si ça présente pas très bien d’entrer dans un lieu comme celui-là et de tomber sur la standardiste en plein combat avec son sandwich. Ou en pleine discussion avec la petite orchidée qui trône fièrement à côté de son écran. Sa compagnie du midi, elle qui préfère de loin l’espèce végétale à l’espèce humaine. Ce qui l’intrigue, c’est pourquoi un homme du rang de Brian lui adresse seulement la parole et finit par prendre la peine de l’inviter à déjeuner. Le joli costume comme pour lui rappeler les rangs qu’ils occupent respectivement. Même maintenant qu’elle a enfilé sa veste, Luna fait trop banale à côté de l’homme. « - Je n’y tiens pas, je n’ai juste pas vraiment envie de perdre mon poste… Désolée, je ne voulais pas dire ça. » Souffle-t-elle, se défendant comme elle peut. Elle s’y accroche à sa petite heure de pause, elle qui a peur de l’échec. De perdre la stabilité morne de sa vie toute aussi dénuée d’intérêt que ce boulot qui lui est pourtant nécessaire. Elle sert de potiche pour pouvoir payer le loyer de son petit studio, se nourrir dignement et entretenir ses bébés végétaux. Payer son forfait téléphone et l’internet qui va avec, pour pouvoir se vider la tête derrière un écran, au milieu d’une forêt. Dans sa réalité virtuelle dont elle ne peut plus se passer.

Elle n’ouvre pas la bouche du trajet, les doigts fermement vissés sur son petit sac bas de gamme. Une imitation d’une marque dont un seul sac pourrait lui payer tous les plans de Purple Haze dont elle rêve. Une jungle de fleurs violettes dans son appartement, tout ça grâce à un sac hors de prix. Elle en papillonne des cils, un peu comme elle a pu le faire en découvrant la voiture de son compagnon de déjeuner. Trop de luxe sur ce tableau de bord. Ca lui pète les yeux au point qu’elle en a mal au crâne. La petite gamine qui a passé son enfance à rouler dans une vieille bagnole rouillée. Suffisante pour les emmener, elle et ses frères, d’un point A à un point B. Juste de la carrosserie, utile. Le strict nécessaire pour la blondinette qui ne comprend pas l’intérêt de faire disparaître tout un salaire dans une machine censée servir à se déplacer. Elle ne dit rien non plus lorsqu’ils entrent dans le restaurant, docile petite fille qui s’installe à table en jetant des regards curieux alentours. Visiblement perturbée d’être soudainement entourée de tant de monde. Nerveuse, jusque dans le bout de ses doigts, elle garde le menu posé devant elle, sachant pertinemment qu’il tremblerait comme une feuille sous une brise d’automne si elle le tenait devant elle. Foutu stress, panique folle que tous ces gens éveillent dans les recoins les plus fragiles de sa petite personne. La meurtrière folle du Darwin’s Game qui n’en mène pas large dans une pauvre salle de restaurant. « - Non c’est parfait, merci. » Lâche-t-elle du bout des lèvres pour légèrement sursauter lorsque le serveur se plante comme par enchantement à côté d’elle, attendant la commande. « - La même chose que Monsieur. » C’est plus simple, économique en paroles quand elle fait de l’apnée jusqu’à ce que l’intrus s’en aille. Seule face à un presque inconnu, Luna triture sa serviette.

« - Pourquoi m’avoir invité ? Je dois avouer que je ne comprends pas vraiment, on ne s’est jamais parlé. » Lâche-t-elle, spontanée tout en relevant le nez de ses genoux. Les discussions classiques, rien de plus. Elle s’est demandée pendant un instant s’il connaissait seulement son nom. Quand la plupart des types qui travaillent au-dessus de sa tête l’affublent de surnoms tous plus débiles les uns que les autres. Elle est la nana du téléphone, ou la jolie plante de l’accueil. Celle sur laquelle on fait des blagues graveleuses en lui lançant des regards en biais, qui se veulent discrets mais qu’elle remarque quand même. La lourdeur masculine, elle y a eu droit pendant toute son adolescence. Ses frères faisant office de boulets pour la préparer à ce qui l’attendrait le jour où elle se retrouverait avec une paire de seins suffisamment visible pour attirer l’attention et les sifflets. « - Et j’imagine que quelqu’un comme vous préfère la compagnie d’employés largement plus qualifié qu’une pauvre standardiste. » La blondinette se penche légèrement en avant, hausse un sourcil, de la perplexité dans son regard. Qu’elle accroche sans gêne à celui de son vis-à-vis alors qu’elle se perd dans une analyse du visage qui lui fait face. Comme si elle le voyait pour la première fois. Se concentrer sur ce qui se tient juste devant soi pour oublier le reste. Les autres, partout, dans son dos, à côté. Les mouvements frénétiques des serveurs qui la dérangent pour les courants d’air qu’ils provoquent et les frissons qui courent sur sa peau. Définitivement, elle préfère ses pauses sandwich en solitaire, sans paranoïa qui la pousse à croire qu’elle est au centre de toute l’attention.

