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S'inscrire au DARWIN'S GAME, c'est montrer de quoi nous sommes capables et prouver que nous sommes l'avenir. Une seule regle : survivre. A partir de maintenant, c'est chacun pour soi. Nous devons oublier qui sont nos freres, nos femmes, nos amis, parce qu'aujourd'hui ils sont nos ennemis. Tuer ou etre tue est notre seule motivation. Le jeu debute.



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 god's gonna cut you down ▬ murdock
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MessageSujet: god's gonna cut you down ▬ murdock   Mar 21 Mar - 23:46
La chambre est petite, terriblement petite. Mais peu importe. Tu ne bouges pas beaucoup. Assis sur ton lit, les épaules basses, tu contemples le vide. Il fait toujours terriblement bruyant ici. Tu soupires longuement en devinant avec une facilité outrageuse que le couple d’à côté prend assurément du bon temps. Les murs sont si fins. L’ombre féline qui vient s’installer devant ton être capte ton regard absent. Anubis doit bien se demander ce qu’il t’arrive. Vous vous matez les yeux dans les yeux un bon moment avant qu’il n’ouvre grand la gueule, poussant un miaulement plaintif. Il s’approche doucement, de sa démarche paresseuse et silencieuse, vient se frotter contre tes jambes. Tes sourcils se froncent. Est-ce que ton exécrable chat est en train de chercher un peu d’affection ? Cette bête rancunière et vicieuse qui s’est longtemps amusée à te lacérer les mollets par surprise ? Tu te penches sur l’animal avant de t’en saisir, le hissant à hauteur de tes yeux.

« Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? » Tu t’attends à recevoir comme toute réponse un coup de griffe bien placé mais rien ne vient. Anubis te lorgne placidement avant de miauler à nouveau.  Tu poses la bête sur le lit. Celle-ci s’assied alors, entreprenant une énième fois de lécher son pelage ébène. Difficile de trouver un hôtel qui accepte les chats pour pas trop cher. Tu n’as pas beaucoup d’économie – le vœu de pauvreté, tout ça. Tu n’avais jamais prévu cela. Jamais, aucun plan B. Pour quoi faire bon sang ? Tu ne t’es jamais imaginé autrement qu’en prêtre. Tu te laisses soudainement tomber contre le matelas. Le chat est effrayé, s’enfuit soudain se cacher au fond de ta valise. Tu as empilé tes quelques affaires dans des cartons avant de les refiler à l’une ou l’autre bonne œuvre du coin. Tu as juste gardé quelques bouquins, deux trois autres bricoles empilées dans ta chambre-logement. Mais qu’est-ce qu’il m’arrive penses-tu alors.

Quelle heure est-il ? Tu jettes un œil au store baissé, occultant complètement la lumière extérieure. Impossible à dire. Quel jour alors ? Tes sourcils se froncent, il faut que tu réfléchisses. Jeudi ? Ou peut-être… Tes yeux s’écarquillent face à ton ignorance. Tes mains viennent se plaquer contre ton front. A chaque fois que tu mates ce plafond, tu remarques à quel point il est sale. C’est affligeant n’est-ce pas ? Comment est-ce qu’un plafond peut être aussi sale ? Tu te redresses alors, ne supportant plus la vue de toutes ces étranges tâches aux formes et couleurs variées. L’eau noiera tes idées sombres, c’est ce que tu dis en te dirigeant vers la douche. Les deux yeux émeraudes de la valise te suivent attentivement. Anubis n’aime pas l’eau, trouve que son point d’observation est parfait. L’eau n’est pas très chaude, elle devient à vrai dire rapidement glaciale. Tu frisonnes sous sa caresse, restant pourtant sous le jet, immobile et silencieux. C’est là que tu te souviens soudainement de quel jour où on est. Aujourd’hui, c’est le jour où tu es censé partir avec Adam voir tes parents. L’idée te tord les entrailles et te voilà si désespéré que tu te surprends toi-même à avoir envie de chialer. Tu ne peux pas affronter tout cela, pas maintenant. Tu préférais encore rester dans l’obscurité, la crasse et le brouhaha ambiant d’un motel bon marché.

