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 « Slap me like a bitch [Reinar]
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MessageSujet: « Slap me like a bitch [Reinar]   Mar 18 Oct - 16:52

reinar & lucilla
slap me like a bitch
Elle s’en souvient comme si c’était hier, marquée probablement à vie par le souvenir de Reinar la frappant, encore et encore, au point qu’elle ne parvienne plus à compter le nombre d’assauts, au point qu’elle finisse par se rebeller pour ne plus jamais avoir la sensation de demeurer impassible, comme elle avait pu le faire des années durant avec son père. Elle se souvient du chagrin, de la haine, de la fureur même alors qu’elle s’emparait de la lame qu’il avait laissé tomber pour la planter dans sa chair, sans ménagement. Elle se souvient du sentiment, profondément enfoui, de satisfaction qu’elle avait éprouvé à agir ainsi, ayant l’impression de se venger de plusieurs années de souffrance et de malheur. Elle plantait Reinar autant qu’elle plantait son père, ou n’importe quel homme sur cette terre. C’était sa vengeance, sa petite rébellion. Elle s’était sentie fière aussi, à accepter la mort dont il l’avait gratifiée par la suite, ignorant les mots acerbes qu’il avait pu lui cracher à la figure juste avant. Peu importait son venin, peu importait la balle fichée entre ses deux yeux. Cela n’avait été qu’une délivrance, un moyen de ne plus penser au sang qui suintait de son visage sous la force des coups de crosse, de ne plus penser à l’humiliation, et surtout un moyen de ne plus le laisser jouer avec elle comme avec une poupée. Délivrance. Ce qui ne l’avait pas empêchée d’éclater en sanglots une fois déconnectée, le cœur battant à cause de cette déconnexion brutale et à cause des émotions qu’elle avait éprouvées mais refoulées tout du long de son accrochage avec Reinar. Elle avait pleuré, maudissant sa faiblesse, maudissant son passé, maudissant ce jeu. Elle le maudissait lui, cet enfoiré dont le cœur avait été annihilé lors de la mort de sa fille autant que le sien avait été bousillé par les coups de ceinture. Elle le haïssait, pour ce qu’il avait ravivé et pour ce qu’il avait fait naître en elle. Et elle se haïssait, pour sa sensibilité, sa fragilité, et pour le fait de s’être mêlée de ce qui ne la regardait pas. Elle maudissait le destin, la vie, les dieux passés et présent, ce putain de karma qui la punissait pour avoir simplement voulu préserver une gamine. A tort. Elle était arrivée trop tard, un peu comme lui sûrement. Mais bon dieu ce que ça faisait mal, tout ça, ça faisait tellement mal. Et c’est parce que c’était douloureux à en crever, que la brune garde ça pour elle, ignorant de toute manière à qui parler. Si ce n’est son frère, personne dans son entourage actuel n’était au courant de ce qu’elle avait pu se bouffer dans la gueule durant sa vie, or son frère était la dernière personne qu’elle tenait à embêter avec ses problèmes à elle. Des problèmes mérités et qui ne le concernaient en rien, et ce depuis le jour où elle avait décidé de l’abandonner derrière elle.