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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Ven 30 Sep - 22:53
Un oiseau sans elle
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Je la sentais stressée, en même ne pas le voir aurait presque été triste, elle laissait plus d’un signe qu’elle n’était pas à l’aise. Elle ne restait pas en place, comme une bombe, à toucher la serviette, à regarder le menu pour au final prendre la même chose que moi. Je devais détendre l’atmosphère du mieux que je pouvais, je ne comprenais même pas pourquoi elle était stressée, je lui faisais de l’effet ? Arrête de rêver Bryan le jour où tu feras de l’effet à une bombe pareil, on le saura. Doit y’avoir quelque chose, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Alors je continuais de l’admirer, c’était peut-être ça qui la mettait mal à l’aise, le désir que je contrôle tellement mal qu’il en devient évident et gênant. Je pouvais difficilement déceler si c’était moi le problème ou autre chose, elle ne me regardait pas moi, mais était-ce de la fuite, ou était-elle à la recherche d’autre chose ? Elle parcourait la pièce comme à la recherche de quelque chose, d’un soutien, de quoi que ce soit, je ne serais le dire avec précision pour enfin se stopper. Me transperçant d’une lance invisible qui sortirait de ses malachites, du bout de ses lèvres, elle lâcha.

« - Pourquoi m’avoir invité ? Je dois avouer que je ne comprends pas vraiment, on ne s’est jamais parlé. »

C’est compréhensible, je pense que peu de personnes pourraient comprendre. « Je suis seul, je me fais chier, je n’ai personne avec qui déjeuner et j’ai envie de déjeuner avec quelqu’un. » C’était ce que je pensais, c’était ce que j’avais envie de dire aussi. Mais vu que je n’avais aucune envie qu’elle se lève, qu’elle se foute de ma gueule ou quoi que ce soit, je devais trouver quelque chose à répliquer quoi que ce soit pour qu’elle arrête de stresser, qu’on arrête de passer un bon moment. Et la seule chose qui me venait en tête, c’était la bouffe que je venais de commander. Les centièmes de seconde devenaient des heures et les secondes des années. C’était quoi que je ressentais là, de l’adrénaline ? Sérieusement ? J’ai un instinct de survie dramatique et un cerveau déplorable. Je savais que c’était une mauvaise idée d’inviter quelqu’un à manger, d’autant plus une inconnue. Mais en même temps, je fais comment pour qu’une inconnue devienne connue à part l’inviter à manger ? Je lui propose une sortie ? Cela serait étrange aussi. Et puis même un échange tout ce qu’il y’a de plus anodin, « pourquoi il se met à me parler celui-là tout à coup », c’était ce genre de choses qui me faisaient peur, quoi que je puisse faire, de toute manière, j’suis baisé.

« - Et j’imagine que quelqu’un comme vous préfère la compagnie d’employés largement plus qualifié qu’une pauvre standardiste. »

Oh ça, ça fait vraiment mal. Vous ? Pauvre standardiste ? Elle me l’offrait sur un plateau d’argent ma fuite. Je détachais ma cravate en gardant le nœud, la posant sur la table.

« Je t’en prie, je ne peux pas te dire tu et toi me dire vous. On a sensiblement le même âge, je pense, j’ai 25 ans. Et si c’est ma profession le problème, on échange les rôles, mets la cravate, mais t’as pas le droit de la tâcher. »

Je souriais et riais presque, la situation était de circonstance, je voulais juste un repas tout ce qu’il y avait de plus bénin, et elle se sentait concernée par des choses dont je ne me serais même pas douté. C’est vrai qu’on a sûrement un écart de salaire important, peut-être même un écart de diplôme, mais je m’en foutais complètement, à la base, je l’ai invité, car je me suis perdu dans ses yeux en essayant de trouver n’importe qui avec qui je pourrais échanger quoi que ce soit. Sauf que lui dire « bah, je t’ai invité, car je te trouvais jolie » ne serait jamais accepté, encore plus par elle, qui semblait si stressée, même si j’ai l’impression d’avoir fait descendre la pression, ce n’était qu’une bataille qui était gagnée, sûrement pas la guerre.