Tu branches le chargeur d’une main tremblante. Est-ce que tu as mangé aujourd’hui ? Ou est-ce juste ta panique générale ? Tu soupires doucement avant d’allumer le portable étant resté silencieux durant ces derniers jours. Tu manques presque de lâcher l’appareil quand il se met à sonner sans cesse, te rappelant cuisamment tous les appels et autres messages que tu as dû manquer. La plupart sont d’Adam. Tu déglutis difficilement. Comment est-ce que tu as pu lui infliger cela ?  C’est égoïste, terriblement égoïste pas vrai ? Mais comment aurais-tu pu faire autrement ? Tu n’es même pas sûr d’avoir toi-même saisi l’entièreté de la situation. Tu repenses à la lettre que tu as reçu, le diocèse réuni, la sentence prononcée. Tu es resté étrangement calme. Comme déconnecté. Après tout, tu savais que cela allait te tomber dessus. Il y a eu cette étrange femme qui est venue te prévenir. Son visage te revient en tête. Stupide détective. Mais tu ne pensais pas qu’ils seraient si rudes. Tu as compris que tu étais un bon exemple. Bon sang, un putain d’exemple. Comment est-ce que tu pourrais l’expliquer à un seul membre de ta famille sans te faire incendier, crucifier ? Tu ne l’as pas encore prononcé, éprouves encore du mal à penser la terrible vérité sans tressaillir. Le mot est terrible, n’est-il pas ? Excommunié.

Tu as tout emballé, rapidement parce que tu n’as plus grand-chose. Anubis râle beaucoup au fond de sa boîte, il déteste tellement être trimballé. Tu l’observes te fixer avec ses grands yeux apeurés. Est-ce que Roger voudra bien le garder ? Oh non, pas Roger, bon sang, Roger c’est le chat. Même ton incapacité à différencier le colocataire et le chat de ton frère n’arrive pas à t’arracher un sourire. Il faut que tu dises à Adam que tu ne sauras pas venir. Que… il n’y a qu’à y aller tout seul ? Ah, il n’acceptera pas. Tu sais bien que tu ne t’en sortiras pas. Tu restes un long moment assis dans la voiture immobilisée, cherchant une solution. La terrible vérité te saute aux yeux même si tu tentes de l’ignorer depuis trop longtemps maintenant : il n’y aucune solution. Absolument aucune. Il ne te reste plus qu’à annoncer la nouvelle, être renié par l’entière de ta famille et finir par crever seul et oublié. Tu surprends une larme rouler sur ta joue, presque étonné qu’il t’en reste en stock. Tu es faible et pathétique, tout ce que tu souhaites faire, c’est te terrer dans un trou et finir par y disparaître à jamais. Si tu es là aujourd’hui, c’est uniquement pour Adam. Parce qu’il ne mérite pas de souffrir de ton absence – sans doute n’y survivrait-il pas.