Alors qu’est ce qu’elle foutait là ? Pourquoi malgré la haine et la peur, elle se trouvait là, assise en tailleur au beau milieu d’une allée, pour mieux fixer une tombe face à elle. Car elle était terrorisée, malgré le temps qui s’était écoulé, malgré ses efforts pour ne pas se connecter -de crainte de l’y croiser- et ceux visant à longer les murs lorsqu’elle finissait par craquer et atterrissait de ce fait dans le QG eshu. Elle se sentait chez un ennemi, au sein d’un territoire sauvage qu’elle n’était pas censée fouler. Elle n’était pas chez elle, clairement et cela l’angoissait que de demeurer dans le coin, pourtant elle restait immobile, à fixer le nom gravé sur le marbre glacé. Sarah. Quatre ans. C’était pas humain, c’était pas normal de crever aussi jeune, de pas avoir à ce point l’occasion de vivre dignement et de faire des expériences ô combien joyeuses. C’est pas juste, que de pas avoir l’occasion de jouer dehors, faire des études, grandir, se marier, avoir des enfants, trouver une maison ou qu’importe ce qu’elle aurait aimé faire cette gosse, elle aurait dû avoir le droit de tout tenter. Et les questions se bousculent dans l’esprit de Lucilla : pourquoi ? Comment ? Tout ce qu’elle savait, c’est que c’était la faute d’un autre, un enfoiré auquel elle avait été injustement associée, un enfoiré qu’il poursuivrait toute sa vie durant. Sans nul doute. La motarde détestait le rouquin, pourtant, au fond, elle le plaint. Elle aurait aimé lui dire qu’elle était désolée, qu’elle n’avait jamais voulu raviver de si mauvais souvenirs, puis il avait commencé à cogner, et la pitié s’était envolée. Elle revenait toutefois, un peu, couplée à un égoïsme flamboyant qui lui compressait le cœur pour une raison très simple : elle aurait tout donné pour avoir un père prêt à tuer pour elle. Elle aurait tout donné, pour avoir un père comme Reinar, capable de traquer et tuer un homme qui aurait eu le malheur de lui faire du mal. Un homme sûrement capable de se ridiculiser en public pour le simple plaisir de sa mioche, juste parce qu’elle le lui demandait et juste parce que ça la faisait rire aux éclats. Elle aurait aimé avoir un père qui, en faisant les gros yeux, l’aurait grondé pour une véritable bêtise, pour qu’il finisse par avouer l’aimer dès lors qu’elle aurait fait ses yeux de biche destinés à l’amadouer. Ouais, elle aurait tout donné pour être une fifille à son papa.

« Salut Sarah. Elle a la gorge nouée par l’émotion, sans être capable de s’expliquer pourquoi. Cette histoire la touchait, la tuait, et elle avait mal, pour cette pauvre gosse qui était pourtant pas si mal là où elle était actuellement, sûrement, tout du moins l’espérait-elle. Faut dire qu’elle avait fait des recherches comme une véritable folle pour arriver ici, cherchant dans les cimetières les plus proches de la station-service, cherchant des Sarah répondant au nom du rouquin qu’on lui avait fourni. Elle était cinglée, indéniablement. Mais pas mauvaise. On se connaît pas, mais j’connais ton père. Un peu… C’est un gros con sans toi. Ricane-t-elle légèrement sur la fin, une pointe de mépris au fond de la voix qui s’envole rapidement cependant tandis que la brune frissonne en fixant la tombe et l’image de la gosse gravée dessus. Muette l’espace de quelques secondes, elle finit par reprendre, toujours aussi peu à l’aise mais sincère. Elle n’avait pas pu s’excuser devant Reinar, en serait continuellement incapable. Alors elle se rattrapait en s’excusant auprès d’elle, sa fille. Je l’ai blessé sans le vouloir, je me suis inquiétée pour toi, et par conséquent je lui ai fais encore plus de mal. C’était pas voulu… Je t’en parle à toi parce que lui, je peux pas. Comme je disais, c’est devenu un gros con. Mais tu lui manques, je pensais pas, qu’on pouvait manquer à ce point aux gens. Lâchant un soupir, passant sa main le long de sa nuque, elle songe au fait que c’est pas son paternel à elle qui irait se mettre dans cet état. Putain de géniteur de merde qu’elle laisserait volontiers crever si ça pouvait permettre de ressusciter cette pauvre gosse qui a rien demandé, et qui le méritait pas. Ce fut des trémolos dans la voix qu’elle alla conclure, faisant preuve d’une empathie devenue trop rare dans ce monde merdique : Je suis désolée. Pour vous deux. Se raclant fermement la gorge, levant les yeux au ciel comme pour empêcher des larmes puériles de couler, Lucilla passe une main lasse sur son visage, pivotant légèrement ce dernier, suffisamment pour capter la silhouette du rouquin plus loin. Elle sait pas depuis combien de temps il est là, ignore s’il a pu entendre quoi que ce soit. Tout ce qu’elle sait, tout ce qu’elle comprend, c’est cette angoisse qui la prend aux tripes dès lors qu’elle l’a dans son champ de vision. C’est pour cela qu’elle se redresse d’un bond, parfaite image de l’animal sauvage qui a appris à craindre l’homme dès son plus jeune âge, encore plus quand il était blessé. Résistant à la tentation de formuler la question instinctive mais parfaitement stupide du qu’est ce que tu fous là, la brune recule d’un pas, se faisant violence pour ne pas simplement partir en courant. Je fais rien de mal. » Lâche-t-elle entre ses dents, péniblement, comme si ces quelques mots formaient un barrage suffisant et une excuse toute aussi valable. Elle se justifiait. Elle se justifiait pour éviter que cet homme ne la frappe de nouveau. Et elle s’en veut, revoyant la gamine qu’elle avait été, qui s’excusait même lorsqu’elle n’avait pas à le faire, de peur de subir les changements d’humeurs de son géniteur. Et c’est dans l’optique de pouvoir fuir, ce qui lui semblait d’autant plus important qu’ici elle n’avait pas dix vies pour la protéger, qu’elle jeta un coup d’œil autour d’elle pour guetter les sorties potentiellement accessibles.