« Et puis tu sais, je ne suis même pas ton supérieur hiérarchique, je n’ai en aucun cas mon avis à donner sur comment tu exerces ton poste, ni aucune pression pour que tu puisses accéder à quelconque poste. À moins que tu veuilles devenir comptable, mais j’ai un doute là-dessus. »

J’étais toujours tout sourire, tentant par tous les moyens de la faire se détendre, même si j’étais plus détendu que d’habitude grâce à elle qui était à la limite de faire une hyperventilation, ça ne me rendait pas très à l’aise de voir qu’elle paniquait autant pour un simple repas que je lui proposais. Je me demandais si c’était moi en général le problème ou le repas en lui-même, beaucoup d’interrogations qui se soulevaient sans réelle réponse possible.

Comme je lui avais promis, le repas venait plutôt rapidement, tout d’abord les Nan, pains à pâte levée qui servait comme du pain, même si, lorsqu’on le souhaite, on peut le manger comme entrée, on choisira dans ce cas-là le plus souvent soit un Cheese Nan, qui se passe de tout commentaire ou un Nan lassani, qui est un mélange avec du fromage et de l’ail. Voulant garder une haleine convenable face à une telle reproduction d’Aphrodite, j’ai préféré prendre un Nan basique. Pour accompagner ce merveilleux pain, accompagné de ça, un poulet tikka massala, un poulet au curry tout ce qu’il y a de plus basique, le plus souvent légèrement épicé, heureusement que j’étais parti sur quelque chose de sobre, si elle ne mange pas de viande, elle va avoir du mal cependant, avec le poulet, un riz kashmir ou Kashmir pulao, c’est un riz accompagné de fruit sec. Quant aux boissons, on partait sur un lassi banane et un lassi mangue. Le lassi, c’est du lait fermenté sous forme liquide, du sucre, des fruits et de la glace. Vu que c’est du lait, ça permet d’apaiser lorsque c’est trop épicé, c’est rafraîchissant, c’est fruité, c’est frais, c’est parfait.

« Pour répondre à ta dernière question, si j’avais envie de déjeuner avec une personne pour me parler boulot, je l’aurais fait. Si j’ai choisi la Luna de l’accueil, c’est que j’avais envie de lui parler à elle. Comme tu dis, on ne s’est jamais parlé, il faut bien une première fois, non ? Bon appétit. »

Je mentais sans aucun scrupule, pas le moindre. En même temps, ce n’était pas si faux que ça, je pourrais prendre tous ceux de mon équipe, leur dire qu’on mange ensemble et parler boulot. Mais l’intérêt de parler boulot avec les gens du boulot me paraissait… Moindre. Ce qui m’intéressait, c’était le reste, la balle est dans ton camp jolie blonde.

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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Mar 4 Oct - 20:33
Un oiseau sans elle
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De la gêne dans les veines, elle fait de son mieux pour la mettre en sourdine. La petite blonde qui n’en mène pas large dans ce décor qui l’intrigue presque autant qu’il la dérange. Elle se noie dans la contemplation du détail, tombe amoureuse d’un seul coup d’œil de la plante la plus proche de leur table. Pendant quelques instants, elle se perd dans l’examen minutieux du végétal, les pupilles imprimant les moindres détails, l’ébauche d’un léger sourire sur les lèvres. Ca l’apaise en quelque sorte, la présence de ce nouveau bébé vert non loin d’elle. Un morceau de son monde pour lui rappeler qu’elle n’est pas seule, jamais loin de ses enfants même s’ils ne lui appartiennent pas. Elle sait combien elle peut être ridicule à considérer les plantes vertes comme des mioches, des bambins qu’elle adopte le temps de sa présence dans la pièce pour les délaisser ensuite. En se jurant qu’un jour elle reviendra les voir. C’est plus fort qu’elle, ce besoin constant de tisser un lien imaginaire avec un pot de fleur, un arbuste sur le bord de la route. Tout ce qui lui passe sous les doigts, ces êtres vivants qu’elle adore presque plus que les membres de sa propre espèce. Luna inspire profondément, repose sa serviette sur ses genoux et s’oblige à poser ses mains sur la table. Quitte à se retrouver là, à tapoter sur la nappe au rythme d’une musique qu’elle est la seule à entendre. Ca ne se fait peut-être pas. Elle va sûrement passer pour une folle aux yeux du brun, la prise de conscience s’ancre à son cerveau et la blondinette pique du nez en direction de la nappe. Sensiblement le même âge. Elle en sourit, amusée par le petit écart qui se creuse entre eux. La plus vieille de la table, même si on peut facilement la prendre pour une gamine. Loin de la trentenaire sérieuse et responsable qu’elle est censée être.