Tu as marché terriblement lentement, le chat sous le bras, te traînant jusqu’à l’appartement de ton frère. Devant la porte, tu hésites. Il est encore temps de partir. Tes paupières se closent un instant. C’est Anubis qui finit par trancher ; vu le long miaulement sonore qu’il vient de pousser, il t’a vraisemblablement complètement grillé. Tu lui lances un mauvais regard et il semble te narguer à travers la grille de sa cage de transport – et tu jurais que cela n’est pas qu’une impression. Tu sonnes alors, après un dernier fragment de seconde suspendu dans le temps du doute. La porte s’ouvre presque directement – il t’attendait, forcément. Malgré ton silence radio, il espérait que tu te montres aujourd’hui, comme cela était convenu. Tu tentes un sourire parce que cela est dans ton habitude mais tout ce que tu arrives à offrir, c’est une lèvre tremblante, presque un spasme – quelque chose de terriblement peu convaincant. Ton apparence t’a vendu. Si tu as fait l’effort considérable de te raser afin de ne plus ressembler au vagabond de ces derniers jours, il n’en reste pas moins que tes joues se sont creusées, que sous tes yeux s’épanchent ton manque cruel de sommeil. Et bon sang, ce regard, ces pupilles délavées qui tentent tant bien que mal de cacher le gouffre qui se cache derrière leur barrière. Tu tentes de prononcer une quelconque salutation mais rien ne vient ; ta bouche est sèche, terriblement sèche et cela semble bien faire trop longtemps que tu as eu l’usage de tes cordes vocales – si ce n’est pour converser avec Anubis. Tu te racles alors la gorge avant de réitérer l’expérience. « Adam. » Lâches-tu presque naturellement. C’est peu, très peu de choses mais tu considères que c’est un bon début. En fait, non, absolument pas. Tu ne sais pas où tu vas. Tu n’as toujours pas décidé de ce que tu allais faire. « Tu es prêt ? » Demandes-tu, l’air de rien. Mentir n’est pas ton fort, tu n’es guère coutumier de cet exercice. « Je sais que c’est plutôt inattendu mais… est-ce qu’Anubis peut rester ? » Voilà le problème le plus urgent, apparemment. Une manœuvre très peu subtile pour noyer le poisson. Ta voix est faiblarde, peu assurée. Elle ne fait que dévoiler un peu plus violemment la détresse qui te consume.


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MessageSujet: Re: god's gonna cut you down ▬ murdock   Jeu 23 Mar - 19:24
Après des jours d'attente, tu finis par passer la porte du bureau médical. Tu observes tout, de ses lunettes sales à son front ridé d'angoisse, jusqu'à ses ongles décharnés, trop dévorés et à la peau trop souvent arrachée, en passant sur le thermos de café déjà vidé à dix heures du matin. Ce médecin passe des heures supplémentaires à essayer de sauver le monde et c'est triste, il brasse du vide, il est aussi impuissant que les autres mais il refuse de le voir. C'est à peine s'il te regarde ou te questionne, il lève les yeux quand tu t'assieds en face de lui. « J’ai plus de médicaments, et c’est ceux-là qu’il me faut. » C'est tout. T'as la gueule d'un joueur en manque, tu n'y as pas foutu les pieds depuis plusieurs jours, et heureusement que tu es loin d'être un des plus anciens, un des plus accros. Mais tu ne veux pas brûler tes vies avant d'aller voir tes parents, si tu parviens à conserver le mensonge jusqu'à la fin de séjour, le jeu sera peut-être détruit d'ici la prochaine. Le médecin soupire et retire ses lunettes pour les nettoyer avec son pull avant de griffonner sur une ordonnance. "Tatouage bien choisi pour cacher." il pointe du stylo ton poignet à découvert et tu hausses les épaules, bien sûr que ça se remarque. Un dix, un joli dix, tu pries parfois pour que tout le monde ait un dix. Lenaic, surtout, qu'elle ne claque pas dans les bras de ton frère. Les anciens ATOM que tu n'as pas vraiment connu. Tu pries pour tout ceux qui croient encore en Dieu, pas pour toi, alors ça devrait marcher, ce mensonge devrait se montrer coopératif non ? Devant les informations, tu murmures souvent un pardonnez-nous, qu'il vous aide, vous sauve si c'est là son rôle qui semble si certain à Asaël. Le médecin agite la main sans prendre le règlement, juste la boîte de café que tu lui tends, et tu retournes chez vous après l'achat, pressé. C'est triste, tu ne t'es jamais dépêché, mais le monde le réclame, les rues sont trop dangereuses.