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MessageSujet: Re: « Slap me like a bitch [Reinar]   Sam 5 Nov - 15:35

Il la sent encore, l'infection répandue comme la peste le long de ses veines, le poison mordant qui dévore sa chair. Frôlé par la faux de la mort une fois de plus, il s'était laissé propulser d'un seul coup dans la réalité, pour s'écrouler lourdement sur le sol, profondément affecté par le meurtre tristement ironique qu'il avait subi ce jour-là. Des journées de sommeil pour remonter la pente glissante, sa jambe branlante traînant le lourd fardeau que représente son compteur de vie désormais réduit au chiffre de un. Devant ce sinistre constat, l'annonce d'une mort imminente le foudroie violemment, paralyse ses membres un bref instant et lui renvoie toute sa connerie à la figure sans une once de délicatesse. Un faux pas, puis deux, et c'est la chute, une chute qu'il aurait dû calculer depuis bien longtemps, avant même de tomber au bas de l'échelle dont il avait fracassé les barreaux un à un sans se soucier des conséquences. Face à ce chiffre menaçant ancré dans son épiderme, il lâche son pied et se laisse tomber sur son lit grinçant en poussant un rire de sa voix rauque et détraquée, à mi chemin entre la nervosité et la démence. Peut-être un brin de désespoir glissé discrètement au milieu de ce foutoir émotionnel.

Après un long repos qui semblait sans fin, il parvient à s'extraire de son vieil appartement délabré, tiré par le chien impatient de sortir se dégourdir les pattes malgré le froid hivernal naissant. Un spectacle affligeant dans lequel les acteurs inversent leurs rôles, se substituent en un clin d'œil. Le chien braillard, en train de promener son maître mollasson qui traîne la patte et suit le chemin imposé par la boule de poils surexcitée. Dans sa grande maladresse, il bouscule un grand gaillard qui se met à l'insulter, sans qu'il n'entende quoi que ce soit de son discours injurieux. Il se laisse simplement guider par son compagnon, suffisamment énergique pour le faire avancer en tirant sur la laisse dont il tient fermement la poignée malgré son esprit absent, son cerveau déconnecté de toute réalité. Sa main parvient à se frayer un chemin jusqu'à la poche de sa veste en cuir marron, à en extirper une clope et un zippo pour l'allumer, ce poison lent qui n'aura certainement pas le temps de l'achever avant que ce jeu maudit ne s'occupe de lui régler son compte proprement. Curieusement, à cette seule pensée, il ressent le besoin pressant d'aller s'assurer qu'il aura bien une place à côté de la tombe de sa petite Sarah, lorsqu'il la rejoindra dans leur nouveau foyer.

Au milieu de deux longues rangées de pierres tombales, il aperçoit l'esquisse d'une silhouette familière qui se dessine au loin. Lucilla plantée au milieu du chemin, échouée dans cet océan macabre sans avoir rien à y faire. Plus curieux que lui, le chien s'approche sans méfiance et commence à tourner autour des jambes de l'inconnue, pendant que celle-ci semble perdre les pédales à la vue de Reinar. Ses prunelles vacillantes s'accrochent à l'expression surprise qu'elle lui affiche, il demeure silencieux face au malaise persistant, aisément lisible sur les traits de ce visage dévasté. Gadget laisse échapper quelques jappements pour attirer l'attention, lève les pattes et s'appuie de tout son poids contre les jambes de sa nouvelle amie. « Tu n'as pas l'attitude de quelqu'un qui n'a rien fait de mal, pourtant. » lâche-t-il dans un murmure, sans réelle conviction, la voix légèrement cassée, laissant transparaître toute l'usure et la fatigue accumulées. « Mais peu importe... tu n'as rien fait, tant mieux pour toi. Tu dormiras bien la nuit prochaine dans ce cas, grand bien te fasse. » ajoute-t-il dans un soupir, un soupçon de moquerie à peine voilé dans ses propos, pourtant inspirés par une lassitude croissante. Il dépose simplement les armes, incapable de lancer un assaut de plus contre elle, épuisé par ces futilités.