« - Il vaut mieux qu’elle reste là dans ce cas, elle risque forcément d’être tâchée si elle vient dans mon périmètre. » Lâche-t-elle avec plus de légèreté, l’esquisse d’un sourire timide sur les lèvres. Les nerfs se détendent, doucement. A leur rythme, comme prisonniers d’une empreinte difficile à effacer. Elle s’enlise dans ses angoisses, la petite blonde, ne parvient à être elle-même qu’une fois les premiers contacts passés. Plusieurs rencontres chaotiques avant qu’elle n’accepte les autres dans son univers déluré. Par peur, par méfiance, le mécanisme de défense qui s’enclenche sans qu’elle ne le veuille vraiment. Les gens l’effraient, depuis toute petite. Ca a dû commencer avec ce voisin étrange qui passait ses journées derrière la clôture de leur maison. A regarder le vide au-delà de son champ de mauvaise herbe. Son sale sourire et sa voix bizarre, la peur au ventre à chaque fois que la petite fille devait passer devant lui. Les années de lycée qui ont renforcé son besoin de s’enliser en elle-même pour ne pas sombrer devant tant de connerie. Un étalage de nombrilisme affolant, du superficiel au bout des cils trop plein de mascara. Des filles trop bizarres pour elle, la blonde qui nage dans les jeans fatigués de ses frères aînés, sa tignasse blonde toujours en désordre. Elle détonne Luna, c’est pour ça qu’elle ne se sent pas à sa place dans ce qui l’entoure. « - Mon boulot me convient très bien, je n’ai pas envie d’en changer ni de chercher une quelconque promotion. Il en faut bien, des standardistes, dans ce genre de boite. » Elle hausse une épaule, avec un semblant de nonchalance. La petite standardiste qui se complait dans son rôle de pot de fleur et qui n’attend rien de plus, c’est tellement cliché. Mais ça lui va bien. Personne ne se pose de question, personne ne cherche à vraiment en savoir plus à son sujet. On ne gratte sous la surface des choses que l’on ne remarque plus vraiment. Luna, la standardiste, elle est là tous les matins, avec son joli sourire. Tous les soirs, toujours accompagnée de son sourire et de sa légèreté. On se fout de savoir si tout va bien, d’où elle vient, ce qu’elle a fait avant de poser ses fesses sur la chaise qui est à présent la sienne.

L’opulence sur la table la laisse sans voix. Elle bat des cils, contemple les couleurs et se laisse enivrer par les odeurs. Tellement plus agréables que celles de son pauvre sandwich du midi. Agrippant son verre de ses deux mains, elle laisse échapper un léger : « - Merci. » avant de siroter une petite gorgée de sa boisson. Le verre reposé sur la table, elle ne peut s’empêcher de jouer nerveusement avec une mèche de ses cheveux qu’elle finit par venir coincer derrière son oreille, attrapant de l’autre main un de ces pains bizarres et affreusement tentant. C’est bête, mais malgré la fascination que la nourriture semble exercer sur elle, la blondinette n’a pas vraiment faim. L’habitude ne pas manger grand-chose, le prétexte de vouloir faire attention à sa ligne en excuse dès que les regards se feront accusateurs. Le silence s’installe et elle dérive dans ses pensées, le regard se perd dans le vide avec de venir se poser sur Bryan dans un battement de cils. « - Ce doit être ennuyeux, de se retrouver à déjeuner et continuer les discussions de la matinée. » Elle hausse légèrement un sourcil, intriguée. Elle qui ne parle à personne, ou si peu. Les conversations se font dans sa tête, rarement ailleurs. « - Enfin, je n’en sais rien. Je préfère déjeuner seule, c’est plus simple. » Lâche-t-elle dans la foulée, comme une excuse à ses paroles peut-être déplacées. En mauvais réflexe, elle ne parvient pas vraiment à considérer son vis-à-vis comme un égal. Les étages posés entre eux en rempart. « - Comptable… Pourquoi ce choix ? » Spontané revenant se jeter sur la langue de la blonde qui vient déposer doucement son menton sur le dos de sa main, soudain aussi intrigué par le personnage face à elle que par la plante derrière lui.