Les pilules glissent dans ta main et tu soupires une fois avant de les prendre. Tu hais ça, tu hais ces états, avec le jeu tu ne parviens plus à poser tes pensées alors tu broies du vide. Depuis que vous avez décidé d'aller les voir, tu réfléchis à comment les rendre fiers. Ou du moins, ne pas les décevoir. Les enfants prodigues, c'est tous les autres, eux ils auront forcément quelque chose de bien dont parler. Si tu prends soin de ta santé, au moins quelques temps, ça sera déjà ça. Ils ne le sauront pas, mais toi oui, et tu peux être fier de ça. Les jours s'écoulent avec les pilules, le fou qui vit en toi semble se calmer mais quelque chose d'autre remplace ton inquiétude. Asaël ne donne aucune nouvelle, ne répond que vaguement à tes messages alors que tu t'attendais à un plan à suivre pour de pas brusquer vos parents, des sujets tabous ou délicats pour que ta mère ne décide pas soudainement de vous enfermer, rien de ça. Tu hésites presque à te rendre à l'église pour te renseigner, mais ficher les pieds là bas sans une bonne raison te semble insurmontable. Tu pourrais questionner Lenaic, mais s'il préfère lui répondre qu'à toi, tu serais vexé. A part attendre, il n'y a rien à faire, et c'est Louis qui t'empêche de paniquer en donnant des directives.