Pendant que son compagnon canin se donne en spectacle, il laisse son regard dériver vers la tombe dressée devant Lucilla, couverte de fleurs différentes chaque jour. Il la toise avec une impassibilité déconcertante, habitué à faire face à ses vieux démons, à cette vision cauchemardesque qui chaque jour noircit et écaille un peu plus les tristes tableaux de sa vie. Inconsciemment, ses lèvres fermées sur sa clope allumée forment un sourire discret, pourtant ni moqueur, ni franchement joyeux. « Ne sois pas autant sur la défensive. T'as merdé, j'ai merdé aussi, nous sommes donc quittes. J'imagine que c'est ainsi que l'on doit fonctionner. » Ses mains s'enfoncent dans ses poches, il fuit son regard, comme un gamin désorienté, envahi d'un sentiment de culpabilité inexplicable. Dans le fond, elle n'avait pas mérité qu'il s'acharne sur elle de cette façon. Il avait perdu le contrôle de lui-même ce jour-là, lui qui avait pourtant toujours su faire preuve d'un sang-froid inébranlable. Il a honteusement merdé, il le regrette avec amertume. Le côté bon et généreux de Reinar qui sommeille au fond de cette carcasse gangrenée déteste viscéralement cette facette exécrable de son être.

« Cela dit, je suis quand même curieux de savoir ce que tu fous là. Tu n'en as pas un peu marre de te mêler de ce qui ne te regarde pas ? » questionne-t-il tout en reposant son regard sur elle, pendant que ses doigts décharnés tirent sa cigarette de ses lèvres pour expulser lentement la fumée nocive de ses poumons infectés.



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MessageSujet: Re: « Slap me like a bitch [Reinar]   Lun 14 Nov - 15:26

reinar & lucilla
slap me like a bitch
En d’autres circonstances, elle aurait pu se réjouir de la présence de cette boule de poils énergique qui s’était fait une place contre ses jambes, appuyant de tout son poids sur ces dernières après s’être hissé sur ses pattes arrières, quémandant de l’affection et de l’intérêt. Malheureusement pour lui, Lucilla n’avait pas de temps à lui consacrer dans l’immédiat, trop inquiétée par la présence du propriétaire de l’animal, elle s’était redressée en un bond pour le toiser avec méfiance, tentant de faire passer ça pour de la colère ou de l’audace, péniblement, pour éviter qu’il constate qu’il n’était en vérité question que de peur. Il la terrorisait, là où elle s’était toujours dit, au commencement, que Reinar n’était qu’un enfoiré condamné à faire un métier merdique qui le rendait exécrable, tout en acceptant la possibilité qu’il soit tout simplement con de nature, la brune comprenait désormais qu’il était pire que ça. Fini les échanges de piques acerbes, finie la haine à peine dissimulée, ce mépris qu’ils s’étaient voués de base sans qu’elle ne soit capable d’expliquer comment tout cela avait bien pu commencer. Non, désormais, c’était des meurtres, au sein du jeu certes mais des meurtres quand même. Si la motarde admettait volontiers qu’elle avait fauté en se mêlant de la vie privé du rouquin, bien qu’elle ait toujours été animée de bonnes intentions en quelque sorte, elle estimait malgré tout que cela ne méritait pas le châtiment qu’il lui avait réservé. Et, outre la mort, c’est en vérité les coups dont il l’avait gratuitement gratifié qui avaient eu le don de la rendre si nerveuse, morte de trouille à l’idée qu’il puisse recommencer ici même, en face de la tombe de sa fille. Finalement, tentant de se raisonner, Lucilla finit par se dire que c’est peut être parce qu’elle était devant la tombe de sa fille, qu’il ne lui ferait rien. S’il a vraiment aimé sa gamine comme il le lui avait expliqué, croyant ou non il n’oserait probablement pas tabasser une femme en sa présence. Malgré tout, la jeune femme éprouve le besoin de se justifier, la gorge nouée, précisant avec un peu de courage qu’elle ne faisait rien de mal, ce qui était à ses yeux la plus stricte des vérités. N’avait-il pas affirmé qu’ils pouvaient se rendre au cimetière à deux ? Aussi ironique étaient les propos en question, elle y voyait un argument pour sa défense, la brune ayant simplement voulu se passer de la présence de Reinar. A juste titre.