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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Jeu 6 Oct - 22:00
Un oiseau sans elle
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Un commencement de sourire, comme le début d’une victoire, le début d’un espoir, car ce sourire, c’était toi qui l’avait créé par un geste simple, un dépôt de cravate sur la table, une tentative de mettre les choses à plat, de calmer le jeu, et pourtant, c’était toi qui maintenant l’avait cette pression. Un juste retour des choses, je suppose, tout se passe bien quand on a le contrôle, quand on a le monopole de la parole, qu’on a l’ascendant, débitant ce qui nous passe par la tête, raisonnablement, à tatillon, sans vouloir faire de faux pas, je ne la connais pas, je ne veux ni la choquer, ni la frustrer. Et elle semblait fragile dans son monde, un univers qui n’était pas vraiment ancré dans la réalité, une planète différente de la mienne, et pour être honnête, ce n’était pas pour me déplaire, bien au contraire. La beauté d’une femme dans le sourire d’un enfant, une sorte d’insouciance dans le comportement, rafraichissant, c’est ce que m’inspirais ce tête-à-tête. Je pouvais facilement la voir en train de détacher les pétales d’une marguerite tandis qu’elle parlait, expliquant avec une logique imparable et une vérité absolue ce que je pensais tout bas. Elle était ailleurs, je n’avais aucune idée d’où, tout comme je n’avais aucune idée de ce que je pouvais répondre à sa question. Les mots me manquaient, devant ce petit papillon batifolant pour un oui, pour un non, passant de mes yeux au contenu de son verre, mettant la main dans ses cheveux redressant ses mèches d’une certaine manière. Et je me perds, dans cette contemplation, dans mon imagination, laissant vaguer cette illusion, qui m’accordait enfin tout son attention, sa fine main sous son menton.

Pourquoi choisir cette branche de la comptabilité. La question était simple et complexe à la fois. Pourquoi enchaîner 5 ans d’études, puis 3 années d’esclavagisme dissimulé pour faire un métier que nous-même, il nous arrive d’exécrer. Et je me revoyais des étoiles plein les yeux lorsque j’étais plus jeune, pensant faire un métier qui révolutionnerait le monde, comme beaucoup d’entre nous. Astronaute, Président… Une personne importante, faire partie d’une élite, être le meilleur. Et en grandissant, les rêves s’éloignent quand la réalité frappe, l’élite demande du travail, alors on réduit nos exigences, baissant les bras devant une difficulté qui devient de plus en plus importante. Et certains n’abandonneront pas devant celle-ci, mais ne seront tout simplement pas assez intelligent, pas assez fort physiquement, pas assez bon dans leurs domaines, pour pouvoir faire bouger les choses. Et pourtant, on ne baisse pas les bras, on réalise, se disant qu’on ne fera peut-être pas la différence, mais qu’on sera utile à notre façon, comme une fourmi qui, seule, ne vaut pas grand-chose, mais dans la masse de sa colonie, créée une véritable forteresse vivante, une fourmilière. Puis, ce n’était pas si mal que ça expert-comptable. De quoi avoir plus que de quoi manger tous les soirs, un certain statut social, une sorte de mur qui se crée entre la personne lambda et le cadre, un travail, assez prenant sans arriver à te ronger ta vie privée. Et pourtant de ma vie privée, je m’en priverais bien, isolé, prisonnier dans une solitude latente, devenant de plus en plus importante. Et je pensais niaisement qu’elle avait peut-être une idée de ce que je pouvais ressentir, d’être seul, de la douleur qui en découle. Mais le faisait-elle par choix là où je le faisais par contrainte ? Elle semblait satisfaite de cette solitude qui me collait à la peau comme la peste.

« Expert-comptable s’il te plaît » disais-je en remettant ma cravate qu’elle a refusée avec amusement, faussement gêné, un sourire rendant caduc mon air offusqué. Et j’étais prêt à le sortir mon beau mensonge, avec ces paillettes, ces arcs-en-ciel et toute l'hypocrisie qu’il était possible de condenser dans quelques phrases, de toute manière, c’était naturel, ça devenait presque de la bien séance que de dire le contraire de ce que l’on pense, sans arrêt. De mettre son joli masque pour aller au bal, se plaire dans cette tromperie, dans ce jeu sans sortie.