Le jour du départ, tu surveilles ton téléphone, hésitant à l'appeler. Le sac à dos est dans l'entrée, et tu tournes en rond, traçant un circuit au milieu du salon. Louis claque la langue plusieurs fois, tel un dresseur de lions, mais ça ne t'empêche pas de paniquer. Les parents, le silence de ton frère, le manque de jeu - t'as craqué hier, quand la porte du réfrigérateur s'est brusquement ouvert en plein dans ta tête, laissant un passage un sale bleu sur ta tempe, toute cette angoisse, c'est trop. Les heures s'écoulent et tu finis par t'abrutir devant la première saison de Breaking Bad, roulant les yeux au ciel devant Walter. Quel homme insupportable. Un miaulement coupe un silence lourd au sein d'un épisode, et tu t'élances vers la porte : un nouveau chat à adopter ! Mais tu te figes avec brutalité en voyant Asaël, t'avais presque oublié votre départ, mais ses yeux ramènent tes délires à la dure réalité. Est-ce que tu peux garder son chat asocial ? C'est sa seule phrase ? « Oui, oui bien sûr... » Roger se frotte contre tes jambes, s'y cache en dardant ses pupilles sur Anubis, mais sans violence. Juste un intérêt soudain, peut-être même dans l'idée d'un nouveau truc à câliner. Du coin de l'œil, la présence de ton colocataire te rassure, l'atmosphère s'est alourdie dès que tu as ouvert la porte, comme s'il amenait avec lui un lourd nuage noir que personne ne peut ignorer. Pour quelle raison Asaël te demanderait de garder son associable de chat ? Pour quelle raison des vestiges de cauchemars se dessinent sur son visage ? jamais tu ne l'as vu ainsi, jamais il n'a réellement laissé transparaître ses émotions devant toi. Et il essaye, là, de les cacher, mais c'est trop fort pour lui, c'est tangible et tu te sens vaciller une demi-seconde. La peur de l'annonce te scie le ventre, et le bruit de couverts lavés te ramène à la réalité. « Entre, entre. » Joie trop appuyée qui ne pourras tromper personne, tu recules pour le laisser entrer et refermer la porte derrière lui. Vérifiant s'il y a quelqu'un derrière, une menace, rien, puis tu te retournes vers ton frère. Toutes les blagues que tu aurais pu faire pour détendre l'atmosphère sont oubliées, la joie de revoir vos parents aussi, il n'y a plus que lui qui semble au bord des larmes. « Assied toi, on a du café. » Sans que tu n’aies besoin de le demander, Louis dépose deux tasses remplies d'un café tiède, attrape la cage d'Anubis en marmonnant quelque chose à propos d'adapter le chat à son nouvel environnement avant de s'enfuir avec dans le couloir pour ne plus déranger. Tu n'oses pas t'asseoir et n'arrives pas à ne pas fixer ton frère « Qu'est ce qu'il se passe ? » Enfin la question explose, tu n'as jamais été bon en mensonge. Il a l'air de vouloir mourir, même d'être en train de mourir et ça te panique, c'est lui le roc, c'est lui le fort, s'il se brise c'est que la raison est terrible.. « Ne me dis pas rien, Asaël. » est-ce que quelqu'un est mort ? Quelque chose est arrivé à Lenaic ? Non, il t'aurait prévenu, c'est autre chose que tu n'arrives pas à discerner. Incapable de rester en place, tu finis par t'asseoir sans le lâcher tes yeux - tu ne cligneras pas jusqu'à ce qu'il explique. « On ne partira pas avant. T'as l'air d'un oisillon tombé du nid. » Votre mère devinerait aussitôt ce qu'il se trafique, mais toi non, t'imagines des tas de trucs mais tout te parait plus impossible que la raison précédente.
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MessageSujet: Re: god's gonna cut you down ▬ murdock   Ven 31 Mar - 23:04
Il a vérifie qu’il n’y avait personne d’autre dans le couloir. Tu l’as remarqué, il n’était pas très discret, le regard posé au-dessus de l’épaule. Pour sûr que tu lui as fait mauvaise impression. Tu ne trompes personne Asaël. Comment as-tu pu seulement l’espérer ? Tu aurais dû rester dans cet motel miteux. Avec ses mûrs crasseux, ses voisins dérageant et ton désespoir pour seule compagnie – et Anubis. Tu es un peu surpris quand on t’ôte la cage de ce dernier des mains. Tu observes Louis d’un regard interrogateur avant de le laisser filer. Tu marmonnes un remerciement – et cette fois, bon sang, pour une fois tu l’appelles Louis. Roger, lui, s’est assis devant toi, ses yeux ronds te fixant. Même le félin a remarqué que quelque chose n’allait pas. Tu réprimes un soupire tandis que tes pupilles glissent de l’animal vers la silhouette de ton frère. Lui aussi il reste planté là, ses iris verts transperçant ton être. Comme s’il voulait percer tous les mystères qui se cachent derrière ta mine sombre. C’est même exactement là ses intentions à vrai dire. Il finit par rompre le silence, te demandant ce qu’il y a. Tes paupières se closent alors. Tu ne veux pas avoir cette conversation, pas maintenant, jamais. Tes sourcils se froncent quand il précise que tu n’as pas intérêt à lui dire rien. Tu ne lui aurais pas fait cet affront. Cela n'aurait même pas valu la peine d'essayer. Tu restes un long moment-là, immobile et aveugle, te concentrant profondément sur ta respiration pour ne pas craquer ici et maintenant.

Tu as fini par capituler, traînant lourdement la chaise sur laquelle tu t’assois, en face de ton frère. Les épaules basses, le dos légèrement courbé sous le poids de ton calvaire, les avant-bras posés sur tes cuisses, tu as l’air bien lamentable. Ta dextre s’avance doucement vers la tasse de café. Tu lorgnes la surface noire un instant avant d’en boire quelques gorgées. Tu n’avais pas remarqué à quel point tu avais soif, ta bouche est sèche, désertique. Tu reposes lentement le récipient sur la table, ton regard se figeant à nouveau sur son contenu. Au fond de ton esprit, tu tentes désespérément de trouver comment tu vas annoncer tout cela. Par où commencer ? Par le fait que cela fait plusieurs mois que tu joues au Darwin’s Game ? Ou que tu t’es fait excommunier à cause de cela ? Tu n'as pas pris le temps d'y réfléchir – ou chaque tentative s'étant soldée par un échec cuisant. Tes pupilles se lèvent, évitant subtilement les traits de ton frère afin d’observer l’appartement. Rien a changé ici. Tu t’efforces pourtant de détailler chaque objet avec grande attention, comme s’il s’agissait là de la toute première fois que tu les apercevais. Quelle horrible sensation qui s’installe en ton être ; une honte mêlée de profonde angoisse. De tous les membres de ta famille, c’est sans doute Adam qui sera le plus apte à comprendre ta situation. Et c’est sans doute cela qui t’effraie ; si lui réagit mal, s’il te chasse soudain, où est-ce que tu iras ? Tu soupires fébrilement avant de déglutir avec quelque difficulté. Tu t’avances alors vers la surface de la table, y posant tes deux avant-bras. Ta dextre cherche rapidement ta nuque, frottant cette dernière presque machinalement.