Pourtant si l’éducatrice canine craignait qu’il ne s’énerve de nouveau contre elle, il n’en fut rien et alors même qu’elle l’a toujours connu particulièrement mordant quoi qu’il puisse dire, elle se heurte désormais à une toute nouvelle facette de sa personnalité. C’est un Reinar las qu’elle a en face d’elle, un Reinar visiblement fatigué et le ton blasé qu’il semble prendre en témoigne largement. Mais peu importe, qu’il dit. Il abdique avant même d’avoir commencé et indéniablement elle ne l’a jamais connu ainsi. Il se moque encore un peu, pourtant cela n’atteint pas sa cible, celle là même qui demeure immobile, debout, toujours à ignorer le cabot à ses pieds. Comment pourrait-elle se soucier de l’animal, alors même qu’elle n’a jamais vu son interlocuteur dans cet état ? Presque rêveur, il semble n’en avoir rien à faire de sa présence et au fond Lucilla ne parvient pas à savoir si elle doit en être rassurée ou non. Songeant malgré tout au couteau suisse qu’elle avait désormais continuellement dans la poche de sa veste, ultime accessoire défensif qu’elle avait daigné s’octroyer, incapable de s’armer plus violemment encore, ce fut finalement un nouveau commentaire de la part de fumeur qui la ramena à la réalité, la motarde relevant ses yeux d’ambre en sa direction. Elle tique face à ces propos, dérangée par le fait qu’il puisse penser qu’ils étaient quittes, qu’elle n’avait pas à se méfier, qu’elle avait merdé. « Certains ont merdé plus que d’autres, rétorque-t-elle un peu froidement. Je vois pas comment on peut être quittes. » Ils ne seraient jamais quittes, elle ne le tolérerait pas. Elle a l’impression de voir son père, celui là même qui pleurait après l’avoir battu pendant ce qui lui semblait être une éternité, celui là qui s’excusait brièvement avant d’expliquer que c’était elle qui avait provoqué tout ça. Lucilla c’était toujours le putain d’élément déclencheur, la fautive de l’histoire, la mioche qui avait eu le malheur de réclamer implicitement la fureur de son géniteur. Il était hors de question qu’elle laisse Reinar lui sortir les même discours, impensable qu’elle le laisse s’imaginer qu’ils étaient à égalité. Ils ne l’étaient pas. Il l’avait frappé, à plusieurs reprises, puis il l’avait tué. Elle, tout ce qu’elle avait fait finalement, c’était de lui planter un couteau dans la jambe en guise de défense. Un coup certes brutal mais comparé à la violence bien plus conséquente du rouquin, c’était pas cher payé. Et ne parlons pas de sa vie en moins. Alors non, ils n’étaient pas quittes, aussi déplacé fut son comportement à elle, sa manie de fouiner et de se mêler de ce qui ne la regardait pas, ça méritait pas d’abaisser le chiffre de son tatouage. Elle méritait pas tout ça, tout comme elle n’a jamais mérité ce qui s’était passé durant son enfance. Elle en prenait seulement conscience, sans nul doute guidée par une colère refoulée pendant des années et se voyant progressivement dévoilée à cause du jeu. Elle changeait, la peur se voyant parfois compensée par de l’audace. Cela lui plaisait, avant que sa conscience ne la rattrape au galop.