« Un bon salaire à la clé, un travail qui ne me demande que de réfléchir et d’avoir les fesses posées derrière un ordinateur, rien de très fatigant, ni très contraignant, un taux de chômage près des 0 %. Je te mentirais si je te parlais d’un travail passionnant, la passion dans ce métier, on en fait vite le tour. »

Pas comme si j’avais déjà eu ne serais qu’une seconde de passion pour ce job. Les cours de comptabilité sonnaient comme un glas, le droit semblait être semblable à de la torture, les autres matières étaient dénuées de tout intérêt pratique. Et pourtant, j’y retournais tous les jours, avec cette même question dérangeante de la part des parents. « Ta journée, ça s’est bien passé ? » Et je répondais oui, comme maintenant lorsque je rentre sur le lieu de travail avec un « Vous allez bien ? ». Tout le monde s’en foutait, c’était une fausse question, et pourtant tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et j’avais continué, car ça faisait plaisir aux parents, car c’était un avantage économique sur un travail qui se voulait de plus en plus rare indiscutable. Et j’ai continué quand ils sont partis, comme la dernière chose à laquelle me raccrocher.

« En plus, je peux même me permettre d’inviter la standardiste à déjeuner. Je ne vois que des avantages à ce métier. Enfin standardiste, tu fais un peu trop intelligente pour être juste standardiste, et tu as un petit accent, tu n’es pas d’ici, fais-moi voyager. »

C’était tellement plus simple d’écouter que de s’exprimer. Se livrer, c’est s’exposer, laisser le jugement de l’autre te pénétrer, même s’il se veut discret, même s’il se veut polit, je la crains cette réaction, cette fuite qui, à tout moment, est possible. Elle pouvait se lever à n’importe quel instant, me reprocher n’importe quoi. Appelez ça paranoïa, ou un drama, j’ai peur, et cette peur ne s’explique pas, ne se comprends pas, mais elle est là, et c’est comme ça. On vit avec comme on peut, je fais avec, pas car je le veux.

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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Mer 12 Oct - 19:56
Un oiseau sans elle
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Elle écoute, papillonne des cils tout en laissant les paroles de son vis-à-vis glisser dans ses oreilles. Ca la fascine, d’une certaine manière. Ce choix étrange, fait sans passion. Le confort avant l’attrait d’une carrière plus fascinante. Au fond, ils se ressemblent, la petite étrangère qui a choisi la facilité plutôt que de laisser parler sa passion. Elle la vit dans l’écosystème qui règne dans son studio, à défaut de pouvoir se vanter de passer toutes ses journées en compagnie de ces végétaux qui la fascinent tant. Ses études de botaniques lui semblent bien loin, tout ce qu’elle était certaine d’accomplir un jour, changer le monde avec des plantes. Des rêves de gamines qu’elle a vu disparaître dans un nuage de poussière rouge, pour venir poser ses fesses sur une chaise dans un hall d’entrée dont la seule vue la rend morose. L’amoureuse des grands espaces qui ne supporte pas vraiment de rester enfermée trop longtemps, toujours à regarder au-dehors, avec l’espoir fou de pouvoir bientôt s’échapper de sa prison de verre. Rejoindre ses bébés qui l’attendent dans son studio. Ces plantes qui se foutent de savoir si Luna est là ou non, mais ça lui fait du bien de se dire qu’on l’attend. Qu’elle est utile et que sans elle, ces bambins de chlorophylle finiraient par dépérir. Les chiffres, ça l’agace. Compter pour compter, accumuler les suites pour se vanter ensuite d’avoir obtenu le plus gros résultat. Elle en penche légèrement la tête sur le côté, perdue toute seule dans le flot d’incompréhension qui lui broie le cerveau. Le brun parle de son travail comme il aurait pu lire le menu du restaurant, le truc le plus banal du monde. C’est une nécessité, mais rien de plus. Le quotidien de la blonde, toutes ces âmes qui errent d’un coin insipides à un autre pour s’y poser. Végéter à l’ombre d’un café ou d’un écran qui bousille les rétines, pour finalement se traîner jusqu’à un autre pot dans lequel s’enraciner. C’est certainement pour ça qu’elle apprécie autant le Darwin’s Game, pour l’évasion. Le changement radical de mode de vie, la nature à s’en péter les poumons et l’adrénaline d’une existence plus trépidante que celle qui l’accueille à bras ouverts quand elle y revient. A contre cœur.