« On… on ne peut plus partir. » Ton regard se faisant fuyant jusqu’ici se pose soudainement sur les traits d’Adam. Tu presses un peu plus fort ta main contre ta nuque – c’est que s’il regarde bien, Adam verra le tremblement agitant chacun de tes doigts. « L’église… je… » Les mots meurent au fond de ta gorge, tout se bouscule au fond de ton crâne et tu es bien incapable d'aligner une phrase correcte. Tu aimerais qu’il comprenne juste avec quelques mots, simplement. Tes mains se sont figées devant ton être, dans une vaine tentative d’illustrer tes propos. Tu les fixes. Maintenant, pour sûr, il doit voir que tu trembles. Elles tombent alors lourdement contre le table. Tu abandonnes. Tu veux juste abandonner là et que vous en restiez là. Mais tu sais que c’est impossible. Il va insister, irrémédiablement, jusqu'à ce que tu craques. Alors tes paupières se ferment à nouveau, un autre soupire tentant d’expier ton mal être traverse tes lippes. Tu reprends la parole d'une voix faible, presque inaudible. « L’église, le diocèse ils m’ont… ils m’ont excommunié. » Bon Dieu, quel mot terrible. Tes épaules semblent s’affaisser davantage sous son poids. Tu te forces à enchaîner tout de suite, pour ne pas qu’Adam s’affole – ou tout du moins qu’il n’ait qu’à s’affoler qu’une fois. « Ils l’ont fait parce que… j’ai désobéi à l’Evêque qui avait… formellement… interdit… » Tes mots sont d’une lenteur à scier les nerfs et pourtant, pourtant, tu te fais violence pour tout livrer à ton frère. Parce qu’il mérite de comprendre ce qu’il t’arrive. Peu importe ce qu’il en pensera ensuite. « Le Darwin’s Game. » Tu t’es finalement convaincu que, peut-être, tu méritais ce châtiment. C’est ce que la détective t’ayant vendu semblait penser en tout cas. Après tout ; tu avais été prévenu, tu récoltais désormais les conséquences logiques de tes actes. Mais cette pensée n’aidait guère à adoucir la peine dans laquelle cette situation t’a plongé. Maintenant que tu as tout avoué, tu n’oses même plus poser un seul regard sur ton frère. Il est la première personne à qui tu oses le dire – à vrai dire il est même la première personne proche à te croiser depuis que la nouvelle t’es tombée dessus. Les employés du motel n’avaient pas fait attention à ton être, trop habitués à la misère du monde – et quelque part, tu les en remercies. Etre invisible était bien plus facile à assumer. Tes coudes se posent sur la table, ton crâne venant trouver refuge entre tes deux bras. Dans la chair de tes épaules, tu ressens tes ongles s’enfoncer. Tu t’efforces de retenir les larmes qui encore, curieusement, réussissent à trouver le chemin de tes cristallins, de chasser les spasmes qui veulent s’emparer de ton corps. Tu ne veux plus pleurer, pas ici, maintenant devant Adam mais surtout parce que tu n’en peux tout simplement plus.


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