De nouveau muette, Lucilla comprend toutefois progressivement qu’elle ne risque peut être rien, en effet, tant qu’elle reste naturellement sur ses gardes. De ce fait elle daigna s’agenouiller lentement, flattant enfin le chien qui ne cessait de se donner en spectacle, l’esquisse d’un sourire aux lèvres comme à chaque fois qu’elle voyait un de ces animaux si précieux à ses yeux. Un sourire qui se grave sur son faciès, au point qu’il ne la quitte pas lorsqu’elle relève les yeux vers son interlocuteur, gratifiant de ce fait ce dernier d’une soudaine bonne humeur. Une bonne humeur passagère car de nouveau elle se méfie, et de nouveau elle estime que se montrer sous un bon jour auprès de Reinar ne servirait à rien. Ils n’étaient pas quittes. Malgré tout, à la question qu’il lui pose, la brune se décide à être honnête bien que demeurant relativement vague dans son explication : « J’avais des choses à te dire, mais je peux pas. Alors je suis venue la voir. Une vérité qui sonne tellement logique à ses yeux. La canadienne n’était pourtant pas croyante, sûrement pas au vu du de son enfance misérable dont aucune puissance divine n’a essayé de la préserver, mais elle avait vu en ce cimetière, et la tombe de Sarah, une alternative envisageable. Il y avait également cet attachement qu’elle éprouvait pour la gamine, sans qu’elle ne parvienne à se l’expliquer et la jeune femme ayant encore moins envie d’expliquer au père de la petite en question ce qu’elle pouvait éprouver. Cette tombe, c’était le sentiment d’injustice qui lui vrillait les entrailles depuis plus de trente ans maintenant. Cette tombe, c’était sa chance de dévoiler sa tristesse, sa compassion, et tout ce qui faisait d’elle une belle personne dans le fond. Tout ça, c’était pour elle, car Reinar ne méritait décidément pas qu’elle lui dévoile ces belles choses en elle. Il n’était qu’un homme, un parfait représentant du prétendu sexe fort qui n’en était finalement pas moins misérable au possible. Pathétique, tellement faible qu’il en éprouve le besoin de cracher et de piétiner les autres gratuitement. Un homme, comme elle savait les détester. Caresser l’espoir qu’il a au moins su être un bon père ne changeait en rien cette réalité ci, sa réalité à elle. J’ai fais ce que j’avais à faire, mon erreur de jugement ne change rien à cela. » Rajoute-t-elle dans un souffle, avant tout destiné à lui permettre de déculpabiliser. Certes elle s’était mêlée de sa vie privée, mais une fois encore c’était pour une bonne cause. Elle s’était juste trompée, lamentablement.

S’interrompant, la jeune femme finit par soupirer légèrement avant de s’asseoir de nouveau en tailleur, baissant les yeux vers le chien qui profite de sa nouvelle position pour s’installer dans le creux entre ses cuisses, jappant à répétition et lui arrachant de ce fait de nouveau l’esquisse d’un sourire. Le silence s’installe finalement, rompu uniquement par ces manifestations de contentement animal. Le regard finalement vrillé en direction de la tombe, Lucilla en vient de nouveau à se demander les raisons de l’accident de la gamine. Quelqu’un lui avait pris sa fille, mais dans quelles circonstances ? Visiblement, au vu de la date du décès, cela n’avait rien à voir avec le jeu étant donné que ce dernier n’existait pas encore à l’époque. Ce n’était donc pas un fou furieux qui avait fini par craquer, du moins pas à cause du jeu une fois de plus. Un accident quelconque ? Possible, mais elle ne se voyait pas demander de tels détails. Songeant toutefois à la lassitude évidente du rouquin, une autre question finit par franchir le barrage de ses lèvres, la motarde ramenant son regard en direction du concerné, qu’elle questionna ouvertement : « Tu cherches quoi dans le jeu ? Quelqu’un ? Ou la mort ? » Si elle ne se voyait pas demander comment sa fille était morte, elle était désormais curieuse des raisons qui ont pu pousser l’employé de station service à s’inscrire. Recherchait-il le fameux salaud qui lui a pris son ange ? Ou cherchait-il à se suicider comme beaucoup le font, en s’inscrivant dans ce jeu, pour vivre un semblant de vie une dernière fois avant que la faucheuse se manifeste à dix reprises ? C’était plus simple que de se tailler les veines, psychologiquement parlant. Alors pourquoi pas.

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