L’esquisse d’un sourire s’appose sur les lèvres de la blonde qui se dérobe un instant. Un brin mal à l’aise. Ca revient comme une vague qui s’écrase avec la même insistance contre un rocher, persuadée qu’elle va réussir à le démolir à force de s’acharner. Le malaise d’une gamine qui ne comprend pas l’intérêt qu’on peut lui porter, les compliments qui la dérangent. Et la foule qui la rend folle. Un petit accent, depuis le temps qu’elle vit ici, elle était persuadée de l’avoir perdue. A force, elle ne l’entend plus vraiment, et ceux qu’elle croise semblent se moquer de savoir d’où elle vient. Ce qui roule sur sa langue pour lui donner des intonations pareilles. Ca reste la même langue, les mêmes mots, parlés à un coin différent du globe. Pour la plupart des gens, c’est suffisant, ça englobe tout le monde dans le même panier, et ceux que l’on ne comprend pas du tout sont les seuls étrangers du monde. « - Je pensais qu’il ne se remarquait plus depuis le temps. » Souffle-t-elle, triturant de nouveau son drôle de pain jusqu’à faire tomber une pluie de miettes sur la nappe. Qu’elle s’amuse à ramasser du bout du doigt, les entasser pour former des petites œuvres d’art qu’elle peut être la seule à comprendre. « - Répondre au téléphone a toujours été une passion, j’ai sauté sur l’occasion quand on me l’a présenté. » Elle se moque, la petite blonde. Ironique à en crever, l’ébauche d’un sourire un brin hypocrite sur sa frimousse. Petite plante toxique, son venin d’ironie qui se distille au-dessus de la table, de la légèreté dans les mots pour ne pas passer pour une emmerdeuse amère et ironique. Qu’il prenne mal ce qu’elle vient de dire, quand aucune méchanceté n’était insufflée dans les paroles.

« - Mais c’est juste, je suis une petite étrangère même après avoir passé autant de temps dans cette ville. »
Elle hausse légèrement une épaule, tapote ses mains pour débarrasser ses doigts des miettes qui s’y sont accrochées, et vient reposer son menton sur le dos de sa main. « - L’Australie, je viens d’Australie. » Il y a de la mélancolie dans sa voix, comme si prononcer ce seul nom lui faisait mal. C’est le cas, ça lui manque parfois. Sa vie sans emmerdes, le facile à portée de doigts. Le climat, la flore tellement différente des pauvres machins faméliques qu’elle croise ici. « - Ca change d’ici, tout est tellement différent. » La petite étrangère qui renoue avec la blonde, comme un rappel de son appartenance à un autre univers. Un morceau de terre perchée sur de la flotte, isolée du reste du monde à tel point qu’on finit par se croire totalement seul à bord. De la liberté au milieu des grands espaces, ce qu’elle n’a pas vraiment ici, étriquée entre immeubles interminables et béton partout.


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MessageSujet: Re: Un oiseau sans elle (Luna)   Mar 25 Oct - 0:01
Un oiseau sans elle
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Je la regardais incliner sa tête, comme s’il changeait son regard sur le monde, je m’amusais à l’imiter, comme si cela allait changer quoi que ce soit, me perdant dans la profondeur de ses yeux, en perdant la mémoire, en perdant le fil de la conversation, je pourrais rester ici à les contempler pendant des heures. Elle papillonnait des cils, feignant un intérêt certain, ou en avait-elle réellement quelque chose à faire ? Peu importait, j’en profitais, peu de gens pouvaient se vanter de déjeuner avec une si jolie créature, comme une rose éternelle sous sa cloche de verre, que l’on regarde sans vouloir l’abîmer, un plaisir des yeux, un poème pour le cœur, un espoir pour les pleurs. Une esquisse de sourire, un aperçu de délice, qui se dérobe en un éclair, joie éphémère, je l’appréciais d’autant plus qu’il semblait difficile à obtenir, comme la récompense à un effort fourni, un trophée que l’on pouvait exposer pour avoir triomphé un instant de ses peurs et avoir saisi un semblant de courage. Sa réponse était pourtant dérangeante, elle triturait son pain comme si elle était gênée, troublée, émiettant le Nan pour le réunir dans des petites tours. J’avais en face de moi un véritable enfant qui s’amusait de tout et de rien, jouant avec la nourriture qu’on lui donnait comme il jouerait avec son jouet préféré.

« Ce n’était pas un reproche, il est très peu prononcé. Mais je suis née et j’ai vécu ici toute ma vie, pour autant la majorité de Chicago ne vient pas d’ici même, et ne voyageant que peu, je découvre des destinations avec la langue comme seul transporteur. »

Elle m’arrachait un rictus, comment ne pas sourire face à cette ironie, à ce petit clin d’œil. Peu de gens si ce n’est personne n’aimait jouer les réceptionnistes, alors à parler de passion, même la comptabilité devait compter plus de passionnés. Déjà que j’avais du mal à me retenir de me fracasser le crâne contre un mur suivant les personnes à qui je m’adressais, je ne pouvais qu’imaginer avec difficulté son malaise. Lorsque j’étais en cabinet, parler au client me donnait des frissons, médisants , jamais contents, à t’aboyer dessus pour un oui pour un non comme si c’était une bonne raison. Et on se faisait enculer avec le sourire, à leur courir après pour qu’ils nous payent nos services, mais ce n’est pas leur faute s’ils ne savaient pas gérer leur budget comme des gens normaux, et on se mettait à faire du travail gratuitement. Il ne fallait pas s’étonner que je quitte le libéral pour le salarial dès que j’ai eu mon diplôme en poche. Mon index ainsi que mon pouce se baladaient le long de mon menton caressant les quelques millimètres de barbe qui avaient survécu à la taille de ce matin, me relaxant d’une part, m’aidant à me concentrer d’une autre. Plus elle me parlait, plus j’étais intrigué, elle était pleine de ressource de mystère, un puzzle que j’aimerais constituer, le repas était plaisant parce qu’elle était là, et je l’en remerciais.

« J’avais moi-même postulé en tant que standardiste, ils m’ont refusé. Je t’envie, me faire engueuler pour être la personne répondant aux appels, qui peut demander mieux » lâchais-je d’un sourire taquin sur un ton sarcastique, exagérant un peu le tout.

Je tiquais cependant à ses mots qui pouvaient sembler insignifiants « une étrangère même après avoir passé autant de temps ici ». J’ai beau vivre ici depuis des années, je me sentais étranger à ma propre maison. Jamais à ma place, toujours dans l’inconfort, cherchant le réconfort d’une personne ou d’une autre, des yeux criant à l’aide dans ce monde aveuglé entre leurs téléphones et leurs ordinateurs. J’étais le blanc qui broyait du noir, comme quoi la douleur n’a pas de couleur. Et je n’avais besoin de n’appartenir à aucun groupe pour être jugé, et même dans le silence, je sentais leur jugement se poser sur moi comme une épée de Damoclès planant au-dessus de ma tête, attendant que je plonge pour m’achever. Cette hypocrisie sociale me forçant à bien me comporter dans cette société qui m'abjecte, qui me débecte faisant semblant de ne pas voir ce que tout le monde sait, rejetant ce qu’on désire car c’est trop dur à obtenir, acceptant d’être sous le contrôle d’incompétents car c’est plus aisé de vivre dans le déni. On ne réagit que dans les derniers instants et dans une moindre mesure, les révoltes pro-DG ne sont qu’une preuve supplémentaire à cette interminable mascarade à laquelle nous sommes tous en train de jouer. Se sentir à sa place dans un monde pareil, c’est presque parler de surnaturel, ou ce n’est pas être équipé de telles façons à avoir plus de deux neurones connectés en même temps. Je sais qu’on ne part pas tous avec les mêmes chances dans la vie, je vous demande seulement d’avoir un QI positif, et d’arrêter de prendre de vos foutus sédatifs. Je ne disais mot la regardant reprendre sa position de la main sous son fin menton.

« Ça doit être sympa, l’Australie. »


Et je tique encore, mes mots partant plus vite que ma pensée, comme si ça devait sortir, comme un besoin, un désir.

« Oh vraiment ? Les gens ne te regardent pas comme de la nourriture ? N’émettent aucun jugement ? Ne parlent pas dans ton dos ? J’ai le malheur de te dire que les cons, y en a partout, ça ne vit pas en tribu malheureusement, ça se repend encore plus vite que la gastro dans une école. Ou peut-être parlais-tu du climat, de la faune et de la flore ? Si ma mémoire est bonne, l’Australie, c’est un endroit où on est proche des 40°, avec des reptiles qui veulent te bouffer, des araignées des scorpions et dans l’eau, on peut même voir des requins. C’est vrai que deux trois variables changent. »

Et je m’en voulais d’avoir cassé la conversation en plaçant de tels propos sur la table, et je savais pas trop quoi dire, alors je la regardais, ne sachant pas trop si je devais m’excuser, si je l’avais fuir, ou qu’elle allait m’incendier. J’attendais, car je n’avais pas d’autre solution.

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